samedi 26 février 2011

Abû Hamid al-Ghazalî sur la patience

Abû Hamid al-Ghazalî sur la patience

Extrait du livre de la patience, traduit par Tayeb Chouiref


Section II, p. 21-23 :

REALITE ET SIGNIFICATION DE LA FOI.

« Sache que la  patience est une des stations (
maqamat
) de la Religion et une demeure
2
(
manzil
) parmi celles que traversent ceux qui cheminent vers Dieu (
Al-salikin
).
L’ensemble des stations de la Religion s’ordonnent autour de trois choses : les connaissances
(
al-ma‘arif
), les états spirituels (
al-ahwal
) et les actes. Les connaissances sont les fondements
; ce sont la source des états. Ceux-ci, à leur tour, donnent naissance aux actes. Les
connaissances sont donc semblables à un arbre dont les états sont les branches et les actes les
fruits. Ceci est valable pour toutes les demeures que traversent celui qui chemine vers Dieu
Très-Haut.
Dans certains cas on réservera le terme « foi » pour les connaissances, dans d’autres, il
désignera l’ensemble
ainsi que nous l’avons fait en mentionnant la différence entre la foi et la
3
soumission (
al-islam
) dans notre livre
Les Principes du Dogme
.
4
La patience, comme toutes les stations, n’est obtenue que par une connaissance préalable et
opérante. En réalité, la patience est une expression de cette connaissance et les actes sont les
‘‘fruits’’ qu’elle produit.
On ne peut connaître cela sans connaître la situation respective des anges, des êtres humains
et des animaux.
La patience est propre à l’homme et on ne peut l’attribuer ni aux anges eu égard à leur
perfection, ni aux animaux car ils en sont incapables.
En effet, les animaux sont dominés par les besoins concupiscents (
chahawat
), ils y sont
entièrement soumis. Chaque mouvement ou repos est motivé par un besoin. Ils n’ont pas la
faculté d’y opposer une résistance qui, si elle était ferme, serait nommée ‘‘patience’’.
Les anges (sur eux la Paix) ne possèdent que le désir ardent de la Présence seigneuriale (
al-
hadra al-rubýbiyya
)
et l’allégresse de la proximité divine. Aucun désir ne vient les en
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détourner. Ils n’ont donc pas besoin d’une force qui éloignerait ce qui détourne de la Présence
de Majesté (
hadra al-jalal
).
Quant aux hommes, ils naissent imparfaits comme les animaux et n’ont dans un premier
temps que l’appétit qui les pousse à se nourrir. Puis, apparaît l’envie de jouer, de s’embellir et
enfin le désir sexuel. Les enfants n’ont absolument aucune force de retenue (
Sabr
). Cette
dernière est la faculté d’opposer une force à une autre afin de résister. Or, chez l’enfant, la
seule force présente est celle de l’envie (
al-hawa
) comme chez les animaux.
Mais Dieu Très-Haut, par Sa Grâce et la largesse de Sa générosité, a honoré les fils d’Adam et
les a élevés au-dessus des animaux. Il leur a assigné, à  chacun, deux Anges : le premier le
guide et le second le renforce.
La connaissance apportée par ces deux Anges le distingue des animaux.
[Dès lors], l’homme possède deux qualités spécifiques. La première est la connaissance de
Dieu Très-Haut, de l’Envoyé et de la manière d’aboutir aux issues heureuses. Tout ceci arrive
 

 
  






samedi 19 février 2011

Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ad-Darqâwi

Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ad-Darqâwi

Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ash-Sharîf ad-Darqâwi de la tribu des Béni Zarwal (Zeroual) 1737 - 1823 / 1149 h - 1239 h

Après avoir résidé à Fès auprès de son maître Sidi Ali al-Jamal qu’il rencontra en l'an 1768 / 1182 H, qui l’honora de son amour et de sa compagnie pendant deux années entières.

Le cheikh Moulay al-'Arbi ad-Darqâwi relate sa première rencontre avec Cheikh Ali al-Jamal, qu'Allah soit satisfait de lui, dans sa zawiya d'al-Remaila après une nuit d'appréhension : "Il était de mes habitudes que je n'entreprends aucune chose, soit-elle importante ou pas, que seulement après avoir consulté le Seigneur, selon la formule entendue du Prophète. C'est ce que je fis. Puis J'ai passé une nuit blanche à penser aux qualités du Cheikh éducateur, comment est-il ? Et ma rencontre avec lui sera-elle comment ?

