mercredi 15 juillet 2009

Extraordinaire et douloureuse

Extraordinaire et douloureuse modernité d’Averroès

Entretien avecAlain de Libéra


Spécialiste de la philosophie médiévale, Alain de Libéraconduit depuis plusieurs années un travail de retraductiondes oeuvres du philosophe andalou du XIIesiècle, Averroèsdont l’œuvre majeure a été de concilier la philosophie et lareligion, les deux voies pour accèder à une unique vérité.



Jean-Christophe Ploquin : — De nombreuses manifestations enEurope et au Maghreb ont récemment célébré la mémoire duphilosophe andalou Ibn Rushd, connu en Europe sous le nomd’Averroès, à l’occasion du 800e anniversaire de sa mort le 10 décembre1198. Quelle était, au XIIesiècle, la nouveauté de ce philosophe ? Était-ce son travail de conciliation de la foi et de la raison, de la religion et dela philosophie?


Alain de Libera 1: Plutôt que de conciliation, le terme dont Averroès sesert est celui de connexion, ou de continuité. Deux mots qui ne sont pasexactement synonymes mais qui disent tous les deux la nécessité d'unrapprochement et la nécessité d'une distinction entre ce qu'il appelle nonpas la foi et la raison mais la sagesse et la religion. Son projet se comprendpeut-être mieux si on pense aux tentatives faites avant lui pour répondreà cette question, qui se pose toujours d'ailleurs : celle du statut et de laplace de la philosophie dans une société musulmane.Averroès est un philosophe andalou, donc un philosophe occidental. Ila très bien connu les travaux de ses deux plus grands prédécesseurs, IbnBajja, qu'on appelle en latin Avempace, et Ibn Tufayl, qui avaient avant luiaffronté cette question. Ibn Bajja s’est notamment demandé qu'elle était laplace du philosophe dans la société musulmane. Il répond dans des termes qui ne laissaient guère d'espoir, en faisant l'apologie de la vied'ermite. Un de ses principaux livres, Le régime du solitaire, donne uncertain nombre de recommandations et de préceptes à ceux quivoudraient mener une existence philosophique. Le premier et le derniermot de la chose, c'est précisément le retrait, la solitude, étant entendu quela société est hostile, que le climat politique et religieux dans lequel unphilosophe vit à l'époque est tout sauf propice à l'exercice de la raison. Lemaître mot est donc l'ermitisme urbain. Il ne s'agit pas de se retirer dans ledésert mais, dans un sens quasi pascalien, de s'enfermer dans unechambre.La seconde réponse donnée avant Averroès est celle de son prédécesseurimmédiat à la cour du souverain almohade, Ibn Tufayl, dont l’œuvre restaméconnue des philosophes latins du Moyen-âge mais qui a inspiréultérieurement deux des chefs d'oeuvre de la littérature européenne : leCriticum de Balthazar Gratian et Robinson Crusoë de Daniel Defoe. Àmentionner le nom de Robinson, on a une petite idée de ce que peut êtresa thèse, qui est exposé dans un roman philosophique, probablement lepremier qui ait été rédigé en Occident. C'est l'histoire d'un Moïse de laraison puisqu'à la suite probablement d'un naufrage, un bébé se retrouvedans une nacelle qui aborde une côte inconnue d'une île perdue au finfond du monde. Cette île n'est pas habitée, il n'y a pas de présenced'hommes. Le bébé deviendra philosophe. Par la seule observation de lanature et le libre exercice de sa raison naturelle, il reconstituera à lui seulla totalité du savoir humain. Le second épisode du roman est l'arrivée d'uncompagnon. Un embryon de société s'ébauche. Puis les deux hommesdécident de quitter l'île et de se rendre dans une île habitée. Et là toutcommence d'aller mal. Il s'agit d'une île habitée par des musulmans, avecun pouvoir politique et religeux fort. La conclusion est presquevoltairienne : pour vivre heureux, vivons cachés. Les deux hommesretournent dans leur île et y reconstituent une micro-société à l'abri dufanatisme religieux et de l'intolérance. Il s'agissait ni plus ni moins que desauver leur vie.Au moment où Averroès prend la plume, le philosophe a donc le choixentre la solitude et une société d'amis elle aussi oscillant entre l'exilintérieur et une solitude à deux. Mais lui va lancer une parole autoritaire,parce que c’est un intellectuel organique, comme diraient Gramsci etJacques Le Goff : un homme près du pouvoir, qui pense à l'abri du pouvoirpolitique et religieux. C’est aussi un médecin de cour, un juriste et un cadi,c'est-à-dire une autorité juridique importante — il sera même à unmoment de sa vie le grand cadi de la mosquée de Cordoue, c'est-à-dire qu'il n'y a rien au-dessus en fait d'autorité religieuse —, autorité qui lui aété consentie par le pouvoir politique. Donc c'est comme juriste, commethéologien, comme philosophe et comme intellectuel qu'il intervient et àun moment où le pouvoir politique a su imposer un relatif silence auxadversaires des philosophes, c'est-à-dire aux juristes traditionalistes et auxthélogiens sectaires. C'est ce qui explique son audace, une audace dont nepouvaient certes pas faire preuve ses prédécesseurs et dont ne pourrontcertes pas témoigner ses successeurs, si successeurs il y a.S’intéressant à la connexion de la sagesse et de la religion, Averroèstravaille sur les conditions de l'indépendance de la recherchephilosophique, étant entendu que cette indépendance est pensée, conçue,sur le fond d'une théorie qui est celle de l'unité du vrai : il n'y a pas deuxvérités contraires susceptibles de s'opposer. Un de ses axiomesfondamentaux, c'est que la vérité ne peut pas contredire la vérité. Son idéeest que si la vérité est unique, en revanche, les chemins d'accès, lesméthodes, sont multiples. En résumé, il y en a trois; deux qui mènent à lavérité, la troisième qui prétend y mener mais qui en éloigne en fait. La voied'accès qui mène le plus grand nombre à la vérité est celle de la révélation.Celle qui y mène un tout petit nombre est la philosophie. Entre les deux,la pseudo-voie est celle des théologiens sectaires. Tout le projet d'Averroès,tel qu'il s'expose dans plusieurs livres et notamment dans son Discoursdécisif, va être de montrer en quoi les deux grandes voies d'accès que sontd’une part la méditation de l'écriture et l'écoute de la parole prophétiqueet donc le respect des obligations et des prescriptions qui en découlent, etd'autre part la recherche scientifique et philosophique, sont toutes deuxnécessaires pour l'humanité. Elles sont en outre susceptibles de coexisterharmonieusement à condition que la troisième voie soit condamnée et queles théologiens sectaires ne puissent plus rendre les masses infidèles, àforce de vaines explications, ni ne puissent condamner pour infidélité desphilosophes qui, eux, non seulement ne sont pas infidèles mais qui tententseulement d'atteindre par leur voie la vérité que la révélation leur enjointd'atteindre par là. C'est cela la véritable connexion entre religion etphilosophie. Elle réside dans le fait qu’ il y a un statut religieux duphilosophe, que la révélation qui s’adresse à tout homme s'adresse aussiaux philosophes. L'écriture contient un certain nombre d'incitationscompréhensibles par le philosophe. Lui seul a à poursuivre sa propre voiepour répondre à l'injonction qui lui est faite d'être lui-même dans lapoursuite d'une vérité qui est universelle et qui vaut pour tous leshommes même si elle n'est pas atteinte de la même façon par eux.


— Mais Averroès pose-t-il des postulats religieux qui s'imposent auphilosophe?


