" Si la parole que tu vas dire n'est pas plus belle que le silence, ne la dis pas."
mercredi 23 février 2011
samedi 19 février 2011
Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ad-Darqâwi
Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ad-Darqâwi
Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ash-Sharîf ad-Darqâwi de la tribu des Béni Zarwal (Zeroual) 1737 - 1823 / 1149 h - 1239 h
Après avoir résidé à Fès auprès de son maître Sidi Ali al-Jamal qu’il rencontra en l'an 1768 / 1182 H, qui l’honora de son amour et de sa compagnie pendant deux années entières.
Le cheikh Moulay al-'Arbi ad-Darqâwi relate sa première rencontre avec Cheikh Ali al-Jamal, qu'Allah soit satisfait de lui, dans sa zawiya d'al-Remaila après une nuit d'appréhension : "Il était de mes habitudes que je n'entreprends aucune chose, soit-elle importante ou pas, que seulement après avoir consulté le Seigneur, selon la formule entendue du Prophète. C'est ce que je fis. Puis J'ai passé une nuit blanche à penser aux qualités du Cheikh éducateur, comment est-il ? Et ma rencontre avec lui sera-elle comment ?
Lorsque je suis allé le voir à sa zawiya à al-Remaila et en frappant à la porte je le vis balayer la zawiya, car il avait l'habitude de la nettoyer chaque jour avec sa main bénie malgré son âge avancé et son rang dans la société. Il me demanda : "que veux-tu ?" j'ai répondu : "je voudrai que vous me prenez par la main pour Dieu." il réagit très violement, me mettant dans la confusion en se dissimulant et me dit : "qui donc t'a dit que je prends par la main qui que ce soit, et pourquoi le ferais-je avec toi? Et qui m'a prit par la main pour que je prends la tienne ?" Et il me chassa. Tout cela pour mettre ma sincérité à l'épreuve, puis je m'en allais.
Non découragé par cette première rencontre, après avoir reconsulté Dieu la nuit suivante. Au matin, après la prière, je retournais voir le cheikh, je frappais à la porte, et comme la première fois, il balayait la zawiya. Il m'ouvrit, et je lui dis : "Prend moi par la main pour Dieu !" Il prit ma main et dit : "sois le bienvenu !" Alors il me fit entrer dans sa demeure à l'intérieur de sa zawiya et me manifesta une grande joie et fut très heureux de ma présence. "Ô mon seigneur, lui dis-je, depuis combien de temps ai-je cherché un maitre spirituel.", "et moi, me répondit-il, je cherchais un disciple sincère !"
Il m'inculqua les litanies et me demanda de venir le voir sans aucune hésitation. J'allais le voir tous les jours, et m'enseignait avec certains frères de Fès (puisse Dieu la garder de tout malheur) ".
Après cela, il partit fonder à « Babrih », à Béni Zarwal (Zeroual) dont il était originaire, la première zawiyya de ce qui allait devenir un nouvel ordre soufi important, celui des Darqawa. Il continua à rendre visite à son maître deux ou trois fois par an. Peut être plus. Chaque fois qu’il le visitait, il restait en sa compagnie pendant un certain temps pour apprendre de lui.
Moulay al-Arabi Ibn Ahmad le Chérif Darqawi nous raconte son cheminement avec son maître dans ces thermes: " J'ai reçu le wird de lui, et c'était :
« Je demande Le pardon d'Allah », cent fois.
« Oh Allah, salue et bénis Sidna Mohammed, le Prophète illettré, sa famille ainsi que ses compagnons », cent fois.
« la ilaha illa llah », mille fois, avec à la fin de chaque centaine : "Sidna Mohammed est le Messager d'Allah, qu'Allah le salue et le bénisse".
Je le pratiquais après la prière de l'aube et après celle du coucher du soleil. Quand je le pris de lui, il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des gens du « Dhahir » (apparent), les maîtres victorieux.".
Puis il m'apprit le nom de majesté: Allah, à réciter sans limitation spécifique, et il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des Gens du « Batin » (caché), les enfants du fils de Abdullah, les gens cachés « Ahl-al-Makhfia », dans la ville de Fès. Quand il eut fini, il me dit : "Va et viens" c'est-à-dire viens me voir quand tu veux. Je fis cela tous les jours. Nous nous rassemblions et pratiquions le dhikr avec quelques-uns des frères parmi les gens de Fès.