Lorsque je suis allé le voir à sa zawiya à al-Remaila et en frappant à la porte je le vis balayer la zawiya, car il avait l'habitude de la nettoyer chaque jour avec sa main bénie malgré son âge avancé et son rang dans la société. Il me demanda : "que veux-tu ?" j'ai répondu : "je voudrai que vous me prenez par la main pour Dieu." il réagit très violement, me mettant dans la confusion en se dissimulant et me dit : "qui donc t'a dit que je prends par la main qui que ce soit, et pourquoi le ferais-je avec toi? Et qui m'a prit par la main pour que je prends la tienne ?" Et il me chassa. Tout cela pour mettre ma sincérité à l'épreuve, puis je m'en allais.

Non découragé par cette première rencontre, après avoir reconsulté Dieu la nuit suivante. Au matin, après la prière, je retournais voir le cheikh, je frappais à la porte, et comme la première fois, il balayait la zawiya. Il m'ouvrit, et je lui dis : "Prend moi par la main pour Dieu !" Il prit ma main et dit : "sois le bienvenu !" Alors il me fit entrer dans sa demeure à l'intérieur de sa zawiya et me manifesta une grande joie et fut très heureux de ma présence. "Ô mon seigneur, lui dis-je, depuis combien de temps ai-je cherché un maitre spirituel.", "et moi, me répondit-il, je cherchais un disciple sincère !"

Il m'inculqua les litanies et me demanda de venir le voir sans aucune hésitation. J'allais le voir tous les jours, et m'enseignait avec certains frères de Fès (puisse Dieu la garder de tout malheur) ".
Après cela, il partit fonder à « Babrih », à Béni Zarwal (Zeroual) dont il était originaire, la première zawiyya de ce qui allait devenir un nouvel ordre soufi important, celui des Darqawa. Il continua à rendre visite à son maître deux ou trois fois par an. Peut être plus. Chaque fois qu’il le visitait, il restait en sa compagnie pendant un certain temps pour apprendre de lui.


Moulay al-Arabi Ibn Ahmad le Chérif Darqawi nous raconte son cheminement avec son maître dans ces thermes: " J'ai reçu le wird de lui, et c'était :
« Je demande Le pardon d'Allah », cent fois.
« Oh Allah, salue et bénis Sidna Mohammed, le Prophète illettré, sa famille ainsi que ses compagnons », cent fois.

« la ilaha illa llah », mille fois, avec à la fin de chaque centaine : "Sidna Mohammed est le Messager d'Allah, qu'Allah le salue et le bénisse".

Je le pratiquais après la prière de l'aube et après celle du coucher du soleil. Quand je le pris de lui, il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des gens du « Dhahir » (apparent), les maîtres victorieux.".

Puis il m'apprit le nom de majesté: Allah, à réciter sans limitation spécifique, et il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des Gens du « Batin » (caché), les enfants du fils de Abdullah, les gens cachés « Ahl-al-Makhfia », dans la ville de Fès. Quand il eut fini, il me dit : "Va et viens" c'est-à-dire viens me voir quand tu veux. Je fis cela tous les jours. Nous nous rassemblions et pratiquions le dhikr avec quelques-uns des frères parmi les gens de Fès.

La nuit du jour où j'ai rencontré le Sheikh, où il m'a donné le wird et m'a enseigné le nom de majesté, Allah, j'ai vu l'Imam, Mawlana 'Ali, au mausolée de Mawlana Idris Ibn Idris. Je l'ai pris par sa main bénie et me rendis à la Madrasa Misbahiya avec l'intention de l'honorer. Quand j'ai atteint le quartier ash-Shama'in, je me suis réveillé de mon sommeil. J'ai raconté au Sheikh mon rêve et il me dit : "Réjouis-toi de tant de bien! Tu fais partie des soufis." J'ai alors dit : "l'Imam 'Ali est leur imam. Il est le plus grand parmi eux et il est leur Qutb (pôle)."

