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vendredi 24 septembre 2010

Ibn Battûta

 Ibn Battûta


Abu Abdullah Muhammad Ibn Abdullah Al Lawati Al Tanji Ibn Battuta (en arabe : أبو عبد الله محمد ابن عبد الله اللواتي الطنجي بن بطوطة), né le 24 février 1304 à Tanger et mort en 1369 à Marrakech, est un explorateur et voyageur musulman, parcourant 120 000 km en 29 ans de voyages qui l’amènent de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord ; de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Rihla (voyage).

Les voyages

À l'origine simple pèlerin Amazigh 2, musulman coutumier, Ibn Battûta profite de la propagation de l'Islam et de la langue arabe qui facilitèrent grandement ses déplacements. Il profite également du développement du commerce puisqu'il se joint souvent à des caravanes, ou embarque sur des vaisseaux marchands musulmans. Il rencontre de nombreuses personnalités et devient souvent leur conseiller lors de ses périples à rallonge.

On peut distinguer quatre périodes dans ces voyages :

1325-1327 : premier pèlerinage à La Mecque (le hajj) par le Maghreb, exploration de la vallée du Nil, de la Syrie, de l'Irak et des villes d'Iran ;

1328-1330: deuxième pèlerinage à La Mecque en passant par les côtes du sud de la péninsule arabique jusqu'à Kilwa kisiwani et sur les côtes est africaines de culture swahilie ;

1330-1346 : troisième pèlerinage à La Mecque, exploration de la Turquie, la mer Noire, l'Asie centrale, l'Inde, Ceylan, Sumatra, la Malaisie et la Chine jusqu'à Pékin;

1349-1354 : traversée du Sahara jusqu'au Mali

Traversée de la Libye

Le 14 juin 1325, Ibn Battûta part de Tanger pour son pèlerinage à La Mecque. Il traverse rapidement l'Algérie alors en pleine guerre civile (Ibn Battûta n'y fait pourtant aucune allusion). Il arrive à Tunis sous le règne du sultan hafside Abû Yahyâ Abû Bakr al-Mutawakkil au moment de la fête de la fin du ramadan. Il se joint à une caravane partant pour l'Arabie. De passage à Tripoli, il se marie une première fois et repart avec son épouse. En cours de chemin, un différend avec son beau-père le fait divorcer. Il se remarie avec une autre femme de la caravane, fille d'un lettré originaire de Fès.

Remontée de la vallée du Nil

En janvier 1326, il arrive à Alexandrie. Ibn Battûta donne une description détaillée du phare d'Alexandrie et signale qu'à son retour en 1349 il ne trouva sur ces lieux qu'un tas de ruines.

Ibn Battûta passe au Caire. Il explique alors le système fiscal local basé sur la hauteur de la crue annuelle du Nil, cette crue étant le signe de récoltes plus ou moins abondantes. Il passa près des pyramides de Gizeh. À l'époque elles étaient encore couvertes d'un parement de calcaire qui les rendait luisantes au soleil. Ibn Battûta raconte qu'un souverain voulut pénétrer dans une pyramide en attaquant le parement calcaire avec du vinaigre chaud jusqu'à ouvrir une brèche.

Partant du Caire, il remonte le Nil. Au passage, on apprend qu'un homme s'est enrichi en se servant des pierres des temples antiques pour construire une école coranique. Arrivé au bord de la mer Rouge, il ne peut traverser et doit faire demi-tour vers Le Caire. Dans ce chemin de retour depuis Assouan jusqu'au Caire il semble s'attarder un peu plus à chaque étape.

Traversée de la Syrie et de la Palestine

Pour cette partie du récit, Ibn Battûta semble faire une synthèse de plusieurs séjours dans la région. D'Égypte, il monte vers Gaza et de là vers Hébron, puis Jérusalem. La crainte de voir les croisés revenir prendre Jérusalem et s'y installer, avait fait prendre la décision paradoxale de raser toutes les fortifications. Ibn Battûta s'émerveille devant le dôme du Rocher.

Ibn Battûta remonte ensuite le long de la côte méditerranéenne en passant par Tyr, Sayda, Beyrouth, et fait un crochet par Damas. Retour à Tripoli sur la côte. Il fait un nouveau crochet par le Krak des Chevaliers et Homs (Emèse) et descend le cours de l'Oronte vers Hama, « ville charmante et exquise entourée de vergers où tournent des roues hydrauliques. ». Se dirigeant toujours vers le nord il atteint Alep. Il s'attarde sur la description de la citadelle, citant un poète : « l'âpre citadelle se dresse contre ceux qui veulent la prendre avec sa haute vigie et ses flancs abrupts. » De là, il retourne encore une fois vers la côte à Antioche. Il redescend vers le sud jusque Lattaquié, passe au pied de la forteresse du Marquuab qu'il dit semblable au krak des Chevaliers, puis vers Baalbek et revient à Damas pour s'y attarder car « si le paradis est sur la terre, c'est à Damas et nulle part ailleurs ».

Dans la grande mosquée des Omeyyades de Damas, il dit voir le tombeau de Zacharie, le père de Jean-Baptiste, alors que Ibn Jubair (1145-1217) un siècle avant lui parlait du « mausolée de la tête de Jean, fils de Zacharie. » comme le veut la tradition actuelle.

Il reçoit à Damas la licence d'enseigner en 1326 et part vers La Mecque avec une caravane.

Vers La Mecque

La caravane fait halte à Bosra pour quelques jours. Au passage il passe près « de la demeure des Thamûd creusée dans des montagnes de grès rouge avec des seuils sculptés et qu'on croirait construites récemment. Les ossements cariés sont à l'intérieur des demeures. » Il s'agit certainement du site de Pétra en Jordanie où la plupart des abris creusés dans la falaise n'étaient pas des maisons mais des tombeaux, mais l'interprétation d'Ibn Battûta va dans le sens du Coran :
Quant aux habitants de Hijr qui avaient traité les prophètes de menteur
Et qui s'étaient détournés de Nos signes, quand. Nous les leur avions fait parvenir,
se contentant de creuser leurs demeures dans le roc des montagnes en toute sécurité,
eux aussi furent saisis par le cri terrifiant au lever du jour,
et tout ce qu'ils possédaient ne leur a en rien servi.

Arrivé à Médine, Ibn Battûta va se recueillir sur la tombe de Mahomet. Il raconte les diverses étapes de l'agrandissement de la mosquée et des querelles que cela amena entre les divers clans de la famille. Après avoir fait le tour des sites que Mahomet avait fréquentés, il repart pour La Mecque. Ibn Battûta fait une assez longue et précise description des lieux et des rites du pèlerinage. Dix jours après la fin du pèlerinage, il part avec une caravane en direction de l'Irak (17 novembre 1326).

L'Irak

Ibn Battûta passe à Nadjaf y voir le tombeau de `Ali, il fait le récit de miracles ayant lieu sur ce tombeau mais il précise ne pas y avoir assisté lui-même. Alors que la caravane repart vers Bagdad, Ibn Battûta décide d'aller à al-Basra (Bassora). Là en assistant à la prière il s'étonne de voir l'imam commettre des fautes de langage.

L'Iran

Il fait un passage par Abadan puis se rend à Ispahan.

L'Afrique orientale, le Yémen et l'Oman

Ibn Battuta séjourne ensuite quelque temps à La Mecque. Il raconte dans la Rihla être resté dans la ville pendant trois ans : de septembre 1327 jusqu'à l'automne 1330. En quittant la Mecque, après le hadj en 1330 il se dirigea vers le port de Jeddah sur la côte de la mer Rouge et de là, pris plusieurs bateaux sur la côte. Arrivant au Yémen, il visita Zabid, puis la ville des hautes terres de Ta'izz où il rencontra le Malik Rassoulides Mujahid Nur al-Din Ali. Ibn Battuta mentionne également la ville de Sana'a, même s'il est peu probable qu'il y soit réellement allé. Il est plus probable qu'il soit allé directement à partir de Ta'izz au port d'Aden, en y arrivant à peu près au début de l'année 1331. À Aden, il s'embarque sur un navire, passe devant Zeila, puis longe le cap Gardafui. Ne restant pas plus d'une semaine à chaque port visité, il s'est rendu, entre autres à Mogadiscio, Mombasa, Zanzibar et Kilwa. Au moment de la mousson, il retourne par bateau vers l'Arabie, visite l'Oman et traverse le détroit d'Ormuz avant de retourné vers la Mecque pour le hadj de 1330

L'Anatolie

En 1333, il visite Ayasoluk (Éphèse), alors capitale de l'émir Hızir d'Aydın. Il est particulièrement impressionné par la mosquée principale de la ville, l'ancienne église chrétienne de Saint-Jean, qu'il considère comme une des plus belles du monde

Asie centrale

Ibn Battûta traverse la Crimée et visite l’empire de la Horde d'Or d'Özbeg. Son récit est une source précieuse concernant un peuple et un État qui ne se sont pas donné la peine d’écrire leur propre histoire. La condition féminine dans les tribus turques l'étonne : « Je fus témoin, dans cette contrée, d’une chose remarquable, c’est-à-dire de la considération dont les femmes jouissent chez les Turcs ; elles y tiennent, en effet, un rang plus élevé que celui des hommes. »3 Ce sont les hommes qui donnent des marques de respect aux femmes : « Lorsqu’elle [l'épouse de l'émir] fut arrivée près de l’émir, il se leva devant elle, lui donna le salut et la fit asseoir à son côté. » Il note que « les femmes des Turcs ne sont pas voilées. » Elles se consacrent même aux activités économiques, loin d'être confinées aux harems : « [une femme] apportera au marché des brebis et du lait, qu’elle vendra aux gens pour des parfums. »3

« J’avais entendu parler de la ville de Bolghâr. Je voulus m’y rendre, afin de vérifier par mes yeux ce qu’on en racontait, savoir l’extrême brièveté de la nuit dans cette ville, et la brièveté du jour dans la saison opposée. »3 Bolghâr, autrefois capitale des Bulgares de la Volga, détruite par les Mongols, se trouve à cent quinze kilomètres au sud de Kazan, à sept kilomètres de la rive gauche de la Volga. Pour un musulman, le respect des cinq prières quotidiennes est un devoir sacré mais quid de cette contrée du bout du monde où le temps se dérègle ? « Lorsque nous eûmes fait la prière du coucher de soleil, nous rompîmes le jeûne [du ramadan] ; on appela les fidèles à la prière du soir, tandis que nous faisions notre repas. Nous célébrâmes cette prière, ainsi que les prières terâwih, AL-chafah Al-witr , et le crépuscule du matin parut aussitôt après. »

Autre problème, plus tard dans l'année alors que l'hiver est survenu, sur la steppe glacée comment faire ses ablutions rituelles quand tout gèle ? « Je faisais mes ablutions avec de l’eau chaude, tout près du feu, mais il ne coulait pas une goutte d’eau qui ne gelât pas à l’instant. Lorsque je me lavais la figure, l’eau, en touchant ma barbe, se changeait en glace, et si je secouais ma barbe, il en tombait une espèce de neige. L’eau qui dégouttait de mon nez se gelait sur mes moustaches. »3

Il traverse ensuite l'Asie centrale pour rejoindre l'Inde. Parti de Saraï, capitale de la horde d'or, il passe successivement par Saraïtchik au nord de l'embouchure de l'Oural, traverse le Khwarezm, atteint Gurgandj, l’actuelle Kounia-Ourguentch, située sur le delta de l’Amou-Daria fleuve qu'il remonte vers Boukhara, « le maudit Tenkîz, le Tatar, l’aïeul des rois de l’Irâk, l’a dévastée. Actuellement ses mosquées, ses collèges et ses marchés sont ruinés, à l’exception d’un petit nombre. Ses habitants sont méprisés ». Après une longue digression sur les luttes intestines des dynasties mongoles dans la région, Ibn Battûta poursuit, « Lorsque j’eus fait mes adieux au sultan Thermachîrîn, je me dirigeai vers la ville de Samarkand, une des plus grandes, des plus belles et des plus magnifiques cités du monde. Elle est bâtie sur le bord d’une rivière nommée rivière des Foulons, et couverte de machines hydrauliques, qui arrosent des jardins. »3 La ville est l'ombre de sa splendeur passée : « Il y avait aussi sur le bord du fleuve des palais considérables et des monuments qui annonçaient l’élévation de l’esprit des habitants de Samarkand. La plupart sont ruinés, et une grande partie de la ville a été aussi dévastée. Elle n’a ni muraille ni portes. »3 Il poursuit vers Termez qui a subi le même sort que Samarcande de la part des armées de Gengis Khan.