Il a un certain nombre de principes qui valent pour tous les hommes etaussi pour le philosophe. À savoir, par exemple, de respecter les règles del'art, la discipline scientifique. Mais il soutient que quelqu'un qui arespecté entièrement toutes les procédures de la rationalité et qui setrompe ne peut pas être condamné pour cela car son intention n'était ni dese tromper ni de tromper qui que ce soit. Il peut à la rigueur être désavoué,mais il devra aussi être encouragé à poursuivre son travail et àrecommencer.Averroès a développé une théorie pour mettre le philosophe à l’abri desaccusations d’hérésie, qui vaut la peine de mort, et d’innovation blâmable.Averroès sait bien que même s’il travaille sous la tutelle d’un pouvoirpolitique fort, les théologiens sont toujours là, les juristes aussi, et qu'ilsaspirent dans l'ombre, dans une ombre de moins en moins épaisse à leréduire au silence. Il faut donc être prêt à discuter publiquement avec lesthéologiens et les juristes. Comment? Voilà la grande question et aussi lamodernité d'Averroès. Il ne choisit ni le silence, ni l'exil, ni la solitude, ilchoisit le débat. Cela suppose d'être capable de trouver un langagecommun avec l’adversaire, d'être capable de discuter selon des catégorieset des types d'argumentation que l'adversaire est obligé de reconnaîtrepuisque ce sont les siens.Comment établir qu'une thèse philosophique est une innovationblâmable? La réponse classique est qu’elle survient s'il y a rupture duconsensus existant entre tous les ulémas depuis les califes bien guidés, lesquatre premiers califes de l'islam. Une bonne méthode de vérification, ditAverroès, est celle de l'énumération exhaustive. Il faut donc recenser demanière exhaustive toutes les opinions qui ont été émises depuis les califesbien guidés sur telle question. Mais il y a selon lui une seconde enquête àfaire : s’assurer que les prédécesseurs n’ont pas donné, en parallèle à leurenseignement public, un enseignement caché. Averroès fait porter sur sesadversaires la charge de prouver que, tenant compte de ce critère, il y a unconsensus absolu sur une question. L’argument, c’est évident, oscille entrel'ironie pure et le scientisme le plus radical. Mais entre les deux, il y a laplace du bon sens. Averroès, qui est allé le plus loin possible pour unhomme de son temps dans la connaissance des traditions, montre que surtoutes les questions qui se sont posées au philosophe, il n'y a jamais eu, oupresque, accord entre les philosophes. Par exemple entre Platon etAristote. Et il souligne que sur les questions communes aux théologiens et aux philosophes, il n'y a jamais eu autre chose que discussion, débat,réfutations réciproques, parce qu’entre les théologiens eux-mêmes, il n'y ajamais eu accord. L'existence même des multiples sectes qui existaient enOrient et en partie en Occident musulman prouve que le débat, laconfrontation, la polémique ont toujours été la règle et l'accord l'exception.


— Averroès ne définit donc pas une primauté de la philosophie sur lareligion ou de la religion sur la philosophie?


Non, il y a une primauté, une unicité du vrai. Et après cela, il y a unefonction différente des méthodes d'approche, d'approximation de cettevérité. Il est clair qu'une certaine lecture littéraliste, en tout cas littérale duCoran, suffit dans la plupart des cas aux masses, aux gens qui ne sont pasappelés, par leur «fond mental», disait Averroès, c'est-à-dire parl'ensemble de leurs talents et de leur nature, à devenir philosophes. Toutle monde n'a pas à devenir philosophe mais la révélation n'est pasdestinée à une humanité composée exclusivement de philosophes. Lesnon-philosophes sont les plus nombreux; ils ne sont ni meilleurs ni piresque les philosophes, ils sont autres. Cela dit, il y a aussi les philosophes. Ilsne sont ni meilleurs ni pires que la masse, ils sont autres. Il y a certes unearistocratie intellectuelle chez Averroès mais la même loi vaut aussi poureux. Simplement, ils doivent respecter leur propre nature et répondre à unappel qui est dans le Coran lui-même, en l'espèce dans ces versets quisont, dit Averroès, oscillants ou équivoques, et qui précisémentdemandent une interprétation. S'ils sont là, c'est parce que Dieu, ayantvoulu s'adresser à l'ensemble de l'Humanité, s'est aussi adressé à eux. Endonnant son interprétation de ces versets obscurs, oscillant entre le senslittéral et le sens caché, il les enjoint à s'engager dans l'effort personnel quiest l'occasion d'un progrès intérieur, spirituel et scientifique. Toutapprofondissement du sens de l'écriture passe par un progrès de la raisonet tout progrès de la raison se reflète dans un enrichissement du sens del'écriture. Les deux vont de pair. Le philosophe est au fond engagé dansun double mouvement : un travail philosophique tout court et unemultiplication du sens de l'écriture qui fait que celle-ci apparait pour cequ'elle est : d'une richesse infinie. Donc le philosophe n'est pas l'ennemi dusens. La métaphore pour lui n’est pas stérile ou vaine.


— Averroès était-il croyant?


Cela ne fait aucun doute. Mais il s'agit de comprendre ce qu'on appelle «croire». Se demander si Averroès, parce qu'il était philosophe, croyait ounon, c'est ne rien comprendre à ce que pouvaient être les Anciens ou lesgens du moyen-âge. Averroès est évidemment un musulman. Il ne sedemande pas, même un instant, s'il croit ou pas. Il ne doute pas un instantqu'il y ait lieu de croire. Ce sur quoi il s'interroge c'est sur la forme àdonner à sa croyance. Quelle forme de vie bâtir à partir de là? Quelleforme d'intelligibilité introduire dans le monde à partir de sa croyance?Son but n'est pas de délivrer du croire ou de la croyance, c'est de délivrerdes faux croyants, nous délivrer de ceux qui donnent toujours le choixentre savoir et croire. Et qui prétendent tout régler et disposer de ce choixen disant : nous, nous savons ce que c'est que croire et nous savons tout.Averroès dit : ils croient savoir mais ils ne savent rien et ils pensent croiremais ils ne croient pas. Et c'est cette figure du théologien sectaire qui noiela masse des croyants dans de fausses interprétations, les entraîne sur leschemins de l'infidélité, du fanatisme et de l'intolérance et ce sont cesmêmes théologiens qui prétendent rivaliser avec les hommes de science etimposer leurs interprétations allégoriques là où le philosophe essaie dedonner une exégèse rationnelle. Pour Averroès, c'est bien parce qu'il estcroyant qu'il est philosophe. S'il y a une thèse inlassablement répétée chezAverroès, c'est que le philosophe fait partie de l'humanité, que larévélation s'adresse à l'humanité et que quelque chose dans la révélationlui est spécialement destiné.


— Connaît-on des décisions qu'il a prises en tant que cadi? A-t-il étéconservateur ou novateur?


Il faudrait dépouiller tout un corpus juridique. Pour ce que j'en sais, sesdécisions étaient marquées au coin du bon sens et de l'équilibre. Je nepense pas qu'il était spécialement un novateur. Simplement il s'écartait dujuridisme maniaque, du littéralisme systématique. Il s'agissait de rendreun jugement équitable à partir d'une connaissance approfondie de latradition. C'était un jurisconsulte capable de réfléchir et d'appliquer ceraisonnement par analogie qui est le raisonnement propre aux juristes. Parles chroniques, on a la preuve qu'aucune de ses décisions juridiques n'alaissé dans l'histoire de traces contradictoires avec l'image qu'on se fait delui en lisant ses travaux de philosophe ou de théologien.


— Averroès a été très critique à l'égard des mu'tazilites, souventprésentés comme les membres de la plus rationaliste des écoles del’islam. Pourquoi ?


Ce sont deux formes de rationalisme qui s'affrontent. Les mu'tazilitessont des théologiens orientaux dont l'influence a rayonné partout en terred'islam. Ils ont incarné le rationnalisme théologique en Orient. OrAverroès leur reproche d'intervenir sur des questions philosophiques enétant mal préparés philosophiquement à les affronter. Alors que le champde la raison s’étend et est en constant progrès, il leur reproche de s'en tenirà un tout petit nombre de principes dont le caractère rationnel,incontestable au départ, n'aboutit pas parce que ces principes sontappliqués sans discernement ou sont considérés comme évidents oucomme démontrés alors qu'ils ne le sont pas. Il leur reproche un défaut deméthode et une incapacité à se rendre compte que certaines de leurs thèsessont fausses. C'est un peu ce qui sépare Platon des sophistes. Les sophistesne sont pas des imbéciles mais à un moment leur argumentationrationnelle vire au sophisme. Le mu'tazilite, c'est la figure du sophiste dansl'islam.