La nuit du jour où j'ai rencontré le Sheikh, où il m'a donné le wird et m'a enseigné le nom de majesté, Allah, j'ai vu l'Imam, Mawlana 'Ali, au mausolée de Mawlana Idris Ibn Idris. Je l'ai pris par sa main bénie et me rendis à la Madrasa Misbahiya avec l'intention de l'honorer. Quand j'ai atteint le quartier ash-Shama'in, je me suis réveillé de mon sommeil. J'ai raconté au Sheikh mon rêve et il me dit : "Réjouis-toi de tant de bien! Tu fais partie des soufis." J'ai alors dit : "l'Imam 'Ali est leur imam. Il est le plus grand parmi eux et il est leur Qutb (pôle)."
Quelques jours après cela, l'état de resserrement m'a pris, jusqu'à la limite de l'oppression, au point de me priver, presque, de l'Islam. Quant à la qualité de l'élite, il m'en a privé et m'a rejeté loin d'elle. J'ai été oppressé et avais besoin de mon Seigneur. Je suis allé au Mausolée du Sheikh Abu ash-Shita al-Khammar. J'y ai passé la nuit à réciter le Coran, mais sans le cœur, seulement avec la langue. Quant au cœur, je n'en avais que le nom. J'ai lu le Coran du début à la fin et demandé à Allah d'avoir un effet manifeste, car j'étais dans un état de très grand besoin et d'extrême pauvreté, et de me guérir de ce qui m'affligeait. Après avoir fini, je me suis endormi. Alors j'ai rêvé que je récitais la sourate al-Qassas, de manière très lente et à haute voix, avec un homme illettré qui ne savait pas lire son nom écrit sur une tablette. Quand je me suis réveillé dans le mausolée, j'ai regardé autour de moi pour vérifier s'il y avait quelque chose à voir. J'ai trouvé et j'étais très heureux, car il est dit : " Réciter la sourate al-Qassas dans le rêve veut dire l'obtention du savoir, de la compréhension et de la correction parmi les gens." Par la suite ceci s'est réalisé par la faveur d'Allah.
Je restais avec lui dans cet état de dhikr jusqu'à sa mort en 1193 de l’hégire qui correspond à 1779, et étais très content avec lui! Son dhikr m'a profité, et je reconnaissais, parmi les gens, ceux qui étaient dans un état de souvenir « dhikr » et ceux qui étaient dans un état d'insouciance. Personne ne me trompait par sa science ou par ses actions, car certains pratiquent beaucoup les actes d'adorations « 'ibada » alors qu'ils sont dans l'insouciance, en dépit de leurs « 'ibada ». Certains ont pratiquent peu actes d'adorations « 'ibada » mais font du « Dhikr ». Malgré leur minimes actes d'adorations « 'ibada » et de science, et agissent par ce qu'ils savent, Allah leur donne une science qu'ils ignoraient jusqu'alors. C'est ainsi que cela a été transmis. Ils sont meilleurs que les autres parce que le but c'est ce qu'ils ont, et que n'ont pas bon nombre de ceux qui savent et n'agissent pas conformément à leur science.
Quand j'ai constaté l'excellence de l'enseignement, de son influx spirituel et son bien, je me suis passionné. Par Allah, depuis ce moment, je me suis mis en compagnie de gens qui partageaient mon amour spirituel. Allah les a fortifiés et les a annihilés à eux-mêmes, car celui qui n'est pas annihilé en Lui, en vérité, il ne L'aime pas passionnément. Ainsi le dit l'imam des amoureux passionnés, le Sheykh Abu Hafs 'Omar Ibn al-Farid dans son poème :
Tu ne M'aimes pas
Tant que tu n'es pas annihilé en Moi
Tu n'es pas annihilé
Tant que Ma forme ne s'est pas manifestée en toi.