« Nous passâmes ensuite le fleuve Djeïhoûn, pour entrer dans le Khorassan, et, à compter de notre départ de Termez et du passage du fleuve, nous marchâmes un jour et demi, dans un désert et des sables où il n’y a aucune habitation, jusqu’à la ville de Balkh. »3 Il poursuit ensuite vers Hérat, « la plus grande des cités encore florissantes dans le Khorassan ». qu'il quitte pour Sarakhs via Torbat-e Jam puis Tus, patrie du célèbre imam Al-Ghazali d’où il poursuit, pieux musulman, vers le tombeau d’Ali ar-Rida à Mashhad. À Nichapur, Battuta est sous le charme de cette ville « appelée le Petit Damas, à cause de la quantité de ses fruits, de ses jardins et de ses eaux, ainsi qu’à cause de sa beauté. Quatre canaux la traversent, et ses marchés sont beaux et vastes. Sa mosquée, admirable, est située au milieu du marché, et touche à quatre collèges, arrosés par une eau abondante et habités par beaucoup d’étudiants qui apprennent la jurisprudence et la manière de lire le Coran. »

De là, il rejoint Pervan puis Ghaznah, capitale du sultan belliqueux Mahmoûd, fils de Subuktigîn. Il traverse ensuite le désert du Cholistan, « qui s’étend l’espace de quinze journées de marche (…), par la grâce de Dieu, notre caravane arriva saine et sauve à Bendj Ab, c’est-à-dire au fleuve du Sindh (…), à la fin de dhou al-Hijja, et nous vîmes briller cette même nuit la nouvelle lune de mouharram de l’année 7344. »
L'épopée indienne du long voyage d'Ibn Battûta peut commencer.

L'Inde

La description de l’Inde constitue la partie centrale des Voyages d’Ibn Battûta, aussi bien par son volume — elle couvre presque le tiers de l’ensemble de l’ouvrage — que par les informations. Dans la partie centrale de son récit indien, notre voyageur se transforme en historien et chroniqueur de sultanat de Delhi durant la domination de Muhammad bin-Tughlûq.

Les Maldives, Ceylan et le Bengale

Le sultan de Delhi, Fîrûz Shâh Tughlûq envoie une ambassade à l'empereur de Chine Togoontomor, ambassade à laquelle se joint Ibn Battuta. Mais suite aux aléas de la mer ce fut un désastre, la plupart des présents offerts par Tughluk (cent chevaux arabes, toiles, or, esclaves…) ainsi que les ambassadeurs disparurent sous l'eau. Ibn Battuta est l'un des rares survivants, il craint la colère du sultan de Delhi et décide donc de partir aux Maldives. Dans ces îles il devient cadi (juge), puis il se marie avec plusieurs filles de vizirs. Cela va faire croire au vizir Abd Allah qu'il recherche des alliances politiques pour prendre le pouvoir. Il est donc « invité » à quitter les îles. Il laisse derrière lui plusieurs femmes et un garçon.

Sa prochaine destination est Ceylan (l'actuelle Sri Lanka). Il veut visiter la deuxième montagne de cette île, le pic d'Adan (2 243 m). Ce pic possède une trace sculptée sur un rocher : pour les chrétiens c'est le pied de saint Thomas, pour les musulmans celui d'Adam. Ainsi, ce voyage fut pour Battuta une sorte de pèlerinage.

De retour sur le sous-continent indien, il est dépouillé par des pirates hindous de tous les cadeaux que lui avait offert le sultan idolâtre du Ceylan, Airy Chacarouaty (perles, pierres précieuses, esclaves…). Arrivé au Bengale, il se retrouve pris dans une révolte dirigée par les sultans de cette région contre le sultanat de Delhi. Battuta décide de s'en aller au plus vite pour ne pas éveiller des soupçons auprès de la cour de Delhi. Il se dirige donc vers la Chine pour tenter d'expliquer à son empereur le tragique incident déjà énoncé supra 5

Sumatra et la Chine

En 1346, Ibn Battûta aborde Samudra, capitale du sultanat de Pasai dans le nord de l'île indonésienne de Sumatra.

La même année, Ibn Battuta fait voile vers la Chine6 de la dynastie Yuan. Il s'étonne, comme Marco Polo avant lui, de l'avancée de la civilisation chinoise. La houille est une nouveauté : « Tous les habitants de la Chine et du Khitha emploient comme charbon une terre ayant la consistance ainsi que la couleur de l’argile de notre pays. On la transporte au moyen des éléphants, on la coupe en morceaux de la grosseur ordinaire de ceux du charbon chez nous, et l’on y met le feu. Cette terre brûle à la manière du charbon, et donne même une plus forte chaleur. »5 Le billets de banque provoque sa surprise : « Ils [les Chinois] vendent et ils achètent au moyen de morceaux de papier, dont chacun est aussi large que la paume de la main, et porte la marque ou le sceau du sultan »5. La porcelaine de Chine ne lui est pas inconnue : il note qu'elle est meilleur marché que la poterie dans son pays et il décrit son processus de production : « On ne fabrique pas en Chine de porcelaine, si ce n’est dans le villes de Zeïtoûn7 et de Sîn-calân. Elle est faite au moyen d’une terre tirée des montagnes qui se trouvent dans ces districts »5. À Khansâ8, la laque provoque son envie : « il y a les plats ou assiettes, qu’on appelle dest ; elles sont faites avec des roseaux, dont les fragments sont réunis ensemble d’une manière admirable ; on les enduit d’une couche de couleur ou vernis rouge et brillant. Ces assiettes sont au nombre de dix, l’une placée dans le creux de l’autre ; et telle est leur finesse que celui qui les voit les prend pour une seule assiette. Elles sont pourvues d’un couvercle, qui les renferme toutes. On fait aussi de grands plats, avec les mêmes roseaux. Au nombre de leurs propriétés admirables sont celles-ci : qu’ils peuvent tomber de très haut sans se casser ; que l’on s’en sert pour les mets chauds, sans que leur couleur en soit altérée, et sans qu’elle se perde. »5

Les Yuan ont mis en place un État policier (dont Marco Polo avant Ibn Battuta notait la cruauté) : « On m’a assuré que l’empereur avait donné l’ordre aux peintres de faire notre portrait ; ceux-ci se rendirent au château pendant que nous y étions ; qu’ils se mirent à nous considérer et à nous peindre, sans que nous nous en fussions aperçus. C’est, au reste, une habitude établie chez les Chinois de faire le portrait de quiconque passe dans leur pays. La chose va si loin chez eux à ce propos que, s’il arrive qu’un étranger commette quelque action qui le force à fuir de la Chine, ils expédient son portrait dans les différentes provinces, en sorte qu’on fait des recherches, et en quelque lieu que l’on trouve celui qui ressemble à cette image, on le saisit. »5 Plus surprenant, pour notre voyageur, est l'administration tatillonne et efficace dans son contrôle des échanges avec le monde extérieur : « Ils ordonnent ensuite [après le décompte des personnes] au patron du bâtiment de leur dicter en détail tout ce que la jonque contient en fait de marchandises, qu’elles soient de peu de valeur ou d’un prix considérable. Alors tout le monde débarque, et les gardiens de la douane siègent pour passer l’inspection de ce que l’on a avec soi. S’ils découvrent quelque chose qu’on leur ait caché, la jonque et tout ce qu’elle contient deviennent propriété du fisc. »5

Retour au pays

Ibn Battuta quitte la Chine, il reste deux mois à Samudra (octobre-novembre 1346) et repart pour l’Inde qu'il quitte rapidement pour Zhafar, au sud de l’Arabie, dans la deuxième quinzaine du mois d’avril 1347. Il passe en territoire iranien et traverse la province de Lar pour arriver à Shiraz. Janvier 1348 le voit à Bagdad d'où il repart pour Damas.

La peste noire s'est déclarée. Le chroniqueur raconte : « dans les premiers jours du mois de rabî’ premier de l’année 749 de l’hégire9, la nouvelle nous parvint à Alep que la peste s’était déclarée à Gaza, et que le nombre des morts, en un seul jour, y avait dépassé le chiffre de mille. Or je retournai à Homs, et trouvai que l’épidémie y était ; le jour de mon arrivée il y mourut trois cents personnes environ. Je partis pour Damas (…) le nombre des morts y avait atteint deux mille quatre cents dans un jour. »

Ibn Battûta arrive au Caire au cours du règne (1347-1351) du malik baharite Nasir Hasan et repart aussitôt pour La Mecque afin d’accomplir un dernier pèlerinage. De là, il retourne au Caire au début de l’année 1349 et rentre dans son pays ayant appris, comme il le dit, que « notre maître, le commandeur des croyants, le défenseur de la religion, celui qui met sa confiance dans le Maître des mondes, je veux dire Aboû ’Inân (que le Dieu très haut le protège !), avait, avec le secours divin, réuni les choses dispersées, ou réparé les malheurs de la dynastie mérinite et délivré par sa bénédiction les pays du Maghreb du danger dans lequel ils s’étaient trouvés »5, louange assez peu exacte et très courtisane : la réunion du Maghreb est l'œuvre du père d'Aboû ’Inân que celui-ci vient de chasser du pouvoir.

L'Andalousie

Après quelque temps passés à Tanger, Ibn Battûta repart en voyage vers al-Andalus – l'Espagne musulmane. Alphonse XI de Castille menaçant d'envahir Gibraltar, Ibn Battûta rejoint un groupe de musulmans de Tanger avec l'intention de se battre pour défendre ce port. Par chance pour eux, la peste noire avait tué le roi peu avant leur arrivée (en mai 1350) et Ibn Battûta peut alors voyager en sécurité. Il visite le royaume de Valence et termine son périple à Grenade.

Quittant l'Espagne, il décide de visiter son Maroc natal. Il s'arrête à Marrakech, alors presque une ville fantôme, suite à l'épidémie de peste et poursuit vers Fès, la capitale du royaume des Mérinides, et par ailleurs siège de la Quaraouiyine, l'un des plus importants centre du savoir de l'époque, pour finir son périple dans sa bonne ville de Tanger.

L'or de l'Empire du Mali

Deux ans avant sa première visite au Caire, le mansa de l'Empire du Mali, Kouta Moussa, était passé par la ville en direction de la Mecque pour accomplir son hajj et avait fortement impressionné la population par l'opulence de son apanage. L'Afrique de l'Ouest était riche en or et cette richesse était une découverte pour le monde musulman. Quand bien même il n'y fait pas explicitement référence, Ibn Battûta avait dû en entendre parler et cela a sans doute motivé sa décision de voyager en Afrique subsaharienne aux marges occidentales du monde musulman et du Sahara.

En 1352, il quitte une nouvelle fois le Maroc pour atteindre la ville frontière de Sijilmasa qu'il quitte à son tour avec les caravanes d'hiver quelques mois plus tard. Il atteint la ville saharienne de Teghazza, alors un centre important du commerce du sel, enrichie par l'or du Mali mais qui ne fait pas grande impression sur notre voyageur. Huit cent kilomètres au travers de la partie la plus hostile du Sahara, et le voici à Walata. De là, il poursuit en direction sud-ouest, le long de ce qu'il croit être le Nil mais qui est le Niger, pour enfin atteindre Gao, la capitale de l'Empire du Mali. Mansa Souleymane, qui règne sur l'Empire depuis 1341, le reçoit chichement mais Ibn Battûta reste cependant huit mois avant de reprendre la route jusqu'à Tombouctou, alors une petite ville sans importance, sans commune mesure avec ce qu'elle deviendra dans les décennies suivantes. Il la quitte pour retraverser le désert et rejoindre son Maroc natal, où il finit une vie, enfin sédentaire et paisible, selon toutes probabilités au service du sultan.