Quelques jours après cela, l'état de resserrement m'a pris, jusqu'à la limite de l'oppression, au point de me priver, presque, de l'Islam. Quant à la qualité de l'élite, il m'en a privé et m'a rejeté loin d'elle. J'ai été oppressé et avais besoin de mon Seigneur. Je suis allé au Mausolée du Sheikh Abu ash-Shita al-Khammar. J'y ai passé la nuit à réciter le Coran, mais sans le cœur, seulement avec la langue. Quant au cœur, je n'en avais que le nom. J'ai lu le Coran du début à la fin et demandé à Allah d'avoir un effet manifeste, car j'étais dans un état de très grand besoin et d'extrême pauvreté, et de me guérir de ce qui m'affligeait. Après avoir fini, je me suis endormi. Alors j'ai rêvé que je récitais la sourate al-Qassas, de manière très lente et à haute voix, avec un homme illettré qui ne savait pas lire son nom écrit sur une tablette. Quand je me suis réveillé dans le mausolée, j'ai regardé autour de moi pour vérifier s'il y avait quelque chose à voir. J'ai trouvé et j'étais très heureux, car il est dit : " Réciter la sourate al-Qassas dans le rêve veut dire l'obtention du savoir, de la compréhension et de la correction parmi les gens." Par la suite ceci s'est réalisé par la faveur d'Allah.

Je restais avec lui dans cet état de dhikr jusqu'à sa mort en 1193 de l’hégire qui correspond à 1779, et étais très content avec lui! Son dhikr m'a profité, et je reconnaissais, parmi les gens, ceux qui étaient dans un état de souvenir « dhikr » et ceux qui étaient dans un état d'insouciance. Personne ne me trompait par sa science ou par ses actions, car certains pratiquent beaucoup les actes d'adorations « 'ibada » alors qu'ils sont dans l'insouciance, en dépit de leurs « 'ibada ». Certains ont pratiquent peu actes d'adorations « 'ibada » mais font du « Dhikr ». Malgré leur minimes actes d'adorations « 'ibada » et de science, et agissent par ce qu'ils savent, Allah leur donne une science qu'ils ignoraient jusqu'alors. C'est ainsi que cela a été transmis. Ils sont meilleurs que les autres parce que le but c'est ce qu'ils ont, et que n'ont pas bon nombre de ceux qui savent et n'agissent pas conformément à leur science.

Quand j'ai constaté l'excellence de l'enseignement, de son influx spirituel et son bien, je me suis passionné. Par Allah, depuis ce moment, je me suis mis en compagnie de gens qui partageaient mon amour spirituel. Allah les a fortifiés et les a annihilés à eux-mêmes, car celui qui n'est pas annihilé en Lui, en vérité, il ne L'aime pas passionnément. Ainsi le dit l'imam des amoureux passionnés, le Sheykh Abu Hafs 'Omar Ibn al-Farid dans son poème :
Tu ne M'aimes pas
Tant que tu n'es pas annihilé en Moi
Tu n'es pas annihilé
Tant que Ma forme ne s'est pas manifestée en toi.

Il ne parlait pas par lui-même. Il parlait par son Seigneur. Quant à lui, il est parti avec ceux qui sont partis et a gagné avec ceux qui ont gagné. Les soufis ont parlé de l'extinction, et en ont dit beaucoup de choses. En ce qui me concerne, les plus pertinentes, sont les paroles du Sheikh Abu Saïd Ibn al-Arabi. Quand on le questionna sur l'extinction, il dit : "L'extinction est cette immensité, cette majesté qui apparaît sur le serviteur et lui fait oublier ce monde et le prochain, les états, les degrés, les stations et le dhikr. Cela l'annihile à tout, à sa raison, à lui-même, à son extinction aux choses et à son extinction, car il est noyé dans les océans de l'immensité." Le Sheikh Abu al-Mawahib at-Tunusi a dit : "L'extinction est effacement, disparition, se quitter soi-même, annihilation." On ne vient à Allah que par l'une de deux portes, par la porte de la grande extinction, qui est la mort naturelle ou par la porte de l'extinction, qui est le but de cette voie, la Shadhiliyya. C'est comme a dit le Sheikh Abu al-Abbas al-Mursi : "Je dis : Oh Allah! Ouvre notre vision intérieure, illumine notre for intérieur, annihile-nous à nous-mêmes et fais-nous aller par toi et non par nous-mêmes :
Quand nous sommes par Lui,
Nous nous glorifions auprès des hommes libres et des esclaves.
Quand nous sommes par nous-mêmes
Notre abaissement est l'abaissement des juifs.