Il ne parlait pas par lui-même. Il parlait par son Seigneur. Quant à lui, il est parti avec ceux qui sont partis et a gagné avec ceux qui ont gagné. Les soufis ont parlé de l'extinction, et en ont dit beaucoup de choses. En ce qui me concerne, les plus pertinentes, sont les paroles du Sheikh Abu Saïd Ibn al-Arabi. Quand on le questionna sur l'extinction, il dit : "L'extinction est cette immensité, cette majesté qui apparaît sur le serviteur et lui fait oublier ce monde et le prochain, les états, les degrés, les stations et le dhikr. Cela l'annihile à tout, à sa raison, à lui-même, à son extinction aux choses et à son extinction, car il est noyé dans les océans de l'immensité." Le Sheikh Abu al-Mawahib at-Tunusi a dit : "L'extinction est effacement, disparition, se quitter soi-même, annihilation." On ne vient à Allah que par l'une de deux portes, par la porte de la grande extinction, qui est la mort naturelle ou par la porte de l'extinction, qui est le but de cette voie, la Shadhiliyya. C'est comme a dit le Sheikh Abu al-Abbas al-Mursi : "Je dis : Oh Allah! Ouvre notre vision intérieure, illumine notre for intérieur, annihile-nous à nous-mêmes et fais-nous aller par toi et non par nous-mêmes :
Quand nous sommes par Lui,
Nous nous glorifions auprès des hommes libres et des esclaves.
Quand nous sommes par nous-mêmes
Notre abaissement est l'abaissement des juifs.
Il est dit dans les Hikam d'Ibn Ata-Allah :
« S'Il t'abandonne à toi-même, tes actes blâmables seront infinis. S'Il manifeste Sa générosité en toi, tes actes louables ne cesseront pas ».
A cette époque, mon maître Ali al-Jamal m'ordonna d'attacher les significations spirituelles qui m'étaient inspirées. Il me dit : « Chaque fois qu'une signification te vient, hâte-toi de l'attacher, sinon, elle s'échappera et s'en ira. La première fois qu'elle vient, elle est aussi grande qu'une montagne. Si tu te dépêches de l'attacher, tu la saisis comme elle est venue à toi. Si tu es lent, elle revient à toi comme un chameau. Si tu es lent, elle revient comme un moineau. Si tu es lent, elle te quitte et s'en va. Tu dois l'attacher avec tes sens pour qu'elle reste avec toi, car elle est comme une brebis. Si tu l'attaches avec une corde, elle reste à toi. Sinon, elle ne reste pas. Si elle reste à toi, elle reviendra encore et encore. C'est ainsi. De cette manière, toi et d'autres voyagez. Si tu ne le fais pas, il n'y a pas de voyage. C'est comme un nageur qui pousse sa main droite à travers l'eau, puis la gauche et voyage sans s'arrêter, au contraire de celui qui ne passe pas ses mains à travers l'eau et ne bouge pas. Il ne voyage pas ».
J'attachais les enseignements qui me venaient, mais pas toujours. Je le faisais seulement quelquefois. Si je les avais toujours attachés, j'en aurais eu plus, mais nous n'aimons pas parler beaucoup, car cela n'a que peu de bénéfice pour les gens. Une petite quantité d'enseignement est suffisante si l'intention et l'attention sont présentes. Sinon, il n'y a pas de bénéfice.
Maintenant, je veux rassembler ce qu'Allah voudra des significations que j'ai attachées pour que ceux qui partagent mon amour spirituel puissent en bénéficier durant ma vie et après ma mort. J'ai aussi été poussé à les rassembler, car il y a de la baraka et de la faveur à les joindre à d'autres et parce que la réunion est source de baraka et de faveur.
Notre tarîqa est manifeste et célèbre pour ceux qui nous aiment. Le but est de nous imiter. Il y a des gens qui se réjouissent quand ils en entendent parler.
Apporter de la joie aux croyants à un mérite immense. Peut-être que les gens de science, qui dénigrent notre voie, y trouveront un bijou précieux de savoir. Si cela arrive entre leurs mains, ils quitteront l'état de rejet pour l'état de confirmation, et reviendront de l'état de l'oubli à l'état de souvenir « dhikr ». Alors nous aurons été à l'origine de la compassion dans leur cœur, et Allah est miséricordieux pour les compatissants. Si Allah le veut, il ne manque pas de joyaux de savoir par la baraka des gens de la tarîqa.