Notes et références

1↑ 17 rajab 703
2↑ Ross E. Dunn, The Adventures of Ibn Battuta - A Muslim Traveler of the 14th Century, University of California, 2004 ISBN 0-520-24385-4.
3↑ a, b, c, d, e, f et g Ibn Battuta (trad. C.Defremery, B.R. Sanguinetti), Voyages, vol. 2 : De La Mecque aux steppes russes, 1858.
4↑ Soit le 12 septembre 1333
5↑ a, b, c, d, e, f, g et h Ibn Battuta (trad. C.Defremery, B.R. Sanguinetti), Voyages, vol. 3 : Inde, Extrême Orient, Espagne, Soudan, 1858
6↑ Plusieurs auteurs ont mis en doute le voyage d’Ibn Battûta en Chine. Le préfacier de l'édition de 1982 note : « De même, on n’a aucune raison, de mettre en doute le séjour de notre auteur à Zaitun, l’actuelle Quanzhou, grand port du commerce chinois avec l’Occident. Un des personnages cités dans le texte, le cheikh Burhan al-din, se retrouve dans les chroniques chinoises, et l’origine persane des autres personnes rencontrées concorde avec la présence d’une forte colonie iranienne dans cette ville. C’est surtout au-delà de Quanzhou que les problèmes se posent. »
7↑ L'actuelle Quanzhou, c'est la Çaiton de Marco Polo, aboutissement et point de départ du commerce maritime avec l’océan Indien
8↑ Hangzhou, la Quinsai de Marco Polo, de King-tsai (« résidence temporaire »), capitale des Song de 1132 à 1276, la plus grande ville chinoise de l’époque avec Pékin.
9↑ Début juin 1348.

Sources bibliographiques

Ibn Battûta (trad. C. Defremery et B. R. Sanguinetti (1858)), Voyages, De l’Afrique du Nord à La Mecque, vol. I, François Maspero, coll. « La Découverte », Paris, 1982, (format .pdf) 398 p. (ISBN 2-7071-1302-6).
Introduction et notes de Stéphane Yerasimov

Ibn Battûta, Voyages, De la Mecque aux steppes russes, vol. II, (format .pdf) 392 p. (ISBN 2-7071-1303-4)

Ibn Battûta, Voyages, Inde, Extrême-Orient, Espagne & Soudan, vol. III, (format .pdf) 381 p. (ISBN 2-7071-1304-2)

Ibn Fadlan, Ibn Jubayr, Ibn Battûta (trad. Paule Charles-Dominique), Voyageurs arabes, Gallimard, coll. « La Pléiade », Paris, 1995, 1412 p. (ISBN 2-07-011469-4), « Ibn Battûta. Voyages et périples »

Patrick Merienne, Atlas des explorations et des découvertes, Ouest-France, Rennes, 2005
(en) Ross E. Dunn, The Adventures of Ibn Battuta- A Muslim Traveler of the 14th Century, University of California, 2004 (ISBN 0520243854)

Patrick Merienne, Atlas des explorations et des découvertes, Ouest-France, Rennes, 2005

(en) Ross E. Dunn, The Adventures of Ibn Battuta- A Muslim Traveler of the 14th Century, University of California, 2004 (ISBN 0520243854)


Source: http://fr.wikipedia.org

vendredi 30 juillet 2010

Bilal ibn Rabah (ra), le premier muezzin de l'Islam



Bilal ibn Rabah (ra), le premier muezzin de l'Islam

Quand on citait le nom d'Abu Bakr As Sidikh (RA) devant Omar ibn. al-Khattab (RA) , celui-ci disait: "Abou Bakr est notre maître, qui a libéré notre maître." Il visait Bilal. Mais Bilal ne prêtait pas beaucoup d'attention aux éloges qu'on lui adressait. Il baissait les yeux, en disant humblement: "Je suis plutôt un Abyssinien... J'étais un esclave...".

Cet ancien esclave noir, svelte mais grand, aux cheveux crépus et aux petites épaules, qui est-il ?

C'est Bilal ibn Rabah (RA) , le premier muezzin de l'Islam et le contradicteur des adorateurs des idoles. Et puis, qui ne connaît pas Bilal, alors que son nom traverse le temps depuis le début de l'Islam ?

Des centaines de millions de tous les âges le connaissent. Si on interroge un enfant musulman de n'importe quelle partie du monde : "Petit enfant, qui est Bilal ?" il répondra : "C'est le muezzin de l'Envoyé".

C'est cet esclave qui est devenu musulman et que son maître polythéiste torturait, pour le faire dévier de l'Islam.

En effet, Bilal était un esclave qui s'occupait du bétail de son seigneur, pour quelques poignées de dattes. Si ce n'était sa foi en l'Islam, il aurait traversé le temps en inconnu. La couleur de sa peau, sa condition sociale ne l'ont pas empêché d'occuper un rang très élevé parmi les musulmans. Lui le dépossédé de tout, le fils d'une esclave, on le croyait incapable de la toute petite chose. Mais voilà qu'il osa et embrassa l'Islam. Il eut une foi inébranlable, devant laquelle se brisèrent toutes les tentatives de dissuasion.

Il subissait la vie d'esclave. Des jours se ressemblaient. Il n'avait aucun droit et il n'avait aucun espoir en un possible lendemain différent. Puis, voilà qu'on parla de Mohammad (PSL) devant lui. Les Mecquois, y compris Omaya ben Khalaf, ne cachaient pas leur sentiment envers Mohammad (PSL) et ils l'exprimaient clairement, tandis que Bilal écoutait.

Ils reconnaissaient bien l'intégrité de Mohammad (PSL) , discutaient de la nouvelle religion mais la rejetaient ensuite. Ils disaient que Mohammad (PSL) n'était ni menteur, ni sorcier, ni fou. Cependant, ils avaient peur pour la religion de leurs ancêtres et craignaient que la Mecque perdrait son rôle religieux prépondérant en Arabie. Dans ces conditions-là, Bilal eut le cœur ouvert à la lumière divine et il alla au Messager de Dieu annoncer sa conversion à l'Islam. Mais la nouvelle ne tarda pas à faire le tour de la cité. Son maître Omaya vit en cela un affront qu'il fallait effacer à tout prix, et vite.

Mais Bilal était convaincu et résolu. Il ne céda pas, il résista à toutes les tortures. Allah l'avait choisi comme exemple pour peut-être dire aux humains que la couleur de la peau et la condition d'esclave n'entament nullement la grandeur de l'âme croyante. La liberté de conscience ne peut s'acheter.

Bilal l'avait démontré par sa résistance à tous les supplices. On le faisait sortir chaque jour, au soleil de midi, pour le jeter sur le sable brûlant et le laisser souffrir sous le poids insupportable d'un rocher très chaud.

Ses tortionnaires voulaient le détourner de sa foi tandis que lui voulait être musulmans. Comme sa situation de supplicié durait, on lui proposa de dire un mot de bien, un tout petit mot en faveur de leurs dieux, pour faire cesser son supplice.Même ce petit mot, Bilal ne la prononça pas, lui qui pouvait le dire de façon superficielle, sans perdre sa foi, afin d'être soulagé. Oui, il refusa de le dire et se mit à répéter son chant éternel : Ahadoun - Ahadoun - II est l'unique, il est l'unique - .

Ses tortionnaires lui disaient : "Dis ce que nous disons" Mais lui leur disait : "Ma langue ne sait pas bien dire cela". Les sévices reprenaient alors de plus belle jusqu'à l'après-midi. A ce moment-là, on enlevait le rocher de sa poitrine, on lui mettait une corde au cou et on le laissait à la merci de leurs garçons, qui le faisaient courir dans les rues de la Mecque et sur les montagnes.

J'imagine qu'à la nuit tombée, ses bourreaux lui disaient : " Demain, dis du bien de nos dieux; dis que tes seigneurs sont al-Lat et al-'Ouzza ( les plus grandes idoles de la Mecque) et nous laissons..." Mais Bilal rejetait sereinement ce marchandage par la reprise de son chant. Sur ce, Omaya ben Khalaf explosait de colère et de haine: "Par al-Lat et al-'Ouzza! tu vas voir. Tu seras un exemple pour les esclaves et pour les maîtres !". Et le lendemain, à midi, les bourreaux conduisaient Bilal à la place de la veille, sans savoir qu'il était armé de patience et de résolution.

Puis, un jour, Abu Bakr as-Sadikh (RA) alla à cet endroit, pour leur dire; "Allez vous tuer un homme parce qu'il dit que son seigneur est Dieu ?" Par la suite, il dit à 'Oumaya : "Je l'achète avec un prix dépassant sa valeur. Qu'en dis-tu ?" Oumaya ne se fit pas attendre de prendre au vol la bouée de sauvetage qui venait de lui être lancée. Ayant perdu espoir de briser a volonté de Bilal. il accepta l'offre d'Abou Bakr . Il s'était rendu compte que le prix de Bilal était plus profitable que sa mort. Comme Abou Bakr aidait Bilal à se relever, Oumaya dit : "Prends-le ! si tu m'avais proposé un ouqiya. je te l'aurais vendu". Abou Bakr, se rendant compte que ces mots étaient destins à humilier Bilal, répondit: "Par Dieu ! si vous aviez exigé cent ouqiyas, je les aurais avancées !" Puis il se retira avec Bilal.

Puis, plus tard, il y eut l'exode à Médine et le Messager décréta l'appel à la prière. Qui allait être le premier muezzin des musulmans ? Qui allait lancer cet appel cinq fois par jour ? Et bien le Messager allait choisir Bilal qui, treize ans auparavant, avait dit aux polythéistes: "Dieu est l'Unique... il est l'Unique."

Puis, il y eut la bataille de Badr entre les musulmans et les Qoraychites qui étaient sortis au secours de leur caravane. Omaya ben Khalaf y était et Bilal aussi. Mais chacun se trouvait dans le camp opposé.

Ce jour-là, le chant que Bilal répétait sous la torture devint le slogan menant les musulmans au combat et à la victoire. Omaya vit alors sur le champ de bataille Abdurrahman ibnn Aouf il demanda sa protection. Abdarrahman accepta et le conduisit vers l'endroit où on rassemblait les captifs. Bilal le vit sur le chemin et dit à voix haute: "Le chef de file de la mécréance Omaya ben Khalaf !" Puis, il s'élança, l'épée menaçante. Abdarrahman intervint: "Bilal ! c'est mon captif !"

Comment Omaya était-il un captif, alors que tout à l'heure il maniait son sabre contre les musulmans ? Sur ce. Bilal appela ses compagnons: "O soutiens de Dieu ! voilà le chef de file de la mécréance ! Omaya ben Khalaf ! " Un groupe de musulmans accoururent et encerclèrent le polythéiste et son fils. Abdarrahman ben Aouf ne put rien faire...

Puis, les années passèrent et les musulmans entrèrent à la Mecque en libérateurs. Le Messager se dirigea droit vers la Kaaba encore encombrée d'idoles.

A partir de ce jour, plus de Houbal, plus de 'Ouzza plus de Lat en ce lieu sacré. Le Messager entra avec Bilal à l'intérieur de la Kaaba, puis il lui demanda de montrer sur le toit et de lancer l'appel à la prière.

Bilal monta et lança l'appel devant les milliers de musulmans. Ces derniers reprenaient après lui chaque séquence de l'adhan, tandis que la majorité des polythéistes étaient dans leurs maisons.

Cependant trois notables qoraychites se trouvaient devant la Kaaba: Abou Soufyan ben Harb qui venait de se convertir à l'Islam, Attab ben Ousayd et al-Harith ben Hicham qui étaient encore polythéistes. "Dieu a bien fait d'épargner à mon père d'écouter celui-là. Sinon il aurait entendu ce qui l'exaspérait, dit Attab. Par Dieu ! si je sais que Mohammad a raison, je le suivrai, dit al-Harith" Quant au rusé Abou Soufyan, il dit: "Moi je ne dis rien. Si je dis quelque chose, ces cailloux rapporteront cela."

Quand le Prophète sortit de la Kaaba, il leur dit : "J'ai su ce que vous avez dit". Puis il leur raconta leur conversation. Al-Harith et Attab dirent à voix haute: "Nous attestons que tu es vraiment le messager de Dieu, Par Dieu ! personne ne nous a entendus pour que nous disions qu'il t'a informé !"

Bilal était le compagnon de toujours du Prophète . Il prenait part aux expéditions et aux batailles, lançait l'appel à la prière, accomplissait les rites de cette religion nouvelle. Si bien que le Prophète dit de lui: "C'est un homme qui fait partie des compagnons du Jardin." Mais Bilal était resté toujours modeste. Une fois, avec un compagnon qui voulait se marier lui aussi, il alla demander la main de deux femmes. Devant le père, il dit: "Je suis Bilal et voilà mon frère. Deux esclaves d'Abyssinie. Nous étions des égarés mais Dieu nous a guidés. Nous étions des esclaves mais Dieu nous a libérés. Si vous nous donnez la main de vos filles, alors louange à Dieu, Si vous refusez, alors Dieu est grand."


La tombe de Saydna Bilal ibn Rabah à Damas en Syrie.