— Finalement, quelle leçon tirer du patrimoine intellectuel et del'expérience d’Averroès, en ce qui concerne le rapport entre islam etphilosophie?


D’abord, que ce rapport est nécessaire, fructueux et en tout casparfaitement licite. Il est en termes juridiques licite pour un philosophe defaire de la philosophie s'il est musulman. C'est même hautementrecommandable voire même obligatoire pour celui qui en a le talent.Voyez à quel point Averroès est croyant : il considère que nos talents, d'unecertaine manière, nous sont donnés par Dieu. Ne pas répondre à sontalent, c'est ne pas répondre à la volonté divine. Ce que nous ditaujourd'hui Averroès, c'est que la philosophie a toujours fait partie del'identité musulmane, dès le moment où islam et philosophie sont entrésen contact. Pour lui, la philosophie ne fait pas partie des sciencesétrangères, ce n’est pas un intermède regrettable, une excroissancemalsaine au temps de la Grèce antique. La philosophie est aussi bienmusulmane que grecque; elle est andalouse; elle est occidentale aussi bienqu'orientale. Elle fait partie de l'histoire humaine et donc de l'histoiremusulmane. Averroès reconnaît une valeur aux Anciens, aux penseursd'avant l'islam, et il reconnaît une aussi grande valeur aux penseurs qui,en terre d'islam, ont fréquenté ce qu'on appelle la philosophie.


— Après sa mort, pendant sept siècles, on n’entend plus parler d’Averroès en terre d’islam. Pourquoi?


À cause, d'abord, de l'effondrement des conditions sociales, politiques etreligieuses qui avaient rendu possible son émergence. Averroès meurt en1198 de l’ère chrétienne. Les Almohades n'ont plus que quelques annéesde véritable pouvoir à vivre en Andalousie. Le Commandeur des croyantsmeurt tout de suite après lui et ses successeurs vont subir une série dedéfaites absolument décisives face aux chrétiens. Le point d'orgue, labataille de La Navas de Tolosa en 1212, survient moins de vingt ans aprèssa disparition. Il n'est plus question, alors, de cette société almohade tellequ'elle existait à l'époque d'Averroès en Andalousie.Ensuite, comme à chaque fois que les défaites s'accumulent, il faut bienblâmer quelqu'un. Dans un autre contexte, lorsque les juifs sont expulsésd'Espagne en 1492 et arrivent en Italie, une partie des adversaires de laphilosophie dans le judaïsme médiéval va imputer à ceux qui s'étaientadonnés à la philosophie en Espagne la responsabilité des malheurs dutemps, de l'exil et de l'expulsion. C'est un peu la même chose qui seproduit en Andalousie lorsque ces défaites commencent à s'accumuler. Cesont les philosophes qui vont être responsables de tout et, parmi eux, lefils d'Averroès, qui avait rédigé un petit traité sur l'intellect et l'âme. Lui etses quelques élèves sont tous balayés et réduits au silence.Après, le mouvement de l'histoire a passé. Un philosophe sansprotection est un philosophe mort. Deux groupes de pressions s’imposent:les juristes fondamentalistes et les religieux qui penchent de plus en plusvers la mystique, le soufisme. Or, s'il n'y a plus de philosophes, il n'y a pluspersonne pour copier les oeuvres; celles-ci ne circulent donc plus, et il n’ya donc plus de public. Tout se défait et s'effondre comme un château decartes en Espagne.


— Où se manifeste aujourd’hui dans le monde arabe le regaind'intérêt pour Averroès?


_ Ce regain n'est pas nouveau puisque la renaissance arabe à la fin du19esiècle passe largement par une réévaluation, une redécouverte dupersonnage théorique Averroès et d'une partie de son oeuvre,essentiellement le Discours décisif. Cet intérêt se manifeste aujourd’huiparticulièrement dans le Maghreb, en tout cas en Tunisie et au Maroc.Dans ce pays, un mouvement s’inspirant d’Averroès donne actuellementses fruits. Il y a dans le monde arabe d’éminents spécialistes d'Averroès,historiens ou philosophes, sans qu'il y ait de différences de standard entre un historien de ce côté-ci de la Méditerranée et de l'autre. Simplement, surla rive sud, le regain d'intérêt est plus complexe car il s'agit moins deréévaluer Averroès par rapport à Aristote — un problème de philosophequi concerne l'histoire de la philosophie — que de voir jusqu'à quel pointAverroès n'est pas un des éléments de ce dialogue original et trop tôtinterrompu entre philosophie et islam. Ce que certains vont chercher chezlui, outre le philosophe, c’est un des grands moments d'acculturationphilosophique des Arabes et d'islamisation de la philosophie.Il est clair que si l’on veut défendre un fort courant rationaliste dans lemonde musulman, il n'est pas mauvais de regarder comment dans lepassé, avec la science de l'époque, Averroès a su mener un effortd'intelligibilité ou de compréhension de la révélation. Aujourd’hui, lascience a beaucoup changé, mais pas un certain nombre de discoursreligieux, et on pourrait dire sans forcer le trait qu'une partie desadversaires actuels de la philosophie, des sciences, de ce qu'on appellel'occidentalisme, l'occidentalisation ou l'impérialisme occidental danscertaines sociétés musulmanes, parlent le langage que les adversaires dela philosophie parlaient au temps d'Averroès. L'actualité de ce grandphilosophe est ainsi extraordinaire et douloureuse. C'est une actualitémédiévale en plein monde moderne, y compris dans le sens où le mondemoderne n'est pas allé aussi loin dans ses dialogues et ses échanges que lemoyen-âge. Il faut donc faire sortir l'islam du moyen-âge et d'une autrefaçon, il faut l'y ramener. C'est un geste dialectique qui explique l'intérêtparticulier des musulmans pour Averroès aujourd'hui..


— Averroès peut-il être un emblème pour la laïcité?


Averroès n'est certainement pas le prophète d'une société laïque, demême qu'il n'est pas l'apôtre de la tolérance. Il est l'homme de ladiscussion argumentée avec l'adversaire et celui qui, dans un certaincontexte, a su efficacement défendre le droit à philosopher, le besoin dephilosopher et l'obligation de philosopher pour un musulman. C'estbeaucoup et c'est peu. Mais il n'y avait pas plus de tolérance et de laïcitédans l'Andalousie almohade qu'il n'y en a dans certains pays aujourd'hui.Et Averroès n'a certes pas milité pour la tolérance même s'il explique queles savants qui se trompent en respectant les règles de leur discipline nepeuvent pas être blâmé pour cela. Il ne faut pas idéaliser les choses. Ilexiste quelques sociétés laïques dans le monde musulman. Ce ne sont pasforcément celles qui sont le plus averroïstes.En revanche il existe une société laïque en France. Et il me semble que, là, Averroès peut être une figure de la laïcité, parce que nous avons enFrance une société laïque, qui doit être défendue pour son idéal de respectdes croyances. De ce point de vue, Averroès convient puisqu'il respectetoutes les croyances que ce soient celles des Grecs ou des chrétiens, mêmesi, en tant que musulman, il obéit à un certain nombre de préceptes,d'obligations de comportements qui lui sont propres et qu'il estime devoirobserver. On ne peut pas désislamiser Averroès. Mais on doit lepromouvoir comme penseur de la légitimité de la raison dans un espacereligieux. L’averroïsme donne des arguments à l'idée selon laquelle laphilosophie ne s'oppose pas à la religion et que par conséquent la religionne s'oppose pas à la philosophie.