J'ai fait un rêve lorsque j'étais à Fès, en 1210. Un roi m'avait donné un papier. Je l'ai ouvert et y ai trouvé beaucoup de joyaux. Le roi que j'ai vu était le maître des habitants de l'Occident (Maghreb) et celui d'autres gens, Mawlana Idris Ibn Mawlana Idris Ibn Mawlana 'Abdallah al-Kamil Ibn Mawlana al-Hasan al-Muthanna Ibn al-Hasan as-Sibt, fils du plus grand Imam, Mawlana 'Ali Ibn Abi Talib. J'ai compris, quand je l'ai interprété, que le roi était Allah, le Puissant, le Majestueux, et que les joyaux étaient ceux de la connaissance.
Cet enseignement est abondant. Je ne l'ai pas destiné à l'un de ceux qui partagent mon amour spirituel en particulier. Quelquefois, je l'ai dispensé à l'un d'entre eux, d'autres fois à plusieurs et parfois à tous. Je l'ai rassemblé seulement parce que son excellence, son secret, son bien et son mérite me sont apparus. L'homme de raison doit écrire uniquement ce que la raison des gens peut accepter. Autrement il ne doit rien écrire, car le Messager d'Allah a dit : "Parlez aux gens selon leur degré de compréhension". Il devrait aussi écrire seulement ce que son ego ne va pas lui disputer afin que ses opposants parmi les gens ne le lui disputent pas. Ce que son ego accepte, sera accepté par ses congénères. Ce qu'il n'accepte pas, ils ne l'accepteront pas. Il est évident que les paroles des grands, comme al-Junayd, al-Ghazali, ash-Shadhili, Ibn al-Arabi et leurs semblables, furent rejetées et réfutées par ceux qui n'avaient pas atteint leur station ; elles furent comprises seulement par ceux qui l'avaient obtenue. Seul accepte leurs paroles celui qui est dans leur domaine et qui est l'un des leurs. Quant aux autres ils ne peuvent qu'argumenter juridiquement et les accuser de mensonge, d'ignorance, de déviation, de stupidité, d'hérésie et de mécréance. Nous cherchons refuge auprès d'Allah pour ne pas nous trouver dans une telle situation, car cela n'arrive qu'à celui dont la lumière intérieure est éteinte et dont le for intérieur est sombre....", (fin de citation).
Pas plus que ses prédécesseurs, Moulay al-Arabi ad-Darqawi ne se posait en novateur. Sa seule ambition était de restaurer le Shadhilisme dans sa pureté ancienne, de rappeler à ses disciples que toute vie mystique commence par le respect de la loi religieuse « Shari’a » et de ses prescriptions et par la lutte contre les passions et les habitudes de l’âme, et de les exhorter à la pratique constante du Dhikr et de toutes les convenances et politesses (Adâb) qui favorisent la réalisation de l’état de pauvreté spirituellement parlant (al-Faqr) et le rapprochement avec Dieu.
Avec l’aide de son Moqadem et bras droit Muhammad Ibn Ahmad al-Bûzîdî al-Hanafi as-Samlali al-Ghumari mort en 1814 / 1229 H (et qu’il ne faut par confondre avec sidi Mohamed Ben al-Habib al-Bûzîdî de Mostaganem mort en 1909 / 1327 H), Moulay al-Arabi ad-Darqawi forma une pléiade de maîtres dont les plus connus sont Ahmed Ibn Ajiba mort en 1262 de l’hégire qui correspond à 1804, Mohamed al-Harraq mort en 1844 / 1261 H à à Tétouan, Ahmad al-Badawi al-Fassi mort en 1858 / 1275, Abu Abdullah Abu Ya'za (Abu 'Azza) at-Tilimsani Al-Mahâji mort le vendredi 14 Septembre 1860 / 28 Safar 1277 H, Tayeb al-Majouti et Ahmad Ibn Abdul-Moumin.
Moulay al-Arabi Ibn Ahmad ad-Darqawi mourut en 1823 / 1239 H, qu'Allah Soit satisfait de lui.