Après la mort du Messager Bilal dit au khalife Abou Bakr : "O khalife du Messager, j'ai entendu le Messager de Dieu dire: "La meilleure action du croyant c'est de combattre sur le chemin de Dieu" - "0 Bilal, que veux-tu ? dit Abou Bakr. Je veux sortir pour stationner sur les frontières et me consacrer ainsi au combat sur le chemin de Dieu jusqu'à la fin de mes jours.

Et qui va s'occuper de l'adhan ? - Je ne ferai plus d'adhan pour personne après la disparition du Messager de Dieu "Reste et occupe-toi de l'adhan pour nous, 0 Bilal" -

"Je ferai ce que tu veux, dans le cas où tu m'avais libéré pour que je sois à toi. Sinon, laisse-moi avec la cause pour laquelle tu m'avais libéré, dans le cas où tu m'avais libéré en vue de Dieu" dit Bilal - "Au contraire, je t'avais libéré en vue de Dieu, ô Bilal.. ".

Là, les historiens divergent. Selon certains, Bilal partit aux frontières de Syrie, en tant que combattant pour la cause de l'Islam. Selon d'autres, il resta à Médine après avoir accepté la demande d'Abou Bakr . Mais après la disparition de ce dernier, il demanda au nouveau khalife Omar ibn al-Khattab la permission d'aller stationner sur les frontières, pour la cause de Dieu. Après quoi, comme il voulait, il s'en alla en Syrie.

Sa tombe se trouve à Damas en Syrie. Qu'Allah lui fasse miséricorde.

Source: http://www.asfiyahi.org/BILAL-IBN-RABAH-RA--LE-PREMIER-MUEZZIN-DE-L-ISLAM_a249.html

mardi 13 avril 2010

As-Sayyida Nafissa (qu'Allah l'agree)



As-Sayyida Nafissa

Notre dame bénie et purifiée, As-Sayyida Nafissa naquit en 145 A.H. Son père est Abou Mohamed Al-Hassan Al-Anwar Ibn Zayd Al-Abladj Ibn Al-Hassan - le petit-fils du Messager- Ibn Ali Ibn Abi Taleb, qu’Allah soit satisfait d’eux.

As-Sayyida Nafissa grandit dans un milieu imprégné de la bénédiction du Noble Messager, notre bien-aimé Mohamed. Elle passa ses premières années à la Mecque entourée de soins et du respect qui lui sont dus, puis, âgée de cinq ans, son père l’emmena à Médine. Il commença alors à lui prendre ce dont elle avait besoin pour sa vie ici-bas et pour l’au-delà et elle partait à la mosquée du Messager pour écouter les savants du hadîth et pour apprendre la jurisprudence par les jurisconsultes.
Depuis sa plus tendre enfance, son cœur s’attacha au Noble Coran qu’elle récitait régulièrement. Elle se consacra à son apprentissage et finit sa mémorisation en un an et demi. Quant aux actes d’adoration, il est rapporté que notre bien-aimée accomplissait de façon régulière les cinq prières avec ses parents, alors qu’elle n’avait que six ans.
Au fil des années, elle grandit, son corps se renforça, son âme s’éleva et son cœur se raffina. Elle multiplia les actes de piété, jeûnant le matin et priant le soir, recueillie dans son adoration d’Allah et animée par la soif du savoir. Son cœur s’ouvrit aux illuminations divines et s’attacha à la Parole d’Allah et aux hadiths de son grand-père, l’Envoyé d’Allah. Elle apprit et relata des hadiths par son père, les membres de sa famille bénie, et les savants de son époque dont elle apprit également la jurisprudence. C’est ainsi qu’on lui donna un surnom qui resta très célèbre Nafisa’t’ul-ilm, la (dame) au savoir précieux.
La dame honorée dans les deux demeures, As-Sayyida Nafissa, a accompli dans sa vie bénie trente pèlerinages en se rendant à la Mecque la plupart du temps à pieds. Elle marchait ainsi sur les pas de son grand-père l’Imam Al-Husseïn, paix sur lui, qui disait : «J’ai honte d’aller à la rencontre de mon Seigneur sans avoir marché pour cela». La nièce d’As-Sayyida, Zaynab Bent Yahya Al-Moutawwadj (frère de notre bien-aimée) : «j’ai été au service de ma tante pendant quarante ans où je ne l’ai point vu dormir le soir (i.e. elle priait) ou ne pas jeûner pendant la journée, sauf les jours de l’Aïd et ceux du Tachriq. Je lui dis : ne veux-tu pas être plus clémente envers toi-même ? Elle répondit : et comment cela alors que j’ai devant moi des épreuves difficiles qui ne seront surmontées que par ceux qui seront du nombre des réussissants». Et elle disait d’As-Sayyida Nafissa : «Ma tante connaissait par cœur le Coran et son exégèse, et elle récitait le Coran et ses larmes coulaient».
Cette dame pieuse était une ascète désintéressée des vains ornements d’ici-bas et faisant preuve d’une grande observance d’Allah et d’ascétisme, en prenant pour modèle le maître des fils d’Adam, le Sceau de la Prophétie, Mohamed, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Malgré les plaisirs et l’abondance qu’elle pouvait trouver dans la maison de son père, le prince de la ville, elle avait opté pour l’ascétisme et une grande simplicité dans la vie. Elle se contentait de peu de nourriture et préférait le jeûne. Elle avait un panier accroché près de l’endroit où elle accomplissait la prière. Lorsqu’elle ressentait faim, elle tendait la main pour en prendre la nourriture. Zaynab, sa nièce, disait : je trouvais chez elle ce qui n’effleurait même pas mon esprit et je ne savais comment elle avait cela. Cela provoqua mon étonnement. C’est alors qu’elle me dit : ô Zaynab, quiconque fait preuve de droiture avec Allah, l’univers entier est dans sa main». On rapporta que dans son ascétisme, il n’y avait pas d’excès, et elle ne s’écartait que des ornements d’ici-bas qui risquent de la détourner de sa fin première qui est la Satisfaction d’Allah et le Cheminement vers Sa Majesté. Elle pensait en permanence à la mort et l’au-delà, si bien qu’elle creusa elle même sa tombe et passa son temps à évoquer Dieu et à accomplir les bonnes œuvres. Elle fut aussi l’épouse attentionnée, fidèle, accordant ses soins à sa famille, si bien que son époux répétait qu’elle est un bienfait certain de Dieu pour lui et que jamais elle n’a négligé le moindre de ses devoirs envers son mari.
En 193 A.H., notre bien-aimée arriva en Egypte. Sa bénédiction et quelques-uns de ses prodiges (karama) furent à peine divulgués, que les habitants d’Egypte se précipitèrent vers la petite fille du Messager cherchant auprès d’elle ses pieuses invocations et sa lumière puisée dans celle de son grand-père. Sa maison ne se vidait que rarement d’une foule qui lui vouait un profond amour. Elle pensa à quitter les lieux pour trouver un endroit calme où elle pourrait se consacrer entièrement à l’adoration d’Allah. Voyant son insistance à partir, les Egyptiens se ruèrent chez le gouverneur d’Egypte, As-Sirrî Ibn Al-Hakam Ibn Youssef. Ce dernier se dirigea vers elle et la supplia de faire preuve de générosité en restant parmi eux. Elle dit : «J’avais l’intention de rester parmi vous, sauf que je suis une femme faible, et la foule s’est rassemblée autour de moi et les gens me rendent visite très fréquemment si bien qu’ils m’empêchent de réciter mes awrads (dhikr) composé de vers et d’invocations et de préparer la Rencontre de l’au-delà. Et ma demeure est si petite pour accueillir cette grande foule et la cour de mon grand-père, l’Elu, paix et bénédiction d’Allah sur lui, me manque énormément». Il répondit : «ô fille du Messager d’Allah, je me charge de mettre fin à ce dont tu te plains. Je m’emploierai à ton confort et ta satisfaction. Et pour ce qui est de ta petite maison, j’ai une grande demeure à Darb As-Siba, et je prends Dieu pour Témoin en te l’offrant, et en te demandant de bien vouloir l’accepter et ne point me décevoir». Après un long silence, elle répondit : «je l’accepte de toi». Puis elle dit : «ô Sirrî, que faire de ces grandes foules et assemblées ?». Il dit : «Tu leur consacres deux jours par semaine pour leurs visites et tu consacres le reste à tes œuvres d’adoration et au service de ton mari. Accorde aux gens le samedi et le mercredi».

L’Imam Ash-Shâfi’i, qu’Allah lui fasse miséricorde, vint en Egypte. Il fit connaissance d’As-Sayyidah Nafisah et entretint de relations solides avec elle. Ils avaient en commun leurs efforts pour diffuser la lumière de la religion, chacun à sa manière. L’Imam Ash-Shâfi`î avait coutume de lui rendre visite sur son chemin à la mosquée d’Al-Fustât où il enseignait le savoir et sur son chemin de retour. Pendant le mois du Ramadan, il accomplissait les prières du Tarawîh avec elle, dans sa mosquée (la mosquée d’As-Sayyidah Nafisah). L’Imam lui rendait visite en la compagnie de certains de ses amis et disciples, et il insistait, lui qui est un soleil de piété, à ce qu’elle invoque Dieu pour lui en espérant bénéficier de sa bénédiction. Lorsque la maladie l’empêchait d’aller la voir, il lui envoyait un disciple comme Ar-Rabî` al-Jîzî en le chargeant de lui dire : «Ton cousin Ash-Shâfi`î est malade et te demande d’invoquer Dieu pour lui». Elle levait alors les yeux vers le ciel et invoquait Allah, la guérison atteignait l’imam avant même le retour de son disciple. Lorsqu’il fut atteint de la maladie de sa mort, fidèle à son habitude, il lui envoya un messager pour qu’elle prie pour lui. Elle dit au messager : «qu’Allah lui accorde la douceur de regarder Sa Face Honorée». Au retour du messager, l’imam lui demanda ce qu’elle lui avait répondu. Il comprit alors qu’il allait quitter la vie ici-bas et qu’il allait bientôt retourner à Dieu. Il lui demandait qu’elle fasse la prière du défunt sur lui. Il mourût en 204 et au passage de son cercueil porté par la foule devant chez elle, elle pria sur lui et les pieux qui assistèrent à cela pensèrent que la prière d’As-Sayyidah Nafisah sera une miséricorde pour l’imam.
Le grand savant Al-Ajahwarî dit : As-ayyidah Nafisah creusa sa noble tombe elle-même. Elle ordonna sa construction tellement elle languissait pour la rencontre de Son Créateur, témoignant de son désintérêt pour les vains ornements d’ici-bas. [Sa tombe] fut couverte de nuages de miséricorde, elle y descendait pour faire ses œuvres d’adoration, pour évoquer l’au-delà et elle y multipliait les prières surérogatoires. On dit qu’elle y récita le Coran six mille fois et qu’elle a offert la rétribution de cela aux défunts des musulmans.
Zaynab, sa nièce, dit : «Ma tante ressentit une douleur le premier jour du mois de Rajab, et elle écrivit donc une lettre à son mari Al-Mu’taman, qui était absent, où elle lui demanda de venir, car elle ressentait qu’elle allait bientôt quitter la vie ici-bas au profit de l’au-delà. Elle restait dans sa maladie jusqu’au premier vendredi du mois de Ramadan, où sa douleur fut croissante alors qu’elle jeûnait. Les médecins vinrent et lui conseillèrent alors de rompre son jeûne afin de reprendre des forces et mieux combattre la maladie». Elle dit : «Grand est mon étonnement ! Cela fait longtemps que je demande à Dieu de retirer mon âme pendant que je serais à jeun, quelle idée de rompre mon jeûne maintenant, que Dieu m’en préserve». Et elle dit : «Eloignez de moi mon médecin et laissez-moi avec mon Aimé.
Ma langueur pour lui s’est accrue et mon coeur s’est embrasé».
Les médecins s’étonnèrent de la force de sa foi, ils lui demandèrent d’invoquer Dieu pour eux, chose qu’elle fit, et ils s’en allèrent. Puis Zaynab rajouta : «elle resta dans cet état jusqu’à la 2e décade du mois de Ramadan, usée par la maladie jusqu’à son agonie. Elle commença par la récitation de sourate Al-An`âm, elle récita jusqu’au verset : «Dis à Dieu, Il inscrivit sur Lui-même la Miséricorde» et son âme noble retourna à Dieu. On dit qu’elle avait perdit connaissance en récitant «Ils ont auprès de leur Seigneur la Demeure de la Paix et Il est leur Allié pour ce qu’ils œuvraient». Zaynab dit : «je l’ai alors serrée contre ma poitrine, et elle attesta la parole de la Vérité, et son âme retourna à Dieu, Dieu la choisit pour Sa Proximité, et l’a transférée à la Demeure de l’honneur. Cela fut en 208, après la mort de l’Imam Ash-Shâfi`î de 4 ans», qu’Allah leur fasse tous miséricorde.
As-Sayyidah Nafisah avait demandé que ce soit son mari qui se charge d’elle après sa mort. Lorsqu’il arriva de son voyage ce jour, il prépara son cercueil et décida de l’enterrer près de son grand-père, Mohamed, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Les habitants d’Egypte le supplièrent de l’enterrer en Egypte et lui ont demandé par Dieu de ne pas l’enterrer ailleurs. Mais il refusa. Ils rassemblèrent une grande fortune et le supplièrent de la laisser parmi eux, mais il refusa. Ils laissèrent l’argent chez lui, et passèrent la nuit un profond chagrin. Lorsqu’il vinrent à lui le matin, ils furent surpris de son comportement : il accepta volontiers de la laisser en Egypte et il leur rendit l’argent. Ils l’interrogèrent sur cela. Il dit : Je vis le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, en songe et il me dit : «ô Ishâq retourne aux gens leur argent, et enterre-la chez eux». Le cœur des Egyptiens s’emplit de joie et leurs voix s’élevèrent avec «Allahou Akbar».
A sa mort, les gens se sont rassemblés de tous les coins, ils allumèrent les bougies et l’on entendit les pleurs dans toutes les maisons. Un voile de deuil et de tristesse s’abattit sur l’Egypte et une grande foule accomplit la prière sur elle et on l’enterra dans la tombe qu’elle avait creusée.