Entretien conduit par Jean-Christophe Ploquin


Notes :(1) Trois ouvrages peuvent être recommandés:— Le livre du discours décisif, d’Averroès, introduction d’Alain de Libéra, Flammarion,collection GF.— Penser au Moyen-Âge, d’Alain de Libéra, Seuil, collection Essais.— Averroès et averroïsme, d’Alain de Libéra et Maurice-Ruben Hayoun, Puf, collection Quesais-je?

jeudi 9 juillet 2009

Les origines ottomanes du président Sarkozy

Les origines ottomanes du président Sarkozy 


L’information est parue sur le blog La Turquie pour les nuls, puis, par les voies impénétrables du Net, est arrivée dans les rédactions de presse en Turquie, où elle a été reprise et largement diffusée à la fin 2007.
En mai dernier, pendant la campagne présidentielle, la question des origines familiales de Nicolas Sarkozy a suscité l’intérêt tant sur le plan national qu’à l'international, donnant lieu à une littérature "journalistique" abondante. Pris à partie par un certain Jean-Marie Le Pen sur ses origines "extra-hexagonales", Nicolas Sarkozy a, lui-même, affirmé, d’abord, le 10 avril à Tours dans son meeting d’avant premier tour:
"Oui, je suis un enfant d’immigré, fils d’un Hongrois, petit-fils d’un Grec né à Salonique."
Et ensuite, le 3 mai, à Montpellier dans la campagne d’entre-deux tours:
J’ai été élevé par mon grand-père, je l’aimais passionnément. Il avait fait la Première Guerre, et il avait eu peur, lui le Juif de Salonique, de la Seconde Guerre Mondiale."
Donc d’après le récit "officiel", le grand-père maternel de Nicolas Sarkozy, Benedict Mallah qu’il aimait passionnément, serait un "Juif grec né à Salonique". Pour tous ceux qui connaissent l’histoire du peuple juif, cette information comporte une omission, un "non-dit" considérable sur les origines "ottomanes" du Président de la République française.
Mais faisons d’abord un bref rappel historique. Dès l’époque romaine il existe une présence juive à Salonique où, en 1170, Benjamin de Tudèle dénombre 500 Juifs romaniotes (de langue grecque). En 1430, la ville passe sous la domination ottomane et commence à se peupler de nouveaux habitants de confession musulmane, c’est-à-dire de Turcs ottomans. Suite à la prise de Constantinople en 1453, les Ottomans incitent les Juifs des communautés des Balkans et d’Anatolie à venir repeupler la nouvelle capitale de l’Empire. En conséquence de cette mesure (qui est habituelle à l’époque et qui concerne aussi les populations musulmanes sans discrimination religieuse aucune) le recensement ottoman de 1478 ne dénombre aucun Juif à Salonique.
De Salonique la Juive, l’Ottomane, à Thessaloniki la Grecque.
Ainsi malgré une présence historique, la véritable communauté juive salonicienne ne sera formée qu’avec l’arrivée massive de nombreux juifs sépharades. Eux, les Juifs espagnols, sont contraints de quitter l’Espagne en 1492, à cause de l’inquisition, par le décret d’Alhambra signé par la reine Isabelle la Catholique. L’Empire ottoman décide d’accorder sa protection à des milliers de familles juives en acceptant, et même en encourageant, l’installation sur son territoire des Sépharades touchés par les décrets d’expulsion. Les premiers Sépharades arrivent dès 1492 en provenance de Majorque, ce sont des "repentants" revenus au judaïsme après leur conversion forcée au catholicisme.
En 1493 des Castillans et des Siciliens les rejoignent puis les années suivantes d’autres Juifs issus de ses contrées viennent mais aussi des Aragonais, des Valenciens, des Calabrais, des Vénitiens, des Apuliens, des Provençaux et des Napolitains. Plus tard c’est au tour des Portugais de chercher refuge à Salonique entre 1540 et 1560 suite à la politique de persécution des marranes de ce pays.
En plus de ces sépharades arrivent des ashkénazes originaires d’Autriche, de Transylvanie et de Hongrie, à la suite de la conquête de ces terres par Soliman le magnifique à partir de 1526 (Gilles Veinstein, Salonique 1850-1918, la "ville des Juifs" et le réveil des Balkans). Selon Veinstein, "les Juifs n’y constituaient pas, comme à l’ordinaire, une minorité marginale. Ils étaient 'la' majorité, et leur culture donnait le ton à toute la ville. À partir de 1850, Salonique devient progressivement le pôle le plus dynamique d’un Empire ottoman vermoulu. Elle s’ouvre aux connaissances, aux techniques, aux idées, aux mœurs de l’Europe moderne. Tandis que l’Histoire s’emballe au début de notre siècle, la ville est le point de départ de la révolution jeune-turque contre le sultan en 1908; passe sous domination grecque en 1913".
Après la Première Guerre mondiale, Salonique change de visage avec son intégration à l’État national grec, le grand incendie de 1917, le départ des Turcs et d’une partie des Juifs, et l’arrivée massive de réfugiés grecs venus de Thrace et d’Asie mineure; avant la phase finale de l’extermination des Juifs en 1943.
En effet, la Première Guerre mondiale engendre douleurs et misère. En 1917 un gigantesque incendie ravage la ville et en particulier les quartiers à forte composante juive - et nombreux sont ceux qui prennent la route de l’exil, vers l’Europe occidentale ou les Etats-Unis surtout. Le nombre des exilés s’accroît après 1922, date à laquelle les autorités grecques commencent à promulguer des décrets antisémites parfois accompagnés de violences physiques. Après les émeutes de 1931, qui évoquent un véritable pogrom, sionistes et sympathisants partent pour la Palestine.
"En chacun d’entre eux, pourtant, subsiste la nostalgie de ce qui fut la plus grande métropole séfarade du monde, le Jérusalem des Balkans", relatent souvent les sources juives. Salonique la Juive, l’Ottomane, devient, incendie par incendie, Thessaloniki la Grecque.
Le grand-père maternel de Nicolas Sarkozy, un citoyen "Ottoman"
Ainsi, les Mallah et le grand-père maternel de Nicolas Sarkozy appartiennent à une famille sépharade accueillie par l’Empire ottoman. A l’époque de la naissance de Benedict Mallah, Salonique (appelée alors Selanik et pas encore Thessaloniki) fait partie intégrante de l’Empire ottoman. La ville est, d’ailleurs, tellement turque qu’elle donne naissance en 1881 à Mustafa Kemal Ataturk qui devient, en 1923, le fondateur de la Turquie moderne et républicaine.
Benedict Mallah et Ascher Mallah, le cousin du grand-père maternel de Nicolas Sarkozy, sont tous les deux nés citoyens "Ottomans".
Ascher Mallah vient au monde en 1880, un an avant la naissance de Mustafa Kemal dans la même ville. Il sera diplômé, avec la mention "très bien" du "Lycée impérial de Galatasaray" en 1900. Son Diplôme de Bachelier-ès-Lettres et ès-Sciences est délivré le 14 juillet 1900 à Constantinople par le Ministère ottoman de l’instruction publique. Au Lycée impérial de Galatasaray "Ascher Mallah Effendi", fils de Jacob Mallah, né à Salonique en septembre 1880 étudie, entre autres, la littérature turque et française, la langue arabe, la langue persane, l’histoire générale et l’histoire de l’Empire ottoman. Il étudie également la géographie générale et la géographie de l’Empire ottoman, la philosophie.

   

mercredi 8 juillet 2009

Rebiya Kadeer, "la fille du peuple ouïgour", fustigée par Pékin

Rebiya Kadeer, "la fille du peuple ouïgour", fustigée par Pékin

Se qualifiant de "fille du peuple ouïgour", la Chinoise en exil Rebiya Kadeer, que les autorités chinoises accusent d'avoir incité ses sympathisants à la violence, a passé six ans de sa vie en prison pour avoir défendu cette minorité musulmane et turcophone chinoise.


Vivant à Washington, cette ancienne millionnaire âgée de 62 ans est perçue par Pékin comme une terroriste et une séparatiste qui "n'a aucun titre" pour représenter les Ouïgours, principale minorité de la région autonome du Xinjiang (nord-ouest de la Chine).


Les Ouïgours vivent "dans une vaste prison et sont victimes d'un génocide culturel", estime Mme Kadeer, mère de 11 enfants, citant les "avortements forcés et la stérilisation". Selon elle, quelque 100.000 Ouïgours croupissent en prison pour des raisons politiques et religieuses.


"Si la Chine veut devenir une grande nation digne du respect qu'elle réclame, alors elle devrait apprendre à respecter les droits de ceux qui vivent sous son autorité", a dit Mme Kadeer. Elle a appelé lundi à une enquête internationale après les violences meurtrières qui ont fait au moins 156 morts dimanche la région du Xinjiang,
"Nous espérons que les Nations unies, les Etats-Unis et l'Union européenne enverront leurs équipes pour enquêter sur ce qui s'est vraiment passé au Xinjiang", a déclaré Mme Kadeer, que Pékin accuse d'avoir incité ses sympathisants à la violence.