Parmi ses sagesses:
L’un de nos frères me dit : – Je ne suis rien. Je lui répondis : – Ne dis pas : je ne suis rien. Et ne dis pas non plus : je suis quelque chose. Ne dis pas : il me faut telle chose, et ne dis pas non plus : il ne me faut aucune chose. Mais dis : Allah ! Et tu verras merveille.
Un autre frUn autre frère me demanda : "Comment guérir l'âme (an-nafs)"? ; Je lui répondis : "oublie-la et n'y pense guère; car ne se souvient pas de Dieu qui n'oublie pas son âme (ou qui ne s'oublie pas lui-même). Vous ne pouvez pas concevoir que ce n'est pas l'existence du monde qui nous fait oublier notre Seigneur : ce qui nous fait L'oublier c'est l'existence de nous-mêmes, de notre égo. Rien d'autre ne nous Le voile que le fait de nous occuper, non de l'existence comme telle, mais de nos désirs. Si nous pouvions oublier notre propre existence, nous trouverions Celui qui est l'origine de toute existence, et nous verrions en même temps que nous n'existons pas du tout. Comme pouvez vous concevoir que l'homme puisse perdre la conscience du monde sans perdre celle de son égo? Cela ne se produira jamais.
Ne nourris pas tout ce qui naît dans ton cœur, mais rejette-le loin de toi et ne te soucie pas de l’élever en oubliant ton Seigneur comme le font la plupart des gens, de sorte qu’ils divaguent et errent et se perdent dans un mirage. S’ils comprenaient, ils diraient : quelle chose étrange que le cœur ! En un instant il enfante des fils innombrables, les uns légitimes, les autres illégitimes et d’autres encore dont on ne sait comment ils sont.
Comment donc quelqu’un qui s’occupe a nourrir tous ces fils pourrait-il être disponible pour son Seigneur ? Quelle pitié que ce fils d’Adam ! Il efface le cosmos jusqu’à ce qu’il n’en reste plus de trace. Le Cosmos l’effacera à son tour jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace, sinon un peu d’odeur s’évanouissant en un bref laps de temps.
S’abstenir des choses, c’est surestimer leur puissance et cela vient du voile qui vous cache Dieu; car si vous Le contempliez dans les choses, ou avant, ou après les choses, elles ne vous Le cacheraient pas. Si vous pouviez voir leur existence comme émanant de Lui, leur existence ne vous Le cacherait pas. La seule chose qui s’interpose entre vous et Celui que vous adorez, c’est la joie pour ce que vous possédez et le regret pour ce que vous ne possédez pas.
Occupez-vous donc (que Dieu vous soit miséricordieux) de ce qui tue votre égo et vivifie votre cœur.
La racine de toutes les vertus en tant que vertu c'est que le cœur soit vide de tout amour du monde, de même que la racine de tous vices en tant que vice est l'amour du monde remplissant le cœur.
Quiconque se contente en échange de qui ou de quoi que ce soit d'autre que Toi, périt.
Quiconque tend vers ce qui est loin de Toi se perd.
Toute chose que tu quittes peut être remplacée
Mais il n'y a pas pour Dieu, si tu Le quittes, de remplaçant.
Je dis également à un certain frère : ne frappe ni juif, ni chrétien, ni musulman, mais frappe ta propre âme (nafs) et ne cesse pas de la frapper jusqu'à ce qu'elle meure...et ne mentionnez les gens qu'en bien car "n'a pas de gratitude envers Dieu qui n'a pas de gratitude envers les hommes" comme dit le Prophète.
Notre maître (que Dieu soit satisfait de lui) disait : Quand ton cœur se vide des êtres, il se remplit de l'Etre et, dès lors, l'amour naît entre toi et les autres. Si tu agis purement avec ton Créateur, toutes les créatures te manifesteront leur bienveillance.
Il n'y a pas de réalité (Mawjûd) hors Dieu, Exalté soit-Il :
- Toute chose est périssable sauf Sa face (Coran 28, 88)
- Tout ce qui est sur terre est évanescent; seule subsiste la face de ton Seigneur, essence de majesté et de générosité (Coran 55, 26-27)
- Tel est Dieu, votre Seigneur, et que reste-t-il après la vérité sinon l'erreur ? (Coran 10, 32)
- Il en est ainsi parce que Dieu est la Vérité et ce qu'ils invoquent en dehors de Lui est vanité (Coran 22, 62)
- Dis : la Vérité est venue et la vanité a disparu, certes la vanité est vouée à disparaître (Coran 17, 81)
- Dis : Allah, puis laisse-les s'amuser à leur vain bavardage (Coran 6, 91).