Il est dit dans les Hikam d'Ibn Ata-Allah :

« S'Il t'abandonne à toi-même, tes actes blâmables seront infinis. S'Il manifeste Sa générosité en toi, tes actes louables ne cesseront pas ».

A cette époque, mon maître Ali al-Jamal m'ordonna d'attacher les significations spirituelles qui m'étaient inspirées. Il me dit : « Chaque fois qu'une signification te vient, hâte-toi de l'attacher, sinon, elle s'échappera et s'en ira. La première fois qu'elle vient, elle est aussi grande qu'une montagne. Si tu te dépêches de l'attacher, tu la saisis comme elle est venue à toi. Si tu es lent, elle revient à toi comme un chameau. Si tu es lent, elle revient comme un moineau. Si tu es lent, elle te quitte et s'en va. Tu dois l'attacher avec tes sens pour qu'elle reste avec toi, car elle est comme une brebis. Si tu l'attaches avec une corde, elle reste à toi. Sinon, elle ne reste pas. Si elle reste à toi, elle reviendra encore et encore. C'est ainsi. De cette manière, toi et d'autres voyagez. Si tu ne le fais pas, il n'y a pas de voyage. C'est comme un nageur qui pousse sa main droite à travers l'eau, puis la gauche et voyage sans s'arrêter, au contraire de celui qui ne passe pas ses mains à travers l'eau et ne bouge pas. Il ne voyage pas ».

J'attachais les enseignements qui me venaient, mais pas toujours. Je le faisais seulement quelquefois. Si je les avais toujours attachés, j'en aurais eu plus, mais nous n'aimons pas parler beaucoup, car cela n'a que peu de bénéfice pour les gens. Une petite quantité d'enseignement est suffisante si l'intention et l'attention sont présentes. Sinon, il n'y a pas de bénéfice.

Maintenant, je veux rassembler ce qu'Allah voudra des significations que j'ai attachées pour que ceux qui partagent mon amour spirituel puissent en bénéficier durant ma vie et après ma mort. J'ai aussi été poussé à les rassembler, car il y a de la baraka et de la faveur à les joindre à d'autres et parce que la réunion est source de baraka et de faveur.

Notre tarîqa est manifeste et célèbre pour ceux qui nous aiment. Le but est de nous imiter. Il y a des gens qui se réjouissent quand ils en entendent parler.

Apporter de la joie aux croyants à un mérite immense. Peut-être que les gens de science, qui dénigrent notre voie, y trouveront un bijou précieux de savoir. Si cela arrive entre leurs mains, ils quitteront l'état de rejet pour l'état de confirmation, et reviendront de l'état de l'oubli à l'état de souvenir « dhikr ». Alors nous aurons été à l'origine de la compassion dans leur cœur, et Allah est miséricordieux pour les compatissants. Si Allah le veut, il ne manque pas de joyaux de savoir par la baraka des gens de la tarîqa.

J'ai fait un rêve lorsque j'étais à Fès, en 1210. Un roi m'avait donné un papier. Je l'ai ouvert et y ai trouvé beaucoup de joyaux. Le roi que j'ai vu était le maître des habitants de l'Occident (Maghreb) et celui d'autres gens, Mawlana Idris Ibn Mawlana Idris Ibn Mawlana 'Abdallah al-Kamil Ibn Mawlana al-Hasan al-Muthanna Ibn al-Hasan as-Sibt, fils du plus grand Imam, Mawlana 'Ali Ibn Abi Talib. J'ai compris, quand je l'ai interprété, que le roi était Allah, le Puissant, le Majestueux, et que les joyaux étaient ceux de la connaissance.