En août 2008, elle a condamné l'attaque contre des policiers chinois qui a fait 16 morts au Xinjiang quelques jours avant le début des jeux Olympiques de Pékin. Mme Kadeer avait auparavant accusé le régime communiste de vouloir imputer des complots terroristes à la minorité ouïgoure afin d'accentuer la répression au Xinjiang.


Depuis sa libération il y a plus de quatre ans, ses problèmes se sont multipliés: ses entreprises se sont effondrées et ses enfants ont été jetés en prison. Dernier membre de sa famille à être jugé, son fils Ablikim Abdiriyim a été condamné à neuf ans de prison en avril 2007 pour activités "séparatistes". Deux autres de ses fils ont été emprisonnés pour évasion fiscale et sa fille a été placée en résidence surveillée en 2006.


"Ils savent que j'aime mes enfants, donc ils s'en sont pris à eux", a affirmé Rebiya Kadeer.
La Chambre des représentants américaine a voté en septembre 2007 une résolution appelant Pékin à libérer les enfants de Mme Kadeer et à cesser "les actes de répression culturels, linguistiques et religieux envers le peuple ouïgour". Le président George W. Bush, qui avait rencontré Mme Kadeer en 2007, a accusé Pékin d'avoir emprisonné les enfants de celle-ci à cause de sa lutte pour les droits de l'homme. Pékin avait qualifié ces remarques d'"ingérence flagrante".


Née en 1947 dans une famille pauvre, Mme Kadeer est devenue une riche femme d'affaires et députée du parlement du Xinjiang, représentante officielle de la Chine lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995. Elle a siégé à Pékin à la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), sorte de sénat du régime chinois.
Mais en 1996, son mari, ancien prisonnier politique ouïgour, fuit la Chine pour les Etats-Unis. Mme Kadeer est arrêtée en août 1999, deux ans après avoir été placée sous surveillance et s'être vu confisquer son passeport. Elle est condamnée en 2000 à huit ans de prison pour avoir "livré des secrets d'Etat à l'étranger". Selon les minutes de son procès, ces informations étaient en fait des coupures de presse sur le traitement discriminatoire des Ouïgours.


En mars 2004, elle voit sa peine réduite d'un an pour bonne conduite et est finalement libérée en mars 2005 pour raisons de santé avant d'être envoyée en exil aux Etats-Unis. "Je suis désormais libre et j'espère que mon peuple le sera aussi un jour", dit-elle alors.




QU'Allah apporte son secours , sa protection , à ce noble et humble peuple Ouigour qui souffrent et éssaye de maintenir son identité religieuse et culturelle . Certes ils sont nos freres et soeurs tout autant que les palestiniens ou autres peuples et méritent pour cela aux moins nos invocations .


Amine

vendredi 12 juin 2009

Kuala Lumpur, capitale de la culture islamique pour 2009

Kuala Lumpur, capitale de la culture islamique pour 2009

La Malaisie est un pays dont l’histoire et la géographie reflètent les rencontre de peuples autour de la Mer de Chine, ainsi que les rivalités commerciales qui ont vu s’affronter les Etats de l’Asie et de l’Europe. Sa position péninsulaire en a fait un concentré des populations, des religions et des civilisations de l’Asie du Sud-Est. Cette diversité de cultures et de cultes est vécue comme une richesse, entretenue par le Gouvernement qui a su construire un Etat moderne, sans renoncer à ses traditions culturelles.
La péninsule malaise et l’île de Bornéo ont nourri pendant longtemps les rêves d’hégémonie des puissances de l’Asie et de l’Europe, à cause de leurs richesses en bois et en épices, les principaux moteurs du commerce en mer de Chine méridionale. En effet, le bois avait une importance stratégique du temps de la navigation à voile, car ce matériau constituait la structure des navires, et les épices étaient le produit principal dans le commerce mondial du 16ème au 18ème siècle. Cependant, ces rêves d’hégémonie se sont toujours heurtés à la farouche détermination des populations à conserver leur indépendance et leurs richesses.
L’islam est introduit au 11ème siècle, grâce au développement des techniques de navigation qui ont permis aux Etats de la péninsule arabique d’être en relations commerciales avec l’Asie du Sud-Est, notamment pour les épices et le bois. Le principal point d’ancrage de l’islam a été le Sultanat de Melaka, dont l’espace est partagé de nos jours entre la Malaisie et la Thaïlande. L’islam à son apogée a contribué à la constitution d’un riche patrimoine culturel et intellectuel, comme en témoignent de nombreux vestiges architecturaux (mosquées, mausolées, demeures princières, etc.) et les milliers manuscrits sur papier et feuille de bananier.

Vue nocturne du minaret d’une mosquée de Kuala Lumpur









Aujourd’hui, la Malaisie est une Fédération composée de 13 Etats (negeri) et de 3 districts fédéraux (wilayah persekuan), situés dans la péninsule malaise (11 Etats dont 9 sultanats) et l’île de Bornéo (2 Etats), dont la capitale, Kuala Lumpur, symbolise les ambitions modernité et l’enracinement dans les valeurs des civilisations, notamment islamique, qui innervent le pays.
Kuala-Lumpur est le site du 1er campement du Raja Abdullah qui lui donne le surnom évocateur de « confluent boueux »), qu'il conservera. Son histoire est marquée par la découverte de formidables gisements d'étain au milieu du 19ème siècle. La ville va se développer rapidement grâce à cette nouvelle richesse, et attirer de nombreux immigrants des pays du sud-est asiatique, mais aussi la convoitise des nations européennes (Portugais, Hollandais et Britanniques). Pendant la 2nde Guerre mondiale, elle va être le théâtre de plusieurs affrontements meurtriers à cause de sa position stratégique en Mer de Chine méridionale.

Masjid Jamek, la plus vieille mosquée de Kuala Lumpur












Les traits les plus représentatifs de la civilisation islamique sont symbolisés par l’architecture mauresque-indienne des monuments historiques de Kuala Lumpur, dont le modèle le plus achevé est la Mosquée Masjid Jamek. Ce style architectural témoigne du brassage des cultures dans la péninsule. Il continue d’inspirer les principaux édifices, notamment la Vieille Gare, et la Haute Cour de Justice et le Musée des Civilisations islamiques.
L’édification de la Mosquée Masjid Jamek, la plus vieille et la principale grande mosquée de la ville, constitue avant tout une œuvre de foi du Sultan de Selangor, qui l’inaugure en 1909. En 1965 sera inaugurée la Mosquée nationale Negara, mais Masjid Jamek est restée la principale.
De nos jours, K.L. (désignation familière) compte 3 millions d'habitants dont + de 50 % de Chinois, 1/3 de Malais, 15 % d'Indiens. Capitale à la fois traditionnelle et d'avant-garde, elle affirme son ambition d'égaler les mégapoles mondiales avec de grands projets industriels et architecturaux, et se positionne parmi les premiers centres de la Société du Savoir grâce à ses performances dans le domaine de l’informatique. Capitale de la Culture islamique en 2009, Kuala Lumpur va célébrer avec faste cet évènement en organisant avec l’ISESCO plusieurs rencontres nationales, régionales et internationales, ainsi que des expositions sur le patrimoine islamique .
K.L., ville d ’avant-garde : les Tours jumelles Petronas, les plus hautes du monde
Source :

vendredi 5 juin 2009

Le message caché des soufis

Le message caché des soufis

Ami qui cherche la vérité, entend ces humbles paroles :

Toi qui te demande pourquoi le penseur qui parle est toujours athée,Comprends que seul l’athée peut se targuer de voir un monde de raison,Lui seul s’est convaincu par des raisonnements qu’il pouvait parler au nom de tous,Que son expérience avait une valeur absolue, que ses lectures du monde et des textes étaient les bonnes.Parfois, le fait qu’on le vénère le conforte dans cette idée fausse qu’il peut parler au nom de tous.Il recherche alors cette vénération, tout en appelant cela de la recherche de la reconnaissance.Mais tout cela est orgueil.