Un jour que j'Un jour que j'étais plongé dans une extrême ivresse spirituelle, et en même temps dans une extrême sobriété... j'entendis soudain cette parole jaillir du tréfonds de mon essence : "Incite-les au souvenir, car le souvenir profite aux croyants !"
Un de nos frères se plaignit chez nous d'un oppresseur qui le persécutait. Nous lui répondîmes : " Si tu désires tuer celui qui t'opprime, alors tue ton ego (nafs), car en le tuant, tu tueras tous les oppresseurs.
L'invocation ne consiste pas à dire toujours Allah, Allah, à prier et à jeûner et au moment où un malheur frappe que l'homme cherche à droite et à gauche des remèdes et qu'il désespère de ne pas en trouver. Chez ceux qui ont réalisé la Vérité, l'invocation exige que l'invoquant se conforme rigoureusement aux lois prescrites dont la plus importante est l'abandon de ce qui ne le concerne pas.
Source: http://al.alawi.1934.free.fr/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=14
Moulay al-'Arabi Ben Ahmad ash-Sharîf ad-Darqâwi de la tribu des Béni Zarwal (Zeroual) 1737 - 1823 / 1149 h - 1239 h
Après avoir résidé à Fès auprès de son maître Sidi Ali al-Jamal qu’il rencontra en l'an 1768 / 1182 H, qui l’honora de son amour et de sa compagnie pendant deux années entières.
Le cheikh Moulay al-'Arbi ad-Darqâwi relate sa première rencontre avec Cheikh Ali al-Jamal, qu'Allah soit satisfait de lui, dans sa zawiya d'al-Remaila après une nuit d'appréhension : "Il était de mes habitudes que je n'entreprends aucune chose, soit-elle importante ou pas, que seulement après avoir consulté le Seigneur, selon la formule entendue du Prophète. C'est ce que je fis. Puis J'ai passé une nuit blanche à penser aux qualités du Cheikh éducateur, comment est-il ? Et ma rencontre avec lui sera-elle comment ?
Lorsque je suis allé le voir à sa zawiya à al-Remaila et en frappant à la porte je le vis balayer la zawiya, car il avait l'habitude de la nettoyer chaque jour avec sa main bénie malgré son âge avancé et son rang dans la société. Il me demanda : "que veux-tu ?" j'ai répondu : "je voudrai que vous me prenez par la main pour Dieu." il réagit très violement, me mettant dans la confusion en se dissimulant et me dit : "qui donc t'a dit que je prends par la main qui que ce soit, et pourquoi le ferais-je avec toi? Et qui m'a prit par la main pour que je prends la tienne ?" Et il me chassa. Tout cela pour mettre ma sincérité à l'épreuve, puis je m'en allais.
Non découragé par cette première rencontre, après avoir reconsulté Dieu la nuit suivante. Au matin, après la prière, je retournais voir le cheikh, je frappais à la porte, et comme la première fois, il balayait la zawiya. Il m'ouvrit, et je lui dis : "Prend moi par la main pour Dieu !" Il prit ma main et dit : "sois le bienvenu !" Alors il me fit entrer dans sa demeure à l'intérieur de sa zawiya et me manifesta une grande joie et fut très heureux de ma présence. "Ô mon seigneur, lui dis-je, depuis combien de temps ai-je cherché un maitre spirituel.", "et moi, me répondit-il, je cherchais un disciple sincère !"
Il m'inculqua les litanies et me demanda de venir le voir sans aucune hésitation. J'allais le voir tous les jours, et m'enseignait avec certains frères de Fès (puisse Dieu la garder de tout malheur) ".
Après cela, il partit fonder à « Babrih », à Béni Zarwal (Zeroual) dont il était originaire, la première zawiyya de ce qui allait devenir un nouvel ordre soufi important, celui des Darqawa. Il continua à rendre visite à son maître deux ou trois fois par an. Peut être plus. Chaque fois qu’il le visitait, il restait en sa compagnie pendant un certain temps pour apprendre de lui.