Cet enseignement est abondant. Je ne l'ai pas destiné à l'un de ceux qui partagent mon amour spirituel en particulier. Quelquefois, je l'ai dispensé à l'un d'entre eux, d'autres fois à plusieurs et parfois à tous. Je l'ai rassemblé seulement parce que son excellence, son secret, son bien et son mérite me sont apparus. L'homme de raison doit écrire uniquement ce que la raison des gens peut accepter. Autrement il ne doit rien écrire, car le Messager d'Allah a dit : "Parlez aux gens selon leur degré de compréhension". Il devrait aussi écrire seulement ce que son ego ne va pas lui disputer afin que ses opposants parmi les gens ne le lui disputent pas. Ce que son ego accepte, sera accepté par ses congénères. Ce qu'il n'accepte pas, ils ne l'accepteront pas. Il est évident que les paroles des grands, comme al-Junayd, al-Ghazali, ash-Shadhili, Ibn al-Arabi et leurs semblables, furent rejetées et réfutées par ceux qui n'avaient pas atteint leur station ; elles furent comprises seulement par ceux qui l'avaient obtenue. Seul accepte leurs paroles celui qui est dans leur domaine et qui est l'un des leurs. Quant aux autres ils ne peuvent qu'argumenter juridiquement et les accuser de mensonge, d'ignorance, de déviation, de stupidité, d'hérésie et de mécréance. Nous cherchons refuge auprès d'Allah pour ne pas nous trouver dans une telle situation, car cela n'arrive qu'à celui dont la lumière intérieure est éteinte et dont le for intérieur est sombre....", (fin de citation).

Pas plus que ses prédécesseurs, Moulay al-Arabi ad-Darqawi ne se posait en novateur. Sa seule ambition était de restaurer le Shadhilisme dans sa pureté ancienne, de rappeler à ses disciples que toute vie mystique commence par le respect de la loi religieuse « Shari’a » et de ses prescriptions et par la lutte contre les passions et les habitudes de l’âme, et de les exhorter à la pratique constante du Dhikr et de toutes les convenances et politesses (Adâb) qui favorisent la réalisation de l’état de pauvreté spirituellement parlant (al-Faqr) et le rapprochement avec Dieu.

Avec l’aide de son Moqadem et bras droit Muhammad Ibn Ahmad al-Bûzîdî al-Hanafi as-Samlali al-Ghumari mort en 1814 / 1229 H (et qu’il ne faut par confondre avec sidi Mohamed Ben al-Habib al-Bûzîdî de Mostaganem mort en 1909 / 1327 H), Moulay al-Arabi ad-Darqawi forma une pléiade de maîtres dont les plus connus sont Ahmed Ibn Ajiba mort en 1262 de l’hégire qui correspond à 1804, Mohamed al-Harraq mort en 1844 / 1261 H à à Tétouan, Ahmad al-Badawi al-Fassi mort en 1858 / 1275, Abu Abdullah Abu Ya'za (Abu 'Azza) at-Tilimsani Al-Mahâji mort le vendredi 14 Septembre 1860 / 28 Safar 1277 H, Tayeb al-Majouti et Ahmad Ibn Abdul-Moumin.

Moulay al-Arabi Ibn Ahmad ad-Darqawi mourut en 1823 / 1239 H, qu'Allah Soit satisfait de lui.