Le penseur religieux est un théologien, un penseur des écritures,Lui aussi raisonne, mais recherche souvent une lecture des textes saints permettant la vie en société.La théologie est une science de la raison,Elle est différente de la science d’Allah qui ne peut venir que de l’illumination due à Sa grandeur.Or, on n’enseigne pas l’illumination comme l’a compris le grand al-Ghazali.


Les mystiques soufis parlent peu de manière publique,Ou de manière non ostensible.Le soufisme est partout en tant que message caché,Uniquement accessible à ceux qui savent ouvrir réellement leur cœur à Allah,A ceux qui savent courber leur âme devant Allah, comme disait le grand Rumi.Tous les soufis n’ont pas vocation à enseigner,Or, prendre une position publique équivaut pour le soufi à enseigner ;Rien que parler du soufisme est déjà enseigner le soufisme.


Beaucoup de personnes ne souhaitent pas qu’on leur enseigne,Beaucoup de personnes ne peuvent pas accepter la vérité sur eux et sur les autres,Beaucoup de personnes refusent les clefs qu’on pourrait leur donner,Ou ne les voient pas quand elles sont dans leurs mains,Beaucoup de personnes font semblant de chercher mais ont très peur de ce qu’elles pourraient trouver,Elles pensent tout savoir,Elles sont sourdes et aveuglesIncapables de voir le monde d’Allah et Sa lumière.Qu’Allah leur accorde Sa Miséricorde.


C’est pourquoi le message soufi est caché,Parce que justement il n’est pas caché.


Les soufis ne le cachent pas,Mais les athées ou les religieux ne le trouvent pas,Même quand ils demandent,Même quand on le leur montre.


Allah est le plus grand Conducteur,Celui qui montre la voie,Et nul ne peut se substituer à Lui pour montrer la voie,Hormis durant un temps Ses prophètes, Ses envoyés, Ses messagers, Ses élus.


Les débats du monde naissent de l’orgueil, du mensonge, de la mauvaise foi, ou de l’erreur de la raison,Et la Lumière d’Allah dénoue ces écheveaux pour les faire se dissoudreComme par miracle,Comme le nuage disparaît sous le soleil.


Voilà pourquoi le soufi n’intervient que rarement dans les affaires du monde,Parce que les problèmes du monde sont souvent de faux problèmes,Des mirages qui attirent les âmes perdues,Des mirages qui occupentDes mirages qui consument de l’énergie,Des idoles de la raison.

Pour le soufi illuminé,Les problèmes terrestres ne méritent souvent pas qu’on leur accorde de l’énergie,L’intimité protégée du soufi est l’amour d’Allah et de Mohammed son prophète (Paix et Salut sur lui).



jeudi 4 juin 2009

Mufti et Soufi. Les fatwas du sheikh ‘Alî Jum‘a

Les fatwas du sheikh 'Ali Jum'a

par Tayeb Chouiref


La richesse et l’évolution complexe des différentes tendances interprétatives qui traversent l’Islam depuis ses débuts rendent impossibles les simplifications grossières. Certains analystes, plus ou moins bien intentionnés, reprennent pourtant à leur compte des clichés sur l’Islam qui, pour être superficiels, n’en sont pas moins dotés d’une surprenante résilience.


C’est le cas de la supposée opposition radicale entre un islam spirituel et mystique, et un islam dit ‘‘juridique et casuistique’’. En un mot, l’opposition entre le Mufti et le Soufi serait irréductible et insurmontable. C’est ainsi qu’un livre récent et intitulé Soufi ou mufti ? Quel avenir pour l’islam ? entend enfermer les musulmans dans une impasse qui n’existe que dans l’esprit de son auteur[1]. C’est oublier un peu vite – ou feindre d’ignorer – qu’il y a toujours eu des autorités de la Loi qui furent en même temps des maîtres de la Voie. Dès le 3ème siècle de l’Hégire, Junayd (m. 911), considéré comme l’une des autorités les plus importantes du soufisme, déclarait : « Notre science s’enracine dans le Livre et l’enseignement prophétique et quiconque n’est pas de ceux qui ont mémorisé le Coran, transcrit le Hadith et maîtrisé les sciences du fiqh, ne saurait être suivi. »


Le célèbre Ghazâlî (m. 1111) a réussi une synthèse harmonieuse entre les aspects juridiques et spirituels de l’Islam, entre le fiqh et le soufisme, dans sa fameuse ‘‘somme spirituelle’’ intitulée Ihyâ’ ‘ulûm al-Dîn. Il a ainsi durablement marqué toute la pensée musulmane. Quelques siècles plus tard, Suyûtî (m. 1505), l’un des auteurs les plus féconds parmi les savants musulmans, prononça de nombreuses fatwas sur des sujets relatifs au soufisme dans son recueil intitulé al-Hâwî lil-fatâwî. Il inaugurait ainsi une longue liste de muftis qui furent aussi de grands Soufis. Il fut, par exemple, suivi dans cette voie par Ibn Hajar al-Haytamî (m. 1566) dans son recueil de fatwas al-Fatâwâ al-hadîthiyya.


Plus près de nous, le Cheikh al-Azhar ‘Abd al-Halîm Mahmûd (m. 1978) prononça 43 fatwas éclaircissant les aspects les plus importants du soufisme[2]. Par ses éditions d’ouvrages classiques et les études sur la mystique musulmane qu’il publia, il fut l’un des acteurs du renouveau du soufisme en Egypte et dans bien d’autres pays. Enfin, un digne héritier de tous ces muftis soufis est ‘Alî Jum‘a, l’actuel mufti d’Egypte. Il est connu pour son combat sans concession contre l’excision dans un pays qui la pratique encore largement, et pour avoir affirmé clairement que l’apostasie ne mérite aucun châtiment terrestre dès lors que l’ordre public n’est pas menacé.

‘Alî Jum‘a est né le 3 mars 1952, il occupe la charge de Grand-mufti d’Egypte depuis 2003. Ce spécialiste des fondements du Droit en Islam (usûl al-fiqh) est aussi un homme de spiritualité et un fin connaisseur de la mystique musulmane. Outre de nombreux ouvrages sur les usûl al-fiqh, il vient de publier un recueil de cent fatwas dont beaucoup concernent des thèmes relatifs à la mystique : al-Bayân limâ yachghal al-adhdân[3]. Littéralement, le titre de l’ouvrage signifie : l’éclaircissement concernant les questions qui occupent les esprits. Ce titre suggère nettement la volonté de répondre aux difficultés que rencontre l’Islam contemporain. Près d’un tiers des fatwas concernent le soufisme (30 sur 100). C’est dire que pour ‘Alî Jum‘a les aspects mystiques de l’Islam doivent être pris en compte dès lors que l’on souhaite apporter des réponses aux interrogations qui traversent le monde musulman.

Qu’est-ce qu’une fatwa ? C’est une réponse à une question religieuse faisant problème. Cette réponse doit être dûment argumentée à l’aide de preuves scripturaires. Afin de donner une idée précise du travail effectué par ‘Alî Jum‘a dans son ouvrage, le meilleur moyen est sans doute d’offrir au lecteur la traduction d’une fatwa relative aux aspects essentiels du soufisme.


« Questions 87 : Quel est le statut juridique (hukm) relatif au rattachement d’un musulman à un voie soufie (tarîqa) ? Pourquoi existe-il plusieurs voies soufies ? Puisque le soufisme c’est l’ascèse, l’invocation de Dieu et la noblesse de caractère, pourquoi le musulman ne pourrait-il se contenter de puiser les convenances spirituelles et le bon comportement à partir d’une lecture du Coran et de la Sunna ?


Réponse : Le soufisme c’est une discipline d’éducation intérieure par laquelle le musulman peut s’élever jusqu’au degré de l’excellence (ihsân) qui fut définie par le Prophète (ص) ainsi : ‘‘Que tu adores Dieu comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, Lui te vois[4].’’ Le soufisme est donc un programme d’éducation visant à purifier l’âme de toutes ses maladies car celles-ci voilent l’homme de Dieu. Cette éducation a donc pour but de remédier aux défauts de l’âme et du caractère, et cela concerne aussi bien le rapport de l’homme à Dieu que celui aux autres et à soi-même.