Source: http://www.tunisia-today.com/

samedi 13 mars 2010

Zheng He, navigateur musulman chinois du XVe siècle


Zheng He, navigateur musulman chinois du XVe siècle

Zheng He 鄭和 (1371-1433), surnommé “l'Eunuque aux trois joyaux”, né en 1371 et mort en 1433, était un eunuque chinois et un explorateur maritime célèbre. Il a fait le tour du monde il y a 600 ans, a permis à la Chine d'acquérir une réputation de pays amical et puissant.

En tant qu'émissaire commercial et politique de l'empereur chinois, il a parcouru les mers, avec ses 27 000 hommes à bord de 200 navires, sur plus de 50 000 kilomètres, et visité plus de 30 pays en Asie et en Afrique, dont l'Indonésie, durant 28 ans de 1405 à 1433. Ses voyages ont devancé de 87 ans ceux de Christophe Colomb, de 92 ans ceux de Vasco da Gama et de 114 ans ceux de Fernand de Magellan.

Zheng He, Ma He de son nom d'origine, est né en 1371 dans une famille pauvre de l'ethnie Hui (qui partique l'Islam), dans la province du Yunnan dans le sud-ouest de la Chine.

Son grand-père et sont père ont effectué un pèlerinage à la Mecque par voie terrestre. Leurs voyages ont beaucoup contribué à l'éducation du jeune Zheng He. Dès son adolescence, il parlait l'arabe et le chinois.

Recruté comme serveur par la famille impériale à l'âge de dix ans, Zheng He fut désigné deux ans plus tard comme faisant partie de la suite du prince Yan, qui devint plus tard l'empereur Yong Le.

L'empereur Yong Le chercha à améliorer son image et celle de la Chine en envoyant des flottes spectaculaires et en accueillant des ambassadeurs de pays étrangers à la cour impériale.

Le gouvernement de la flotte a été confié à son favori, Zheng He.

Ses voyages ont beaucoup contribué à la renommée de la dynastie des Ming comme un puissant pouvoir à l'Est et ont aidé à réaliser de grands progrès dans les domaines économique et diplomatique.

Zheng He est décédé dans la 10e année du règne de l'empereur Xuande (1433) des Ming et fut enterré dans la colline de Tête de taureau (Niushou) dans la banlieue sud de la ville actuelle de Nanjing dans la province du Jiangsu.

En 1983, lors du 580e anniversaire du voyage de Zheng He, son tombeau a été restauré. Le nouveau tombeau a été construit sur le site du tombeau original et reconstruit selon les moeurs et coutumes islamiques.



Hypothèse de la découverte de l'Amérique

Une thèse récente, exposée en 2002 par l'auteur britannique Gavin Menzies, prétend même qu'une partie de la flotte aurait contourné le sud du continent africain pour remonter l'Atlantique jusqu'aux Antilles, une autre partie aurait franchi le détroit de Magellan pour explorer la côte ouest de l'Amérique et, finalement, une autre aurait navigué dans les eaux froides de l'Antarctique. Les côtes de l'Australie n'auraient pas été laissées de côté lors des ces voyages d'exploration.

Cette thèse fut élaborée à partir de l'étude d'anciennes cartes maritimes italiennes et portugaises antérieures aux voyages de Christophe Colomb et montrant des îles et territoires inconnus des Européens à cette époque, interprétés généralement par les historiens comme des îles imaginaires. L'auteur affirme que ces territoires correspondent bel et bien à des terres réelles, contredisant l'explication généralement admise. Bien que cette thèse fût bien accueillie par les milieux universitaires chinois, elle est toutefois controversée et recueille un scepticisme prudent de la part des historiens. Seule la découverte de vestiges physiques (épaves de navires, artefacts chinois) et la découverte de textes historiques relatant ces voyages (qui en théorie, ont tous été détruits) dans les archives chinoises pourront confirmer les affirmations de l'auteur.

À l'époque de Zheng He, la marine chinoise était la plus puissante du monde, de par le nombre et la taille de ses navires, le nombre de ses marins et la modernité des technologies employées. Mais toutes les explorations entreprises n'aboutirent à aucune colonisation, la Chine se repliant sur elle-même pour vivre en autarcie dès 1433. L'interdiction de construire de grands navires, la destruction des grandes jonques et de leurs plans, réduisirent à néant l'immense potentiel chinois en matière d'exploration et toute capacité de tenir en respect les Européens qui allaient bientôt sillonner les mers d'Asie.

Pour expliquer le peu de suites de ces expéditions, on met généralement en avant le fait que la Chine impériale se considérait comme le centre du monde (« l'Empire du Milieu »). Il faut surtout comprendre que la Chine de l'empereur Yongle n'avait, en termes commerciaux, pas beaucoup à attendre des autres nations - alors que les grands voyages espagnols et portugais étaient à l'origine motivés par le commerce des épices.

Les voyages de Zheng He étaient donc avant tout des opérations de prestige destinées à affirmer la puissance de l'Empire des Ming et à gagner la reconnaissance de royaumes lointains - d'où les échanges de produits de luxe, qui relevaient plus de la pratique du tribut que de vraies opérations commerciales. La différence est donc grande avec les expéditions qui partirent d'Europe quelques années plus tard. Si les expéditions de Zheng He augmentèrent grandement le prestige de l'Empire dans toute l'Asie, elle n'étaient pas rentables économiquement et ne constituaient pas un enjeu politique primordial - ce qui explique sans doute que la Chine ait sabordé ce qui était alors la marine la plus formidable de l'Histoire.

Source: http://www.chine-informations.com/guide/chine-zheng-he_222.html

vendredi 11 décembre 2009

Ash-Shaykh Abul 'Abbas al-Mursi


Ash-Shaykh Abul 'Abbas al-Mursi (616 h/ 1219-686 h/ 1287)

Son nom complet est Shihab al-Din Ahmad ibn 'Umar ibn 'Ali al-Khazraji al-Balansi, dont la noble lignée remonte au grand Compagnon Sa'ad ibn 'Ubada al-'Ansari. Il était connu sous l'épithète « Abu'l 'Abbas » et par le surnom « al-Mursi » d'après le lieu de sa naissance, Murcie. Son grand-père était Qays ibn Sa'ad, le chef de l'Égypte avant notre maître l'iman 'Ali ibn Abi Talib en l'an 36 de l'Hégire.

Notre maître Abu'l 'Abbas al-Mursi naquit dans la ville de Murcie, en Andalousie, en 616 de l'ère islamique (1219). Son père, qui y travaillait, le plaça auprès d'un professeur afin d'étudier le Glorieux Coran et d'apprendre les commandements de la religion. Abu'l 'Abbas al-Mursi mémorisa le Coran dans son intégralité en une année, et continua à étudier les principes de la jurisprudence, de la lecture et de l'écriture.

Son père était un commerçant de Murcie, et Abu'l 'Abbas al-Mursi avait l'habitude de participer, à ses cotés, à ses affaires. L'argent qu'Abu'l 'Abbas al-Mursi y gagnait était destiné aux pauvres, aux indigents et aux voyageurs. Les bénéfices de son commerce lui suffisait pour vivre comme il l'entendait.

Il employait son cœur au souvenir d'Allah et procédait ainsi jour après jour, étape après étape, sur le chemin de la vérité et de la réalisation.

Abu'l 'Abbas al-Mursi était connu comme quelqu'un de véridique et de digne de confiance, quelqu'un de décent et d'une totale intégrité dans son commerce. Si les bénéfices de ses affaires étaient de cent mille, il donnait cent mille par charité. Il était un exemple pour les autres commerçants de son temps en termes d'éthique, ainsi que pour les belles manières requises par la religion. Il était également un exemple pour la jeunesse en respectant scrupuleusement les piliers et les droits d'Allah . Il jeûnait plusieurs jours par mois, observait des veillées de prières pendant une partie de la nuit et tenait sa langue loin de la vacuité et des ragots.

En l'an 640 de l'ère islamique (1242) son père se résolu d'entreprendre le pèlerinage à la Maison d'Allah. Aussi l'accompagna-t-il avec son frère, 'Abullah Jalal ad-Din ainsi que leur mère, Sayyida Fatima, fille du Shaykh 'Abd ar-Rahman al-Maliki. Il voyagèrent par mer depuis l'Algérie, jusqu'à atteindre les rivages de la Tunisie lorsqu'une violente tempête s'abattit sur eux. Tous les passagers périrent noyés à l'exception de quelques uns d'entre eux, par la grâce d'Allah . Abu'l 'Abbas al-Mursi et son frère, qui furent sauvés par Allah, le Très-Haut, poursuivirent alors leur route vers la Tunisie où ils décidèrent de prendre résidence.

Abu'l 'Abbas al-Mursi reçu l'initiation des mains de son professeur, le célèbre guide spirituel Abu'l Hassan ash-Shadhili (raa). Abu'l 'Abbas al-Mursi le rencontra en Tunisie en l'an 640 de l'Hégire et auprès de lui, il fut nourri par tout le savoir de son temps portant sur la jurisprudence, l'exégèse coranique, la science du hadith, la logique et la philosophie. Pour lui, les saisons passèrent sur son cheminement spirituel, jusqu'à ce qu'il eut atteint la maîtrise de ces sciences.

L'imam Abu'l 'Abbas al-Mursi a dit : « Quand je suis arrivé en Tunisie, je venais de Murcie, en Andalousie. J'étais alors un jeune homme à cette époque. J'entendis parler du shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili lorsqu'un homme m'invita à le visiter. Je lui répondit vouloir, au préalable, demander guidance auprès d'Allah [à ce sujet]. Cette nuit-là, je m'endormis et me vis en rêve gravissant une montagne. Lorsque j'en eus atteint le sommet, je vis un homme dans un manteau vert ; il était assis, un homme se tenant à sa droite, un autre à sa gauche. Il me regarda et dit : « Tu as trouvé le pôle du temps ». Quand je me réveillais, à l'heure de la prière de l'aube, le même homme qui m'invitât à visiter le Shaykh vint à moi une fois encore. Aussi, je partis avec lui et entrais en présence du Shaykh, en remarquant la même assemblée que j'avais vu au sommet de la montagne. J'en fus très étonné. Le Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili dit: « Tu as trouvé le pôle de ton temps. Quel est ton nom ? ». Je l'informais alors de mon nom ainsi que de ma lignée. Il dit alors : « Il y a dix ans déjà que je t'ai élevé jusqu'à moi ». À compter de ce jour, il ne cessa pas d'accompagner le Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili et voyagea avec lui jusqu'en Égypte.

Abu'l Hassan ash-Shadhili remarqua qu'Abu'l 'Abbas al-Mursi avait un esprit pur ainsi qu'une belle âme avide de se rapprocher de son Seigneur. Il lui fit de nombreux dons et prit soin personnellement de consolider sa spiritualité, car il allait devenir Pôle après lui. Il dit : « Ô Abu'l 'Abbas, je jure par Allah que tu ne m'as pas accompagné jusqu'à ce que je sois devenu toi et toi devenu moi. Ô Abu'l 'Abbas, tu as ce que les hommes d'Allah ont, mais les hommes d'Allah ne possèdent pas ce que tu as ».