Moulay al-Arabi Ibn Ahmad le Chérif Darqawi nous raconte son cheminement avec son maître dans ces thermes: " J'ai reçu le wird de lui, et c'était :
« Je demande Le pardon d'Allah », cent fois.
« Oh Allah, salue et bénis Sidna Mohammed, le Prophète illettré, sa famille ainsi que ses compagnons », cent fois.
« la ilaha illa llah », mille fois, avec à la fin de chaque centaine : "Sidna Mohammed est le Messager d'Allah, qu'Allah le salue et le bénisse".
Je le pratiquais après la prière de l'aube et après celle du coucher du soleil. Quand je le pris de lui, il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des gens du « Dhahir » (apparent), les maîtres victorieux.".
Puis il m'apprit le nom de majesté: Allah, à réciter sans limitation spécifique, et il me dit : "Pour nous, cela fait partie de la voie des Gens du « Batin » (caché), les enfants du fils de Abdullah, les gens cachés « Ahl-al-Makhfia », dans la ville de Fès. Quand il eut fini, il me dit : "Va et viens" c'est-à-dire viens me voir quand tu veux. Je fis cela tous les jours. Nous nous rassemblions et pratiquions le dhikr avec quelques-uns des frères parmi les gens de Fès.
La nuit du jour où j'ai rencontré le Sheikh, où il m'a donné le wird et m'a enseigné le nom de majesté, Allah, j'ai vu l'Imam, Mawlana 'Ali, au mausolée de Mawlana Idris Ibn Idris. Je l'ai pris par sa main bénie et me rendis à la Madrasa Misbahiya avec l'intention de l'honorer. Quand j'ai atteint le quartier ash-Shama'in, je me suis réveillé de mon sommeil. J'ai raconté au Sheikh mon rêve et il me dit : "Réjouis-toi de tant de bien! Tu fais partie des soufis." J'ai alors dit : "l'Imam 'Ali est leur imam. Il est le plus grand parmi eux et il est leur Qutb (pôle)."
Quelques jours après cela, l'état de resserrement m'a pris, jusqu'à la limite de l'oppression, au point de me priver, presque, de l'Islam. Quant à la qualité de l'élite, il m'en a privé et m'a rejeté loin d'elle. J'ai été oppressé et avais besoin de mon Seigneur. Je suis allé au Mausolée du Sheikh Abu ash-Shita al-Khammar. J'y ai passé la nuit à réciter le Coran, mais sans le cœur, seulement avec la langue. Quant au cœur, je n'en avais que le nom. J'ai lu le Coran du début à la fin et demandé à Allah d'avoir un effet manifeste, car j'étais dans un état de très grand besoin et d'extrême pauvreté, et de me guérir de ce qui m'affligeait. Après avoir fini, je me suis endormi. Alors j'ai rêvé que je récitais la sourate al-Qassas, de manière très lente et à haute voix, avec un homme illettré qui ne savait pas lire son nom écrit sur une tablette. Quand je me suis réveillé dans le mausolée, j'ai regardé autour de moi pour vérifier s'il y avait quelque chose à voir. J'ai trouvé et j'étais très heureux, car il est dit : " Réciter la sourate al-Qassas dans le rêve veut dire l'obtention du savoir, de la compréhension et de la correction parmi les gens." Par la suite ceci s'est réalisé par la faveur d'Allah.
Je restais avec lui dans cet état de dhikr jusqu'à sa mort en 1193 de l’hégire qui correspond à 1779, et étais très content avec lui! Son dhikr m'a profité, et je reconnaissais, parmi les gens, ceux qui étaient dans un état de souvenir « dhikr » et ceux qui étaient dans un état d'insouciance. Personne ne me trompait par sa science ou par ses actions, car certains pratiquent beaucoup les actes d'adorations « 'ibada » alors qu'ils sont dans l'insouciance, en dépit de leurs « 'ibada ». Certains ont pratiquent peu actes d'adorations « 'ibada » mais font du « Dhikr ». Malgré leur minimes actes d'adorations « 'ibada » et de science, et agissent par ce qu'ils savent, Allah leur donne une science qu'ils ignoraient jusqu'alors. C'est ainsi que cela a été transmis. Ils sont meilleurs que les autres parce que le but c'est ce qu'ils ont, et que n'ont pas bon nombre de ceux qui savent et n'agissent pas conformément à leur science.