La voie soufie est l’école au sein de laquelle la purification de l’âme et l’élévation du caractère seront rendues possibles. Le maître spirituel (shaykh) est celui qui enseigne cette discipline à l’élève ou au disciple (murîd). De fait, l’âme humaine recèle par nature un certain nombre de maladies intérieures comme l’orgueil, la suffisance, la fatuité, l’égoïsme, l’avarice, la colère, l’ostentation, la tendance au péché, le désir de vengeance, le mépris, la haine, la traîtrise, l’ambition. Selon le Coran, la femme de l’intendant dit [après avoir pris conscience de ses fautes] : ‘‘Je ne m’innocente pas, l’âme est instigatrice du mal, sauf si mon Seigneur me fait miséricorde. Certes, mon Seigneur est Celui qui pardonne et Il est le Miséricordieux.’’[5] Tout cela explique pourquoi nos Anciens prirent conscience de la nécessité d’une éducation de l’âme afin qu’elle perde ses maladies, qu’elle puisse être en harmonie avec les autres et qu’elle puisse s’élancer vers son Seigneur.

Une voie soufie doit comporter certains éléments : s’appuyer sur le Coran et la Sunna puisqu’elle n’est autre que la discipline spirituelle contenue en eux. Tout ce qui s’oppose à l’esprit des enseignements du Coran et de la Sunna ne saurait faire partie d’une voie soufie. De plus, les enseignements de cette voie ne peuvent être isolés de ceux de la Loi car ils en sont l’essence (jawhar).


Le soufisme insiste sur trois attitudes fondamentales mises en lumière par le Coran : Prendre garde à la nature de l’âme, prendre du recul par rapport à elle et la purifier de ses défauts. A ce sujet, le Très-Haut a dit : ‘‘Par l’âme ! Comme elle fut bien modelée ! Dieu lui a inspiré une part de perversité et une part de piété.’’[6] Concernant la seconde attitude, le Coran préconise l’invocation de Dieu (dhikr Allâh) : ‘‘Ô vous qui avez la foi, invoquez Dieu abondamment !’’[7] De même le Prophète (ص) a dit : ‘‘Que ta langue reste toujours humide par l’invocation de Dieu’’[8]. Quant à la troisième attitude, elle est liée au détachement des séductions du monde (zuhd fî l-duniâ) et à l’aspiration vers l’Au-delà : ‘‘La vie de ce monde n’est que jeu et distraction passagère : pour les gens de piété, la demeure de l’Au-delà a bien plus de valeur ; n’avez-vous donc aucun discernement ?’’[9]

Pour sa part, le maître spirituel qui transmet les différentes formes d’invocation aux disciples, qui les guide dans la voie de la purification de l’âme et de la guérison des maladies du cœur, est aussi un enseignant transmettant une discipline précise à chacun en fonction de ses maladies propres. Cette charge fut d’ailleurs assumée par le Prophète (ص) qui conseillait à chacun ce qui lui permettait de se rapprocher de Dieu en tenant compte de ce qui différencie chaque âme. C’est ainsi qu’il a pu dire à un homme qui l’avait interrogé sur ce qui pourrait le préserver de la colère divine : ‘‘Ne te mets jamais en colère !’’ ; à un autre qui lui avait demandé une pratique simple à laquelle il pourrait s’accrocher, il répondit : ‘‘Que ta langue reste toujours humide par l’invocation de Dieu’’. Parmi les Compagnons, certains veillaient en prière, d’autres s’attachaient plus particulièrement à la lecture du Coran, d’autres encore étaient connus pour leur courage dans les combats ; certains pratiquaient beaucoup l’invocation de Dieu, tandis que d’autres distribuaient ce qu’ils possédaient en aumônes.


L’éducation spirituelle telle que nous l’avons évoquée ne nécessite pas l’abandon du monde : il s’agit de pratiquer plus particulièrement une forme d’adoration de Dieu afin d’aboutir à la proximité de Dieu. On peut rapprocher cela des différentes portes du Paradis : bien que les portes soient multiples, le Paradis est un. A ce sujet, le Prophète (ص) a dit : ‘‘Il est une porte du Paradis pour chaque type d’adorateurs, et c’est par elle qu’ils seront appelés : les hommes de jeûne seront appelés à entrer au Paradis par une porte nommée Rayyân.’’[10] De la même façon, les voies soufies et les types d’éducation qu’elles transmettent peuvent varier en fonction du maître et des besoins du disciple…


Il faut souligner ici que ce que nous disons du soufisme ne s’applique pas aux pseudo soufis qui ne font que lui nuire et qui n’ont ni religion ni piété ; ceux qui recherchent la transe lors des fêtes religieuses et qui simulent le ravissement. Tout cela ne fait évidemment pas partie du soufisme authentique… et nous ne pouvons le juger à partir d’actes d’ignorants. Il nous faut au contraire nous rapprocher des grands savants qui firent son éloge et tenter de comprendre pourquoi ils le firent.


Enfin, nous voudrions répondre à qui demande : « Pourquoi ne pouvons-nous nous contenter d’apprendre les convenances spirituelles et la purification de l’âme directement du Coran et de la Sunna ? » Ce genre de propos est à première vue séduisant mais mène à une perte certaine ! Prenons un exemple : Nous n’apprenons pas les obligations de la prière ainsi que ce qui y est recommandé ou déconseillé par la lecture du Coran et de la Sunna mais par le biais d’une science que l’on appelle jurisprudence (‘ilm al-fiqh). Cette science a été élaborée par des juristes qui ont déduits, par un effort de réflexion (istinbât), les statuts juridiques de la religion à partir du Coran et de la Sunna.


Qu’en serait-il de nous si nous adoptions l’attitude de celui qui voudrait lire directement des statuts juridiques dans le Coran et de la Sunna ? De la même façon, il est des choses que l’on ne saurait trouver par une simple lecture du Coran et de la Sunna, et qu’il faut donc apprendre auprès des maîtres spirituels en recevant leur enseignement oral car, en spiritualité, les enseignements écrits ne suffisent pas. On dit, par exemple dans l’art de la psalmodie du Coran (tajwîd) : ‘‘L’allongement obligatoire d’une voyelle dure six temps’’.


Qui donc a fixé la durée de cet allongement ? Quel en est le fondement scripturaire (dalîl) et qui l’a rendu obligatoire ? Nul autre que les spécialistes de cet art. Il en va de même pour la science qu’est le soufisme : elle fut exposée dès l’époque de Junayd, au 4ème siècle de l’Hégire et elle continue de l’être de nos jours, bien que les temps soient peu portés à la spiritualité, que les mœurs soient dépravées, et que certaines voies soufies soient déchues par l’adoption de comportements contraires à la religion, laissant croire aux uns et aux autres qu’elles représentent le soufisme. Mais Dieu – qu’Il soit exalté – défendra le soufisme et ceux qui le représentent ; Il les préservera par Sa puissance car Il a dit : ‘‘Certes Dieu prendra la défense de ceux qui ont la foi, et Il n’aime pas les traîtres ingrats.’’[11]


Nous espérons avoir donné, dans ce qui précède, un éclaircissement suffisant sur ce que sont le soufisme, les voies soufies, le maître spirituel, les raisons de la multiplicité des voies et celles pour lesquelles il faut recevoir la discipline visant à la purification de l’âme de l’enseignement des maîtres spirituels et non par une simple lecture du Coran et de la Sunna. Que Dieu nous permette de comprendre la réalité de notre religion. Et certes, Dieu est plus savant. »[12]


Notes:


[1] Anne-Marie Delcambre, éd. Desclée de Brouwer, 2007.
[2] Cf. Fatâwâ ‘Abd al-Halîm Mahmûd, vol. II, p. 327-408, ed. Dâr al-Ma‘ârif, Le Caire, 2002.
[3] Ed. al-Muqattam, Le Caire, 2005.
[4] Hadith cité par Bukhârî.
[5] Coran : 12, 53.
[6] Coran : 91, 7-8.
[7] Coran : 33, 41.
[8] Cité par Tirmidhî.
[9] Coran : 6, 32.
[10] Cité par Bukhârî.
[11] Coran : 22, 38.
[12] Al-Bayân, p.328-331.