Parmi les récits qui nous sont parvenus sur les propos du Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili, de ceux qui se transmettent dans les cercles spirituels, il en est un qui rapporte que « Depuis qu'Abu'l 'Abbas al-Mursi a atteint Allah, il n'a jamais plus été voilé, quand bien même chercherait-il un voile qu'il ne pourrait le trouver. Abu'l 'Abbas connaît mieux les sentiers des cieux que ceux de la Terre.

Il est attesté qu'Abu'l 'Abbas al-Mursi accompagna le Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili et devint le guide de la Tariqa après lui. Avant cela, Abu'l 'Abbas se maria avec l'une des filles du Shaykh ash-Shadhili, qui donna naissance à ses enfants, au nombre desquels Muhammad et Ahmad. Une de ses filles épousa le Shaykh Yaqut al-Arashi qui était un des élèves de son père dans la connaissance et la spiritualité.

En l'an 624 de l'Hégire (1244), le Shaykh ash-Shadhili (raa) vit le Prophète Muhammad () dans son sommeil, qui lui ordonnait de se rendre en Égypte. Aussitôt, il quitta la Tunisie accompagné d'Abu'l 'Abbas al-Mursi, de son frère et de son serviteur Abu al-'Azayim. Ils prirent la route pour Alexandrie sous la protection du roi al-Salih Najmuddin Ayyub.

Abu'l 'Abbas al-Mursi (raa) raconte : « J'étais avec le Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili en route pour Alexandrie, depuis la Tunisie, lorsqu'une terrible contrition me saisit. J'en fus affaibli au point de ne plus pouvoir en supporter le fardeau et d'en informer le Shaykh Abu'l Hassan. Quand il sentit ma présence, il dit : « Ô Ahmad ? ». Je répondis « Oui, mon maître ». Il me dit : « Allah créa Adam de Ses propres mains, fit se prosterner les anges devant lui, fit du Paradis sa demeure puis l'envoya sur la Terre. Avant même qu'il ne soit créé, Allah dit « Je placerai un Khalife sur la Terre », Il n'a pas dit « dans le Ciel » non plus que « dans le Paradis ». La descente d'Adam (sur lui la Paix) sur Terre était une descente honorifique, non pas déshonorante. Il avait l'habitude d'adorer Allah en vertu d'une connaissance empirique. Quand il fut envoyé sur Terre, il se mit à adorer Allah par responsabilité. C'est seulement après être passé par ces deux formes successives d'adoration qu'un être peut devenir Khalife. En toi réside une part d'Adam. Tes débuts se sont accomplis dans le royaume des âmes, au Paradis, par empirisme. Alors, tu es descendu dans le monde de l'âme et de l'adoration par la responsabilité. C'est seulement ainsi, après être passé par ces étapes qu'il t'est possible de devenir un Khalife ».

Abu'l 'Abbas al-Mursi (raa) dit : « Dès que le Shaykh eut fini cette explication, Allah dilatât ma poitrine et aussitôt, ce sentiment de contrition et de mal-être intérieurs disparurent ».

Abu'l 'Abbas al-Mursi raconte : « Quand nous arrivâmes à Alexandrie, nous nous rendîmes à 'Amud al-Sawari. Nous étions dans le besoin et avions extrêmement faim. Un homme de foi d'Alexandrie vint à nous avec de la nourriture. Lorsque le Shaykh en fût informé, il nous dit : « Que personne ne mange de cette nourriture ! ». Nous avons alors passé la nuit comme nous étions arrivés, affamés. Le matin arriva et le Shaykh nous dirigea lors de la prière de l'aube. Puis, il nous ordonna d'apporter la nourriture. Nous la lui avons présenté et en avons mangé. Le Shaykh dit alors : « J'ai entendu une voix, dans mon rêve, qui disait que l'objet le plus recevable est celui auquel vous ne vous attendez pas, et que vous n'aviez jamais demandé ni à un homme, ni à une femme ».

« Nous nous sommes établis dans la province de Kowm al-Dakat. Pour les enseignements de la connaissance et les assemblées spirituelles, Abu'l Hassan ash-Shadhili choisit la célèbre mosquée nommée Masjid al-A'tarin, également connue comme la Mosquée de l'Ouest. Ces enseignements et assemblées étaient attendues aussi bien par un grand nombre des gens de l'élite d'Alexandrie, que par les gens ordinaires ».

Ce n'était pas un hasard si Alexandrie était, à cette époque, une ville renommée et un grand lieu d'apprentissage pour de nombreuses et importantes sciences. Ceci était notable de par le fait que d'illustres personnages y étaient bien avant qu'Abu'l Hassan ash-Shadhili et Abu'l 'Abbas al-Mursi y aient pris résidence. Parmi les personnes présentes aux leçons du Shaykh ash-Shadhili, on trouvait al-Tartawshi, Ibn al-Khattab al-Razi et Hafiz Abu Tahir al-Salafi. Salah al-Din al-Ayubi était toujours désireux de passer le mois de Ramadan à Alexandrie afin de pouvoir écouter les Traditions prophétiques par al-Hafiz Abu Tahir al-Salafi.

Abu'l 'Abbas al-Mursi poursuivit ses efforts auprès du Shaykh Abu'l Hassan ash-Shadhili, dans la consolidation de son savoir spirituel, et continua sur la Voie. Il ne le quitta pas un seul instant, jusqu'à ce que le Shaykh ash-Shadhili mourût. Abu'l 'Abbas al-Mursi passa 43 années de sa vie à Alexandrie, à y répandre la connaissance, à y purifier les âmes, à y renforcer ses élèves et à en faire des exemples en matière de piété et de dévotion. Beaucoup reçurent la Connaissance des mains d'Abu'l 'Abbas al-Mursi, des disciples comme des compagnons, tels que l'imam al-Busiri, Ibn 'Ata 'Illah Al-sakandari, Yaqut al-Arshi, Ibn al-Laban, 'Izz al-Din ibn 'Abd al-Am, Ibn Abu Shama et tant d'autres.

Il mourût (raa) le 23 du mois de Dhul Qa'ida en l'an 686 de l'ère islamique (1287) et fut enterré avec ses fils Muhammad et Ahmad, dans la province de « Ras al-Tin ».

Abu'l 'Abbas al-Mursi devint le guide de la Tariqa Shadhiliya après le décès d'Abu'l Hassan ash-Shadhili en l'an 656 de l'Hégire (1258). À cette époque, il était âgé de 40 ans et s'est efforcé à tenir haut la bannière du savoir et de la spiritualité jusqu'à sa mort. Après avoir passé 40 années à Alexandrie, l'éclat de la Voie Shadhilite s'étendit au-delà de l'horizon.


Les états de l'homme
selon Abu'l 'Abbas al-Mursi.


L'imam Abu'l 'Abbas al-Mursi (raa) divise les états de l'homme selon quatre catégories qui sont : l'Obéissance, la Désobéissance, la Louange et l'Acceptation.
En état d'Obéissance, l'on doit être reconnaissant envers Allah pour les Bénédictions dont Il nous fait la grâce. C'est Allah Lui-même Qui nous y conduit et Qui nous y installe.
En état de Désobéissance, il nous faut rechercher Son Pardon.
En état de Louange, il nous faut montrer notre gratitude en rejoignant Allah avec le cœur.
En état d'Acceptation, nous devons être satisfait du décret d'Allah et nous montrer patient.

La plus grande invocation

L'imam Abu'l 'Abbas al-Mursi (raa) avait coutume de recommander à autrui d'invoquer Allah. Il conseillait à ses compagnons de faire du Nom « Allah » leur invocation car c'est le Nom du Maître des Univers. Par Lui procèdent l'élévation et le profit. L'élévation est Connaissance et le profit est Lumière. La lumière n'est pas un but en elle-même, ce n'est qu'une aide et un dévoilement. Tous les Noms d'Allah peuvent être attribués à la création à l'exception du Nom « Allah » Lui-même. Par exemple, quand on L'appelle au travers de l'expression « Ô Patient » (Halim), on s'adresse à Lui au travers du Nom « Le Patient ». Il est Lui « Le Patient », Son serviteur étant alors « patient ». Si on l'appelle « Ô Noble », on s'adresse à Lui par le Nom « Le Noble ». Il est Lui « Le Noble », son serviteur étant, quant à lui, « noble ». Il en va de même pour tous les autres Noms d'Allah, à l'exception du Nom « Allah » Lui-même, qui ne peut être attribué qu'à Lui Seul. Car, tel quel, il qualifie le divin et ne peut donc pas être attribué à la création.


Extraits du discours
de notre noble maître Abu'l 'Abbas al-Mursi.


Les Prophètes (sur eux la Paix) sont des présents pour leur nation ; notre Prophète () est un don. La différence entre un présent et un don réside dans le fait qu'un présent est destiné au nécessiteux alors qu'un don est destiné à des amoureux. Le Messager d'Allah () a dit : « Je suis un don de miséricorde ».
Il (raa) commenta la parole prophétique de notre maître le Messager d'Allah (), « Sans aucune forfanterie, je suis le maître des enfants d'Adam », en ces termes : Il ne se vantait pas de sa seigneurie vis-à-vis des humains, mais il se vantait de son état de servitude à Allah, sobhanahu wa tâala.
L'existence toute entière est servitude et nous sommes tous serviteurs en Sa présence.
Je jure par Allah que je ne m'asseyais pas avec les gens car ils pillaient ce que j'avais. Quelqu'un me dit un jour, « si tu ne t'assieds pas avec eux, afin qu'ils puissent prendre de toi, alors nous ne nous accorderons pas à ton sujet ».
Durant 40 ans, le Messager d'Allah () n'a jamais été voilé à moi ne serait-ce que le temps d'un clignement d'œil. Si le messager de Dieu () m'avait été voilé, je ne me considérerai plus comme faisant partie de la Nation musulmane.
Le Discernement est de deux types : mineur et majeur. Le Discernement mineur concerne la banalisation pour ce groupe, du fait qu'une simple âme saisisse que la Terre puisse être pliée pour eux depuis l'Est jusqu'à l'Ouest. Le Discernement majeur concerne celui des particularités de l'âme.


Traduit par Al fûqaraa l'équipe du site Soufisme-fr.com.

www.marifah.net

dimanche 11 octobre 2009

Cheikh Muhammad al Ya'qubi (qu'Allah le préserve)


Cheikh Muhammad al Ya'qubi (qu'Allah le préserve)

Le Cheikh Muhammad al Ya'qubi compte parmi les plus grands savants de notre époque. D'origine syrienne, la filiation du Cheikh remonte au Prophète béni par l'intermédiaire de Sayyiduna al-Hasan . La chaîne initiatique qui le relie au Prophète béni lui fut transmise par son père – le Cheikh Ibrahim al-Ya'qoubi (H. d. 1985/1406), un des grands noms de l'Islam et du Soufisme du XXème siècle – et se compose de savants parmi les plus illustres de l'histoire de son pays.

Dès son plus jeune âge, le Cheikh Muhammad fréquenta la Darwishiyya et la Grande Mosquée des Omeyyades – où son père enseigna pendant 40 ans – et put s'asseoir sur les genoux de certains des plus grands savants de l'époque. Sous la tutelle de son père, il suivit, dès l'âge de quatre ans, un solide cursus de sciences traditionnelles, comprenant l'étude des grandes œuvres classiques traitant de la Shari'a et des disciplines connexes (grammaire, rhétorique etc..). Il reçut des ijazas (certificats d'autorisations) en sciences du hadith, de la main des plus grands mouhadithoune de Syrie.

Cheikh Muhammad poursuit ensuite ses études universitaires au département de Shari'a de l'Université de Damas. Après avoir obtenu une licence en littérature arabe en 1987, il étudie la philosophie pendant deux ans à l'Université arabe de Beyrouth, avant d'intégrer, en 1991, le programme doctoral de linguistique du département d'études orientales de l'Université de Göteborg en Suède, où il fut par ailleurs chargé de recherche et enseigna les lettres classiques de la langue arabe. Le Cheikh dirigea également le pôle d'étude et de recherche de la maison d'édition Dar al-Athar al-Islamiyyah au Koweït en 1990.

Après avoir été Imam à Göteborg et œuvré sans relâche pour implanter l'Islam dans le pays, la société islamique suédoise de Stockholm le désigna mufti pour la Suède en 1999.