Parmi ses sagesses:
L’un de nos frères me dit : – Je ne suis rien. Je lui répondis : – Ne dis pas : je ne suis rien. Et ne dis pas non plus : je suis quelque chose. Ne dis pas : il me faut telle chose, et ne dis pas non plus : il ne me faut aucune chose. Mais dis : Allah ! Et tu verras merveille.
Un autre frUn autre frère me demanda : "Comment guérir l'âme (an-nafs)"? ; Je lui répondis : "oublie-la et n'y pense guère; car ne se souvient pas de Dieu qui n'oublie pas son âme (ou qui ne s'oublie pas lui-même). Vous ne pouvez pas concevoir que ce n'est pas l'existence du monde qui nous fait oublier notre Seigneur : ce qui nous fait L'oublier c'est l'existence de nous-mêmes, de notre égo. Rien d'autre ne nous Le voile que le fait de nous occuper, non de l'existence comme telle, mais de nos désirs. Si nous pouvions oublier notre propre existence, nous trouverions Celui qui est l'origine de toute existence, et nous verrions en même temps que nous n'existons pas du tout. Comme pouvez vous concevoir que l'homme puisse perdre la conscience du monde sans perdre celle de son égo? Cela ne se produira jamais.
Ne nourris pas tout ce qui naît dans ton cœur, mais rejette-le loin de toi et ne te soucie pas de l’élever en oubliant ton Seigneur comme le font la plupart des gens, de sorte qu’ils divaguent et errent et se perdent dans un mirage. S’ils comprenaient, ils diraient : quelle chose étrange que le cœur ! En un instant il enfante des fils innombrables, les uns légitimes, les autres illégitimes et d’autres encore dont on ne sait comment ils sont.
Comment donc quelqu’un qui s’occupe a nourrir tous ces fils pourrait-il être disponible pour son Seigneur ? Quelle pitié que ce fils d’Adam ! Il efface le cosmos jusqu’à ce qu’il n’en reste plus de trace. Le Cosmos l’effacera à son tour jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace, sinon un peu d’odeur s’évanouissant en un bref laps de temps.
S’abstenir des choses, c’est surestimer leur puissance et cela vient du voile qui vous cache Dieu; car si vous Le contempliez dans les choses, ou avant, ou après les choses, elles ne vous Le cacheraient pas. Si vous pouviez voir leur existence comme émanant de Lui, leur existence ne vous Le cacherait pas. La seule chose qui s’interpose entre vous et Celui que vous adorez, c’est la joie pour ce que vous possédez et le regret pour ce que vous ne possédez pas.
Occupez-vous donc (que Dieu vous soit miséricordieux) de ce qui tue votre égo et vivifie votre cœur.
La racine de toutes les vertus en tant que vertu c'est que le cœur soit vide de tout amour du monde, de même que la racine de tous vices en tant que vice est l'amour du monde remplissant le cœur.
Quiconque se contente en échange de qui ou de quoi que ce soit d'autre que Toi, périt.
Quiconque tend vers ce qui est loin de Toi se perd.
Toute chose que tu quittes peut être remplacée
Mais il n'y a pas pour Dieu, si tu Le quittes, de remplaçant.
Je dis également à un certain frère : ne frappe ni juif, ni chrétien, ni musulman, mais frappe ta propre âme (nafs) et ne cesse pas de la frapper jusqu'à ce qu'elle meure...et ne mentionnez les gens qu'en bien car "n'a pas de gratitude envers Dieu qui n'a pas de gratitude envers les hommes" comme dit le Prophète.
Notre maître (que Dieu soit satisfait de lui) disait : Quand ton cœur se vide des êtres, il se remplit de l'Etre et, dès lors, l'amour naît entre toi et les autres. Si tu agis purement avec ton Créateur, toutes les créatures te manifesteront leur bienveillance.
Il n'y a pas de réalité (Mawjûd) hors Dieu, Exalté soit-Il :

- Toute chose est périssable sauf Sa face (Coran 28, 88)


- Tout ce qui est sur terre est évanescent; seule subsiste la face de ton Seigneur, essence de majesté et de générosité (Coran 55, 26-27)

- Tel est Dieu, votre Seigneur, et que reste-t-il après la vérité sinon l'erreur ? (Coran 10, 32)

- Il en est ainsi parce que Dieu est la Vérité et ce qu'ils invoquent en dehors de Lui est vanité (Coran 22, 62)

- Dis : la Vérité est venue et la vanité a disparu, certes la vanité est vouée à disparaître (Coran 17, 81)

- Dis : Allah, puis laisse-les s'amuser à leur vain bavardage (Coran 6, 91).
Un jour que j'Un jour que j'étais plongé dans une extrême ivresse spirituelle, et en même temps dans une extrême sobriété... j'entendis soudain cette parole jaillir du tréfonds de mon essence : "Incite-les au souvenir, car le souvenir profite aux croyants !"
Un de nos frères se plaignit chez nous d'un oppresseur qui le persécutait. Nous lui répondîmes : " Si tu désires tuer celui qui t'opprime, alors tue ton ego (nafs), car en le tuant, tu tueras tous les oppresseurs.
L'invocation ne consiste pas à dire toujours Allah, Allah, à prier et à jeûner et au moment où un malheur frappe que l'homme cherche à droite et à gauche des remèdes et qu'il désespère de ne pas en trouver. Chez ceux qui ont réalisé la Vérité, l'invocation exige que l'invoquant se conforme rigoureusement aux lois prescrites dont la plus importante est l'abandon de ce qui ne le concerne pas.


Source: http://al.alawi.1934.free.fr/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=14
 

jeudi 10 février 2011

Une hikam de sidi Ibn Ata'Allah al Iskandari (ra)

Une hikam de sidi Ibn Ata'Allah al Iskandari (ra)

" Que le délai mis à t’accorder ce que tu as demandé par des prières insistantes ne cause pas ton désespoir : l’exaucement de tes prières t’es garanti pour les choses qu’Il a choisi de t’accorder, et non pas pour celles que tu as choisies pour toi même; et elles te seront accordées au moment où Il le veut, et non pas au moment que tu souhaites. "

jeudi 3 février 2011

Prions pour nos frères et soeurs en Egypte et ailleurs

Les images hier soir des évènements sur la place Tahrir sont vraiment choquantes; pour nombre d'entre-nous l'Egypte est une pays qui nous est cher, certains le connaissent bien et y ont même des amis.