Source : www.oumma.com

jeudi 7 mai 2009

Mûdhakara sur la Prière de Shaykh Sidi Muhammad Al-Mustafà Bassîr ra

Mûdhakara sur la Prière de Shaykh Sidi Muhammad Al-Mustafà Bassîr ra


Au Nom d'Allâh le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Louange à Allâh pour qui, par Son service, s'accomplissent les bonnes actions.

« Louange à Allah qui nous a guidés à ceci. Nous n'aurions pas été à même de nous guider, si Allah ne nous avait pas guidés. » (Cor: VII-43)


Un signe de l'Amour d'Allâh envers Son serviteur est de lui rendre agréable Sa mention, en secret et en public, de lui faire aimer l'obéissance et la soumission.
Le sommet de l'obéissance, (ra'is) consiste à accomplir parfaitement [al-qiyâmu] la prière [salâh], avec ce qui convient en fait de pureté et en son temps *, car le serviteur croyant qui aime Allâh , dès qu’il entend l’adhân [appel à la prière], s’empresse de répondre avec sollicitude à cet Appel d'Allâh , Allah qui est Celui qui accueille les prières ; il ne reste pas à dormir, sourd à cet Appel.

Allâh le Très-haut a dit (au sujet de la prière) :
« ... certes, la Salat est une lourde obligation, sauf pour les humbles, » (Cor: II-45)
Il a encore dit de ceux qui sont paresseux, qui négligent et qui oublient d'accomplir la salâh :
«... Et quand ils se lèvent pour la prière, ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. A peine se rappellent-ils d'Allâh.
Ils oscillent (entre les croyants et les mécréants) n'appartenant ni à ceux-ci ni à ceux-là.... » (Cor: IV-142,143)
Pour cette raison, le serviteur qui est cher auprès d'Allâh s'applique avec un zèle assidu et constant à l'accomplissement du droit de son Seigneur et s’occupe de ce qui le concerne.
L’imâm Bûsirî a dit : "Quand la Direction divine se fixe dans le coeur les membres du corps deviennent bien disposés aux pratiques dévotionnelles".

Quand le serviteur, par là même, atteint cette station [maqâm], il franchit alors le seuil de la sainteté et se trouve parmi les saints d'Allâh LeTrès Haut, le Puissant, le Majestueux, conformément à Sa Parole :
"Les gens fidèles appartiennent au groupe des préférés" (Cor: VIII-34).
Dans ce maqâm, il perçoit alors l'attitude correcte [adab] à observer envers Allâh en tous ses instants et sait qu’il est nécessaire de persévérer sans jamais abandonner, et ce, afin de ne pas se voir rejeté hors du seuil et de s’y voir refuser à nouveau l’accès : quand le serviteur est repoussé et qu’il retourne sur ses pas, il lui sera accordé une autre entrée que rarement à moins d’un immense repentir qui l’anéantira en elle.

Comme nous l’avons déjà dit, quand le serviteur est aimé d'Allâh , il est occupé à accomplir son devoir avec zèle.
L'Envoyé d'Allâh, - sur lui les bénédictions d'Allâh et la paix -, a dit dans un hadîth qudsî qui rapporte les Paroles du Seigneur de la Puissance :
" Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par quelque chose qui me soit plus agréable que l'accomplissement de ce que je lui ai prescrit en œuvres obligatoires et il ne cesse pas de se rapprocher de Moi à travers les oeuvres surérogatoires jusqu'à ce que Je l'aime. Quand Je l'aime, Je suis l’ouïe avec laquelle il entend, la vue avec laquelle il voit, la main avec laquelle il prend, le pied avec lequel il marche ; s'il Me demande refuge, je le protégerai, et s'il m’invoque, certainement je l'exaucerai. Rien ne me fait plus hésiter que d’enlever l'âme de mon serviteur fidèle qui déteste la mort; en effet il me répugne de le tourmenter" mais ceci est inéluctable.
Selon cet hadîth prophétique, le serviteur se rapproche d’Allâh [en observant] les préceptes Divins [farâ'id ] que le Puissant, le Très-Haut lui a rendu obligatoires. Tous ces devoirs sont des obligations énoncées dans le Noble Coran. Et c’est un devoir pour le croyant d’assumer son engagement en observant ce qu'Allâh a ordonné dans le Coran et en s’éloignant de ce qu'Allâh lui a interdit.
Si le serviteur désire se rapprocher encore plus de son Seigneur et être aimé d’Allah, qu’il accomplisse alors les pratiques surérogatoires [nawâfil] en plus des prières obligatoires, qu’il pratique le dhikr, ordonne le bien comme il convient, interdise les choses répréhensibles, maintienne les liens de parenté, pratique l'aumône et autres oeuvres de la Sunna [nawâfil].

Quand le serviteur fidèle exécute scrupuleusement les obligations Divines et la Sunna ( farâ'id wa nawâfil) il sera l’aimé d'Allâh ; or, quand son Seigneur l'aime, il est l'ouïe par laquelle il écoute, il n'écoutera alors rien qui déplaise à son Seigneur et qu’Il lui a rendu illicite. Il est la vue avec laquelle il voit également, il ne regardera pas ce qu’Allah lui a interdit. Il est la main avec laquelle il saisit, il ne touchera pas et n’étendra pas sa main vers ce qu'Allâh a interdit. Le Seigneur, Béni et Très-haut est aussi le pied avec lequel il marche, il n'ira donc pas vers ce qui est illicite et interdit.
Quand tout ceci arrive, les Paroles du Très Haut : « s'il cherche refuge en Moi, Je le protègerai » signifient qu’il recherche refuge en Moi contre Satan le lapidé et ses oeuvres. Et encore : « s'il me demande, je l'exaucerai » signifient que Je suis Celui qui exauce, personne ne peut exaucer sa demande sauf Moi. J'hésite à enlever l’âme de Mon serviteur parce qu'il déteste la mort et qu’il Me répugne de le tourmenter, mais pour chaque serviteur, l'ordre de la mort est inévitable.
Dans cette partie nous exposions comment Allâh , par la puissance de Son Amour envers le serviteur croyant, lui montre ce que son âme doit acquérir pour la vie de l’Au-delà, car, gloire à Lui, Il connaît l'homme et sait qu’il déteste la mort.
Ainsi, quand Allâh l'aime, il lui rend agréable Sa Mention, confidentiellement et manifestement et lui ouvre la porte de la sainteté [walâya].

Pour finir, je désire traiter le sujet de l'interprétation de la Parole du Très-Haut:
« Le jour dans lequel nous convoquerons chaque groupe avec leurs guides » (Cor: XVII-71.)
On dit que le sens de ce verset est qu'Allâh convoquera tous les groupes chacun avec leur guide[shaykhuhâ] qui leur prodigua l'instruction religieuse, qui leur enseigna les modalités de l'ablution, de la prière, la façon d’accomplir les pratiques de dévotion, le pèlerinage et autres prescriptions.
Mais la plus grande partie des commentateurs est de l’avis que le sens du verset est qu'Allâh réunira tous les gens et les convoquera, le Jour du Jugement, en compagnie de leur maître [Shaykh] qui les avait instruits et dirigés.

(La leçon s’est terminée avec une invocation [du'â] )

Allâhumma, bénis Sayydinà Muhammad, Ton Serviteur, Ton Envoyé, le Prophète illettré ; la paix soit sur sa famille et sur ses compagnons.
Gloire à ton Seigneur, Maître de la Puissance, au-delà de ce qu'ils lui attribuent; la paix soit sur les Envoyés et Louange à Allâh le Seigneur des mondes.


Faite par le Shaykh Sîdî Muhammad Al- Mustafâ Bassîr
Le 29 du mois de Ramadan 1418 an de l'Hegire, le 28 Janvier 1998, A la Zawya Sidi Ibrahîm Al-Bassîr Localité Bany 'Ayat - Maroc.



Source : www.soufisme-fr.com