En marge de son travail en Syrie et en Suède, le Cheikh Muhammad al Ya'qubi donne fréquemment des Khutbas et des conférences au Moyen-Orient, en Europe, au Canada et aux Etats-Unis, et enseigne la 'aqida, le tafsir, le hadith, le fiqh, le usul al fiqh, et encore bien d'autres disciplines à son domicile damascène ou à la mosquée du Cheikh muhydeen al-'Arabi. Le Cheikh est une autorité éminente dans le domaine du hadith, ses lignes de transmission (isnads) sont parmi les plus fiables du moment. Jusqu'à aujourd'hui, le Cheikh al-Ya'qubi a enseigné :

- Tafsir al-Nasafi
- Sahih al-Bukhari (19 fois)
- Sahih Muslim,
- Al-Muwatta (6 fois)
- Al Shama'il de l'Imam al-Tirmidhi (17 fois)
- Sharh al-fiqh al-Akbar, al-Tahawiyya (plus de 20 fois)
- Sharh al-'Aqaa'id al-Nasafiyyah,
- Ihya 'Ulum al-Din,
- Al-Hikam d'Ibn' Atta'illah,
- Al-Shifa du Qadi 'Iyaad,
- Al-Qudouri,
- Al-Hidayah,
- Maqaamt al-Hariri,
- Mughni al-Labeeb
- Etc..

Des étudiants et des savants affluents du monde entier en Syrie pour lui rendre visite, ainsi qu'en cours de ses voyages, pour entendre la malsalslaat ou obtenir une autorisation (ijaza) de narration d'un hadith. Les gens qui ont embrassé l'Islam ou qui se sont repentis par sa cause (en écoutant ses discours) se comptent par milliers, et aujourd'hui, un grand nombre de ses étudiants parcourent le monde pour diffuser la Loi sacrée et revivifier le curriculum des Ulémas.

On notera par ailleurs que le Cheikh commença à enseigner le tajweed (récitation coranique) à l'âge de onze ans, prononça son premier discours public un an plus tard, et délivra sa première khutba (prêche du vendredi) à l'âge de quatorze ans et demi, et son père l'autorisa à enseigner la Loi sacrée de l'Islam quand il eut atteint sa vingtième année.

Le Cheikh Muhammad, père de trois enfants, réside actuellement à Damas en Syrie. L'épouse de notre estimé Cheikh, Al Hajja Farizah Rabbat Umm Ibrahim est décédée le 10 Avril 2008. Elle fut une femme remarquable défendant le droit aux femmes pour l'accès aux sciences religieuses. Qu'Allah lui fasse Miséricorde.

Source: http://www.soufisme-fr.com/forum/showthread.php?t=4072

dimanche 19 avril 2009

L'Imam An-Nawawi

Son nom et sa généalogie

Il s’agit du noble savant, l’Imâm, le Sheikh de l’Islam, l’appeleur à Dieu, l’Argument, un des piliers de l’Ecole Juridique Shaféite, Sayyidî Muhyiddîn, Abû Zakariyyâ, Yahyâ Ibn Sharaf Ibn Marrî Ibn Hasan Ibn Husayn Ibn Hizâm Ibn Muhammad Ibn Jumu`ah An-Nawawî, que Dieu l’agrée.

Son enfance


Il naquit en 631 A.H. dans le village de Nawâ — un village affilié à Damas en Syrie. Il apprit le Coran dans son enfance et se forma dans diverses sciences islamiques comme le Hadîth, la Langue Arabe et le Fiqh.

Doté d’une excellente mémoire, l’Imâm An-Nawawî se dépensait dans l’apprentissage des sciences religieuses et assistait quotidiennement à près de douze cours traitant de diverses branches des sciences islamiques.

Les signes de l’excellence et la piété apparurent en lui dès son enfance. Son père raconte que la veille du 27e jour de Ramadan en l’an 638 A.H., le jeûne An-Nawawî, alors âgé de sept ans, dormait auprès de lui. Il se réveilla et s’exclama : « mon père ! quelle est cette lumière qui emplit la maison ?! ». Son père dit : « Nous nous sommes réveillés et ne vîmes aucune lumière. Nous avons alors su qu’il s’agissait de Laylat Al-Qadr (La Nuit du Destin) ».

Sheikh Yâsîn Ibn Yûsuf Al-Marrâkishî raconte : "J’ai vu le Sheikh [i.e. An-Nawawî] à Nawâ alors qu’il n’avait que dix ans. Les enfants essayaient de le forcer à jouer avec eux, mais il fuyait en récitant le Coran et pleurait de leur comportement. Son amour s’installa alors dans mon cœur. Son père le fit travailler dans une petite boutique, mais les ventes et les achats ne le distrayaient guère de la récitation du Coran. Je partis voir celui qui lui enseignait le Coran et lui recommandai de lui porter des soins particuliers. Je lui dis : « Il est à espérer que ce garçon devienne le plus savant des gens de son temps et le plus versé dans l’ascétisme parmi eux, et il est à espérer que les gens bénéficient de son savoir ». « Tu prédis l’avenir ?! » m’a-t-il répondu. « Non, dis-je, mais Dieu m’a fait dire cela ».". L’enseignant de Sheikh An-Nawawî rapporta cela à son père qui lui accorda beaucoup de soins, si bien que l’Imâm An-Nawawî termina l’apprentissage du Coran vers sa puberté.

Ses Sheikhs

Nous ne dresserons pas ici une liste exhaustive des Sheikhs et professeurs de l’Imâm An-Nawawî, tant ils sont nombreux. Nous citerons pour les diverses disciplines islamiques les principaux enseignants qui formèrent l’Imâm An-Nawawî.

1- En Fiqh (jurisprudence islamique) :

Son premier Sheikh en Fiqh fut l’ascète, le juriste shaféite, Abû Ibrâhîm Ishâq Ibn Ahmad Ibn Othmân Al-Maghribî Al-Maqdisî. Puis il s’initia auprès de son Sheikh, l’Imâm, le dévot, le Mufti de Damas à l’époque, Abû Muhammad Abd Ar-Rahmân Ibn Nûh Ibn Muhammad Ibn Ibrâhîm Ibn Mûsâ Al-Maqdisî Ad-Dimashqî. Ensuite, il eut comme professeur, l’Imâm, le Mufti, Abû Hafs `Omar Ibn As`ad Ibn Ghâlib Al-Irbîlî. Citons également parmi ses Sheikhs en Fiqh, l’Imâm Abû Al-Hasan Ibn Al-Hasan Al-Irbîlî Al-Halabî Ad-Dimashqî.

2- Dans la voie du Tasawwuf (At-Tarîq) :

L’Imâm As-Sakhâwî dit : "As-Subkî a dit dans At-Tabaqât Al-Kubrâ que son Sheikh dans la voie est Sheikh Yâsîn Al-Marrâkishî. En témoigne la parole d’Adh-Dhahabî que nous avons déjà mentionnée : Sheikh An-Nawawî partait le voir, s’éduqait en sa compagnie et lui rendait visite. Il espérait sa bénédiction et le consultait dans ses affaires."

3- Dans les lectionnaires coraniques (Al-Qirâ’ât) :

Al-Lakhmî affirma que l’Imâm An-Nawawî connaissait le Coran avec les sept lectionnaires. Toutefois, il n’a pas mentionné ses enseignants dans cette discipline. Il se peut qu’il les ait appris auprès de son Sheikh, l’Imâm Abû Shâmah — qui dirigea Dar Al-Hadîth Al-Ashrafiyyah à Damas avant l’Imâm An-Nawawî [1].

4- En Hadîth :

Il étudia Sahîh Muslim et la majeure partie de Sahîh Al-Bukhârî auprès de son Sheikh, Abû Ishâq Ibrâhîm Ibn `Îsâ Al-Murâdî Al-Andalusî Ash-Shâfi`î.

Il étudia Al-Kamâl fî Asmâ’ Ar-Rijâl [2] auprès du mémorisateur du Hadîth, Sheikh Az-Zayn Abû Al-Baqâ’ Khâlid Ibn Yûsuf Ibn Sa`d An-Nâbulsî.

Il accompagna également le savant du Hadîth, l’Imâm Ad-Diyâ’ Ibn Tammâm Al-Hanafî et profita de son savoir.

Il écouta le Hadîth enseigné par un certain nombre de savants dont :

Abû Ishâq Ibrâhîm Ibn `Alî Ibn Ahmad Ibn Fadl Al-Wâsitî.

Abû Al-`Abbâs Ahmad Ibn `Abd Ad-Dâ’im Al-Maqdisî

Abû Muhammad Ismâ’îl Ibn Ibrâhîm Ibn Âbî Al-Yusr At-Tanûkhî

Abû Muhammad `Abd Ar-Rahmân Ibn Sâlim Ibn Yahyâ Al-Anbârî

As-Shams Abû Al-Faraj `Abd Ar-Rahmân Ibn Abî `Omar Muhammad Ibn Ahmad Ibn Qudâmah Al-Maqdisî — l’un de ses plus grands Sheikhs.

Le Sheikh des Sheikhs (Shaykh Ash-Shuyûkh) Ash-Sharaf Abû Muhammad `Abd Al-`Azîz Ibn Abî `Abd Allâh Muhammad Ibn `Abd Al-Muhsin Al-Ansârî

Le juge `Imâd Ad-Dîn Abû Al-Fadâ’il `Abd Al-Karîm Ibn `Abd As-Samad Ibn Al-Horastânî.

5- En grammaire et langue arabe :

Parmi ses Sheikhs dans cette discipline citons : Al-Fakhr Al-Mâlikî, Sheikh Abû Al-`Abbâs Ahmad Ibn Sâlim Al-Misrî et Sheikh Al-Jamâl Abû Abd Allâh Muhammad Ibn Abd Allâh Ibn Mâlik Al-Jiyânî.

6- En Usûl Al-Fiqh (Fondements de la Jurisprudence Islamique) :

Il étudia une partie d’Al-Muntakhab [3] et Al-Mustasfâ [4] auprès du juge, le juriste shaféite, Abû Al-Fath `Omar Ibn Bundâr Ibn `Omar Ibn `Alî At-Taflîsî.

L’Imâm As-Sakhâwî dit : "Il étudia également la majeure partie de Mukhtasar Ibn Al-Hâjib auprès du Grand Juge de Damas, Al-`Izz Abû Al-Mafâkhir Muhammad Ibn Abd Al-Qâdir Ibn Abd Al-Khâliq Ibn As-Sâ’igh".

Ses ouvrages

Sayyidî l’Imâm An-Nawawî ne se maria pas et n’eut par conséquent aucune descendance. Mais ses meilleurs héritiers sont certainement ses remarquables ouvrages.

Il composa un précieux commentaire de Sahîh Muslim. Il commenta également une partie de Sahîh Al-Bukhârî ; il s’arrêta à Kitâb Al-`Ilm (Le Livre du Savoir, et intitula son commentaire At-Talkhîs. Il commença aussi un commentaire de Sunan Abî Dâwûd. L’Imâm As-Sakhâwî dit : "Il arriva à la partie traitant des ablutions et intitula son commentaire Al-Îjâz. J’ai entendu dire que l’ascète de son temps, Ash-Shihâb Ibn Raslân, a repris intégralement cet écrit de l’Imâm An-Nawawî au début de son propre commentaire de Sunan Abî Dâwûd, et ce en guise de tabarruk [5]".

Il écrivit également deux valeureux ouvrages répandus parmi les musulmans et les étudiants en sciences islamiques : Al-Adhkâr et Riyâd As-Sâlihîn.

On lui doit aussi Al-Arba`în An-Nawawiyyah, qu’il acheva 668 A.H.

Il aborda l’éthique des mémorisateurs du Noble Coran dans son ouvrage At-Tibyân fî Âdâb Hamalat Al-Qur’ân. L’Imâm As-Sakhâwî témoigna de l’importance de ce ouvrage en disant : "C’est un livre précieux dont on ne peut se passer, surtout les récitateurs et les enseignants de la récitation coranique".

Il composa aussi At-Tarkhîs fil-Ikrâm wal-Qiyâm. L’Imâm As-Sakhâwî dit : "C’est un ouvrage pour les gens de vertus et leurs semblables".

Il écrivit dans de domaine de l’ascétisme et du soufisme : Bustân Al-`Ârifîn (Le Jardin des Gnostiques).