C'est une ville qui compte tant de saints et de saintes y compris des membres prestigieux de la famille du Prophete . La ville où se trouve Al Azhar, autorité sunnite du monde musulman; la liste serait trop longue à citer .


Wa salam

mardi 1 février 2011

Sur l'excellence de « lâ ilâha illâ Allàh » par Shaykh Ibn Atà Allàh (ra)

Sur l'excellence de « lâ ilâha illâ Allàh »
par Shaykh Ibn Atà Allàh



Il a été rapporté que le Prophète (s.a.s.) a dit : « La meilleure mention (dìkr) est lâ ilâha illâ Allàh et la meilleure supplique est al-hamdu li-Llâh » .

Selon Ibn ‘Umar -que Dieu soit satisfait d'eux ! - il dit : « Pour les gens du lâ ilâha illâ Allàh il n'y a aucune solitude, que ce soit à la mort ou à la Résurrection. C'est comme si je regardais les gens du lâ ilâha illâ Allàh au moment du grand Cri secouer la terre de leurs cheveux en disant : « Gloire à Dieu qui a éloigné de nous l'affliction ! » .

Lorsqu'al-Ma-mûn quitta Merv en direction de l'Iraq, il passa par Nîsapûr. A son avant-garde il y avait cAlî Ibn Mûsâ ar-Ridâ. Un groupe de Saykh allèrent vers lui et di¬rent : « Nous te demandons, de par ta relation au Messager de Dieu (s.a.s.), de nous enseigner un hadìt qui nous sera bé¬néfique ». Il leur rapporta alors par l'autorité de son père et de ses ancêtres que le Prophète dit : « Dieu le très-Haut a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ma forteresse et celui qui en¬tre dans ma forteresse est protégé de mon châtiment ».

Ibn ‘Abbâs rapporte que le Prophète (|s.a.s.) dit : « Dieu ouvre les portes du Paradis et un héraut en dessous du Trône crie : « Ô Paradis et toutes les félicités que tu contiens : à qui appartenez-vous ? » Le Paradis et tout ce qu'il contient répond : « Nous appartenons aux gens du lâ ilâha illâ Allàh. Personne ne prend possession de nous si ce ne sont les gens du lâ ilâha illâ Allàh et nous sommes interdits à quiconque ne dit pas lâ ilâha illâ Allàh et qui ne croit pas à lâ ilâha illâ Allàh. Sur ce, le feu de l'enfer et tout le châtiment qui y est contenu dit : « Personne n'entre en moi sauf celui qui désavoue lâ ilâha illâ Allàh ; je re¬cherche seulement ceux qui nient lâ ilâha illâ Allàh. Je suis interdit à celui qui dit : lâ ilâha illâ Allàh. Je ne m'emplis que de ceux qui rejettent lâ ilâha illâ Allàh et mon courroux va seulement vers ceux qui désavouent lâ ilâha illâ Allàh ».

Le Prophète poursuivit :
La pitié et la miséricorde de Dieu viennent et ils disent : « Nous appartenons en vérité aux gens du lâ ilâha illâ Allàh ; nous venons en aide à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; nous aimons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; et nous honorons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Dieu dit : « J'ai autorisé le Paradis à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; J'ai interdit le Feu à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; Je pardonne tout péché à ceux qui disent lâ ilâha illà Allàh; Je ne dissimule ni ma pitié ni ma miséricorde de ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh.
Je n'ai crée le Paradis seulement pour ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Ainsi, ne mêlez aux gens du lâ ilâha illâ Allàh rien d'autre que ce qui en en conformité avec lâ ilâha illâ Allàh.

Le Prophète (s.a.s.) dit : « Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils attestent qu'il n'y a pas de dieu si ce n'est Dieu et que Muhammad est l'Envoyé de Dieu (...) » .

Section -

Les gnostiques, en commentant lâ ilâha illâ Allàh, ont abordé plusieurs aspects. L'un d'entre eux, Ibn ‘Abbâs, a dit : « lâ ilâha illâ Allàh signifie qu'il n'y a aucune source de bienfait, de souffrance, d'exaltation, d'avilissement, de don et de prévention sinon en Dieu ».

Un autre a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ce par quoi la grâce est escomptée, le châtiment est redouté, l'oppression reste hors de portée, la nourriture spirituelle est consommée, le commandement divin est révélé, le pardon est demandé - et quelle faveur n'est prohibée, si ce n'est celle de Dieu ? »

L'expression lâ ilâha illâ Allàh est signe de connais¬sance et affirmation de l'Unité avec la langue de la louange, attestant du Roi - Exalté soit-Il ! -. Lorsque le serviteur dit « lâ ilâha illâ Allàh », il affirme qu'il n'y a point de divinité octroyant les faveurs, possédant la grâce,le pouvoir, la permanence, la majesté, la splendeur, la force, le déplaisir et le contentement sinon Dieu, Seigneur des mondes, Créateur des premiers et des derniers et Juge au Jour du Jugement.

L'expression veut aussi dire : il n'y a aucun dieu du dé¬sir et aucun dieu de la crainte si ce n'est Dieu, Celui qui efface toute souffrance.

Similairement, l'expression lâ ilâha illâ Allàh contient douze lettres ; on peut donc y voir douze obliga¬tions religieuses, six ésotériques et six exotériques. Pour ce qui est des obligations exotériques, ce sont : la pureté rituelle, la prière, l'aumône, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque et la guerre sainte. Concernant les obligations ésotériques, elles incluent : la confiance en Dieu, s'en re¬mettre à Lui, la patience, le contentement, le détachement et le repentir.

Certains ont dit : « La sagesse de l'interrogation des deux Anges est le discrédit de celles-ci aux descendants d'Adam par ces mots : « Vas-Tu y désigner un qui mettra le désordre et répandre le sang (...)? Il répondit : En véri¬té, je sais ce que vous ne savez pas ! » .

A la mort du croyant, Dieu envoie deux Anges jusqu'à sa tombe qui lui demandent : « Qui est ton Seigneur et quelle est ta croyance ? Il répond : Mon Seigneur est Dieu et ma croyance est l'Islam ». Là-dessus, Dieu le très-Haut dit aux Anges : « Soyez témoin de ce que vous avez en¬tendu, car le plus petit nombre de témoins est de deux » .

Puis Dieu le très-Haut dit aux Anges :
« Voyez mon serviteur a qui j'ai pris esprit, biens et femme. D'autres ont pris ses biens, ont pris sa femme sous leur protection et je l'ai fait périr par les mains d'un autre. Puis les Anges l'interrogent dans les entrailles de la terre et il ne se souvient de rien à l'exception de Mon Unicité et de Ma Transcendance et ce, car « en vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! » .

De plus, dans cette optique, Dieu le très-Haut dit au tout début . « (...) Ne suis-je pas votre Seigneur ? Ils ré¬pondirent : « Mais si, nous en témoignons (...) » Dieu témoigne pour eux, car avant de venir en ce monde ils té¬moignèrent de Son Unité et les prophètes et les croyants furent témoins de cela. Lorsque quelqu'un meurt et qu'il est porté au tombeau, les deux Anges le questionnent au sujet de cette attestation de foi. Il témoigne alors à nou¬veau de cette Unicité et les Anges l'entendent. Lorsque ar¬rive le Jour de Jugement, Iblis vient et veut le prendre en disant : « Voici un de mes hommes : il me suivait jadis dans la désobéissance à Dieu ». Mais Dieu dit :
« Tu n'as aucun droit sur lui, car j'ai entendu sa décla¬ration de l'Unicité au commencement et à la fin, les Mes¬sagers l'ont entendu entre temps et les Anges l'ont enten¬du de lui à la fin. Comment donc peut-il donc être de tes hommes et comment peux-tu imaginer avoir un droit sur lui ? Qu'on l'emmène au Paradis ! »


Source:

(cfr :Ibn Atà Allàh- La clef de la réalisation spirituelle et l’illumination des àmes- ; Deuxième partie: sur l’explication des invocations, Section : sur l’excellence de là ilàha illà Allàh pag.174-179. Traduction par Riordan Macnamara, Ed.Albouraq) 

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