On lui doit aussi, entre autres : Rawdat At-Tâlibîn, Al-Minhâj, Al-Manâsik fil-Fiqh, Al-Fatâwâ An-Nawawiyyah, Tabaqât Al-Fuqahâ’, Tahdhîb Al-Asmâ’ wal-Lughât, Tashîh At-Tanbîh, At-Tahqîq, Ru’ûs Al-Masâ’il wa Tuhfat Ashâb Al-Fadâ’il.

Ses qualités et ses mérites

L’Imâm An-Nawawî chemina sur la voie de la piété et les sentiers du scrupule et de la dévotion qui caractérisaient l’époque des Compagnons du Messager de Dieu. Le gnostique Abû Abd Ar-Rahîm Al-Akhmîmî dit de lui : "Il cheminait sur la voie des Compagnons, que Dieu les agrée. Je ne connais nul autre de son époque qui cheminait sur leur voie".

Sheikh Ibn Al-`Attâr et l’Imâm As-Sakhâwî citèrent les témoignages de divers savants et gnostiques affirmant que l’Imâm An-Nawawî atteignit le rang de Pôle (Qutb) — sommité parmi les walîs (les alliés à Dieu) — de son temps. At-Taqiyy Muhammad Ibn Al-Hasan dit : "De nombreux prodiges (karamât) furent rapportés de lui. Entre autres : [...] l’ouverture de portes fermées par un cadenas et la refermeture de la porte, la scission d’un mur et la sortie d’un homme d’une belle apparence — ils échangèrent tous deux des propos sur la vie de l’ici-bas et celle de l’Au-delà -, sa réunion avec des walîs occultés, et son dévoilement de pensées secrètes des autres [...]."

Il fut connu pour son ascétisme, la simplicité de ses habits — il s’habillait en coton et portait un turban — et la modestie de son habitat. Il avait un seul repas par jour qu’il consommait le soir avant de s’adonner aux œuvres de dévotion et la composition d’ouvrages islamiques.

Sheikh Abû Al-`Abbâs Ibn Farûkh dit de lui : "Il a réuni trois degrés, chacun d’eux aurait suffi pour que les gens viennent de loin pour le voir et apprendre de lui : le degré du savoir, le degré de l’ascétisme et le dégré de l’appel au bien et de l’interdiction du blâmable".

Outre sa dévotion et son ascétisme, l’Imâm An-Nawawî était un homme patient, n’hésitant pas à appeler aux vertus et à réprimander les vices et le mal. Distingué par sa dignité et sa science, il agissait sans crainte aucune de la réaction des Sultans ou des hommes influents.

L’Imâm Ibn As-Subkî dit de lui : "Il fut un maître et un chaste. Il fut aussi un ascète. Peu lui importait que sa vie ici-bas devienne une ruine, tant que sa religion était florissante. Il était distingué par son ascétisme et son contentement de ce que Dieu lui accorde. Il marchait sur les pas des pieux prédécesseurs de Ahl As-Sunnah wa Al-Jamâ`ah. Dévoué et patient dans les voies du bien, il ne perdait pas un instant dans des œuvres n’impliquant pas l’obéissance à Dieu".

En 665 A.H., il commença à enseigner à Dâr Al-Hadîth Al-Ashrafiyyah, à Damas. Il refusa d’être rémunéré pour l’enseignement qu’il dispense et accomplit le pèlerinage deux fois dans sa vie.

À la fin de sa vie, il séjourna dans son village, Nawâ. Certains pieux lui ordonnèrent de visiter Al-Quds (Jérusalem) et Al-Khalîl. Il le fit puis retourna à son village natal chez ses parents. Il fut atteint d’une maladie et son âme retourna à Dieu au cours du mois de Rajab, en l’an 676 A.H. Il fut enterré dans son village.

Puisse Dieu l’agréer et puisse-t-Il déverser sur sa tombe les signes de Sa Miséricorde.

P.-S.
Cet article se base exclusivement sur Tuhfat At-Tâlibîn fî Tarjamat Al-Imâm An-Nawawî, par son élève dévoué, Sheikh Ibn Al-`Attâr et Al-Manhal Al-`Adhb Ar-Rawî fî Tarjamat Qutb Al-Awliyâ An-Nawawî (La Source d’Eau douce dans la biographie du Pôle de l’Islam An-Nawawî), par Sheikh Al-Islâm Shams Ad-Dîn As-Sakhâwî.

Notes

[1] Il est à noter que l’Imâm An-Nawawî ne fut pas cité dans les livres biographiques traitant des mémorisateurs des lectionnaires coraniques : ni l’Imâm Adh-Dhahabî, ni Ibn Al-Jazrî, ni les savants qui ont vécu entre eux ne l’ont cité.

[2] écrit par le Hâfidh, `Abd Al-Ghanî Al-Maqdisî.

[3] écrit par l’Imâm, l’exégète, Fakhr Ad-Dîn Ar-Râzî.

[4] écrit par l’Imâm, l’Argument de l’Islam, Abû Hâmid Muhammad Al-Ghazâlî.

[5] Le tabarruk, c’est le fait de rechercher le bénédiction. Sheikh Ash-Shihâb Ibn Raslân portait une grande estime pour l’Imâm An-Nawawî et considérait que reprendre son écrit et le joindre à son propre ouvrage était une cause de bénédiction divine.


Source : http://www.islamophile.org/spip/article.php3?id_article=559

samedi 28 février 2009

Le dernier voyage d’Eva à Konya

Le dernier voyage d’Eva à Konya

par Rachid Hamimaz et Jean-Louis Girotto



Lors d’une de ses dernières conférences donnée le 26 mai 1998 dans la ville de Konya, en Turquie, où repose Djalâl ed-dîn Rumi, saint soufi du 13ème siècle et fondateur de la confrérie des derviches tourneurs, Eva de Vitray-Meyerovitch déclara à l’auditoire : « Je souhaiterais être enterrée à Konya pour rester jusqu’au jour du Jugement sous l’ombre de la bénédiction de Rûmi ». Elle décéda peu après à l’âge de 89 ans, le 24 juillet 1999, et fut enterrée dans le plus strict anonymat au cimetière de Thiais, près de Paris. A l’époque, sa mort fut à peine évoquée par la presse et les médias français. Pourtant, à l’instar de grands penseurs musulmans tels René Guénon, Titus Burckhardt ou Martin Lings, elle avait contribué à une meilleure connaissance en Occident des valeurs spirituelles fondamentales de l’islam. Docteur en philosophie, attachée au CNRS, elle fut l’auteur ou la traductrice de plusieurs dizaines d’ouvrages, dont beaucoup furent consacrés à Rûmi, appelé aussi en Turquie « Mevlânâ », « notre Maître ».


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La traduction du persan au français de l’œuvre complète de Rûmi a contribué à faire connaître aux occidentaux et aux musulmans eux-mêmes la puissance intellectuelle et spirituelle d’un des hommes qui, au travers des siècles, a préservé et revivifié l’héritage spirituel du Prophète Muhammad. La relation quasi magique qu’entretenait Eva avec la langue persane explique le remarquable travail de traduction commentée qui permet au lecteur non seulement de comprendre, mais de « goûter » les sens profonds et subtils d’un texte de Rûmi. « Souvent, disait-elle, quand on me prête un nouveau manuscrit et qu’il y a un mot douteux, je le rétablis. J’ai l’impression que je l’ai toujours su ».

C’est avec la traduction du Mathnawî (1), l’œuvre monumentale de Rûmi, une somme spirituelle de cinquante et un mille vers et qui est sans conteste un chef d’œuvre de la littérature universelle, qu’Eva de Vitray-Meyerovitch révéla l’étendue de son talent. Le Mathnawî est tout à la fois : « un livre de poésie, un commentaire général de la théologie islamique, une doctrine métaphysique, un exposé de la pensée et de la vision mystique, une étude approfondie de la psychologie et un document inégalé sur la psychologie sociale de son époque, l’enseignement d’un maître spirituel et une méthode pédagogique extrêmement subtile ».
En 1954, après de nombreuses années d’études et de profonds questionnements, Eva décida d’embrasser la religion musulmane. Elle s’expliquait ainsi sur ce choix : « Pour moi la découverte de l’islam a été comme des retrouvailles ». Cette impression de « retrouvailles » n’a certainement été possible qu’au contact de la sainteté : lorsque notamment elle découvrit la poésie de Djalâl ed-Dîn Rûmi ou lorsqu’elle rencontra au Maroc son guide spirituel.

En effet, si Rûmi lui avait fait entrevoir les trésors de l’islam, Eva chercha toute sa vie un maître spirituel vivant qui, selon la parole soufie, « n’est pas celui duquel tu entends des beaux discours, mais celui dont la présence te transforme ». Les circonstances de la première rencontre d’Eva avec celui qui allait devenir son guide spirituel, Sidi Hamza al-Qadiri Boudchich, rappellent la magie et la fulgurance de la rencontre entre Rûmi et son propre maître, Chams od-dîn de Tabriz, au cours de laquelle les mots échangés furent le vecteur d’une transmission directe de cœur à cœur. Lors d’un de ses séjours au Maroc, Eva, qui était déjà célèbre pour ses nombreux travaux sur Rûmi et la mystique soufie, avait pu être introduite chez ce maître qui avait accepté de la recevoir en privé. Dès qu’il vit celle qui cherchait si ardemment une guidance, Sidi Hamza dit : « Rûmi est ici ! » en montrant du doigt l’emplacement de son propre cœur. Cette phrase et ce geste eurent un impact inattendu sur Eva qui s’effondra en larmes, saisie par un état spirituel irrépressible. Elle, qui était déjà une septuagénaire, qui avait tellement voyagé, qui avait connu bien des honneurs, qui avait acquis tant de connaissances, succombait spontanément à l’appel de son cœur pour ce maître qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. Eva de Vitray-Meyerovitch avait consacré toute sa vie de traductrice, d’érudite et de chercheuse à Rûmi et à son œuvre, mais, jusqu’à ses derniers jours, elle avait gardé intact son potentiel de disciple, c’est à dire cette pauvreté intérieure sans laquelle il n’y a pas de transformation véritable de l’être.

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Transport de la dépouille d’Eva jusqu’au cimetière Üçler, face au mausolée de Rûmi - photo Ş. Kucur

Femme à l’itinéraire remarquable, d’une grande valeur intellectuelle, dont le travail rigoureux visait toujours à la perfection, elle rendit un service immense à des milliers de personnes en quête du sens profond de leur propre existence. Grâce à elle, chacun a pu alors découvrir non seulement l’autre visage, mais le vrai visage de l’islam qui se révèle dès lors que l’on dépasse les préjugés et que l’on puise à la sagesse des saints et des maîtres authentiques.
Sa volonté de reposer à Konya, auprès de Mevlânâ et de ses proches, n’avait pas pu être satisfaite lors de sa première inhumation. Cependant, les démarches patientes et déterminées de quelques amis (2) ont pu déboucher sur une heureuse issue. Au cours de l’automne 2008, toutes les formalités administratives furent remplies afin que la dépouille d’Eva de Vitray-Meyerovitch puisse enfin être acheminée en Turquie. Le 17 décembre 2008, jour anniversaire de la mort de Rûmi, des funérailles musulmanes furent célébrées à la mosquée Selimiye de Konya et le cercueil fut ensuite enseveli dans cette terre chargée de spiritualité, au cimetière Uçler, juste en face du mausolée où repose Rûmi lui-même. Quelques centaines de personnes, de toutes nationalités, formèrent un cortège ému et recueilli pour donner un dernier hommage à celle qui avait su construire un pont inestimable entre Orient et Occident.

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Vue de la tombe funéraire d’Eva de Vitray-Meyerovich - photo de Şamil Kucur

Parmi les innombrables poèmes qu’Eva a traduit, elle aimait répéter un de ceux que Rûmi composa vers la fin de sa vie et qui résonne aujourd’hui avec un éclat si particulier :
« Notre mort, c’est nos noces avec l’éternité.
Quel est son secret ? Dieu est un.
Le soleil se divise en passant par les ouvertures de la maison ;
Quand ces ouvertures sont fermées, la multiplicité disparaît.
Cette multiplicité existe dans les grappes :
Elle ne se trouve plus dans le suc qui sourd du raisin.
Pour celui qui est vivant dans la lumière de Dieu,
La mort de cette âme charnelle est un bienfait.
A son sujet, ne dis ni mal ni bien,
Car il est passé au-delà du bien et du mal. »


(1) Mathnawî, éditions du Rocher, 1990.

(2) Notamment Yildiz Ay et Dr Abdullah Öztürk, vice-doyen de la faculté de Konya.


Source: soufisme.org