Quand j'ai constaté l'excellence de l'enseignement, de son influx spirituel et son bien, je me suis passionné. Par Allah, depuis ce moment, je me suis mis en compagnie de gens qui partageaient mon amour spirituel. Allah les a fortifiés et les a annihilés à eux-mêmes, car celui qui n'est pas annihilé en Lui, en vérité, il ne L'aime pas passionnément. Ainsi le dit l'imam des amoureux passionnés, le Sheykh Abu Hafs 'Omar Ibn al-Farid dans son poème :
Tu ne M'aimes pas
Tant que tu n'es pas annihilé en Moi
Tu n'es pas annihilé
Tant que Ma forme ne s'est pas manifestée en toi.
Il ne parlait pas par lui-même. Il parlait par son Seigneur. Quant à lui, il est parti avec ceux qui sont partis et a gagné avec ceux qui ont gagné. Les soufis ont parlé de l'extinction, et en ont dit beaucoup de choses. En ce qui me concerne, les plus pertinentes, sont les paroles du Sheikh Abu Saïd Ibn al-Arabi. Quand on le questionna sur l'extinction, il dit : "L'extinction est cette immensité, cette majesté qui apparaît sur le serviteur et lui fait oublier ce monde et le prochain, les états, les degrés, les stations et le dhikr. Cela l'annihile à tout, à sa raison, à lui-même, à son extinction aux choses et à son extinction, car il est noyé dans les océans de l'immensité." Le Sheikh Abu al-Mawahib at-Tunusi a dit : "L'extinction est effacement, disparition, se quitter soi-même, annihilation." On ne vient à Allah que par l'une de deux portes, par la porte de la grande extinction, qui est la mort naturelle ou par la porte de l'extinction, qui est le but de cette voie, la Shadhiliyya. C'est comme a dit le Sheikh Abu al-Abbas al-Mursi : "Je dis : Oh Allah! Ouvre notre vision intérieure, illumine notre for intérieur, annihile-nous à nous-mêmes et fais-nous aller par toi et non par nous-mêmes :
Quand nous sommes par Lui,
Nous nous glorifions auprès des hommes libres et des esclaves.
Quand nous sommes par nous-mêmes
Notre abaissement est l'abaissement des juifs.
Il est dit dans les Hikam d'Ibn Ata-Allah :
« S'Il t'abandonne à toi-même, tes actes blâmables seront infinis. S'Il manifeste Sa générosité en toi, tes actes louables ne cesseront pas ».
A cette époque, mon maître Ali al-Jamal m'ordonna d'attacher les significations spirituelles qui m'étaient inspirées. Il me dit : « Chaque fois qu'une signification te vient, hâte-toi de l'attacher, sinon, elle s'échappera et s'en ira. La première fois qu'elle vient, elle est aussi grande qu'une montagne. Si tu te dépêches de l'attacher, tu la saisis comme elle est venue à toi. Si tu es lent, elle revient à toi comme un chameau. Si tu es lent, elle revient comme un moineau. Si tu es lent, elle te quitte et s'en va. Tu dois l'attacher avec tes sens pour qu'elle reste avec toi, car elle est comme une brebis. Si tu l'attaches avec une corde, elle reste à toi. Sinon, elle ne reste pas. Si elle reste à toi, elle reviendra encore et encore. C'est ainsi. De cette manière, toi et d'autres voyagez. Si tu ne le fais pas, il n'y a pas de voyage. C'est comme un nageur qui pousse sa main droite à travers l'eau, puis la gauche et voyage sans s'arrêter, au contraire de celui qui ne passe pas ses mains à travers l'eau et ne bouge pas. Il ne voyage pas ».
J'attachais les enseignements qui me venaient, mais pas toujours. Je le faisais seulement quelquefois. Si je les avais toujours attachés, j'en aurais eu plus, mais nous n'aimons pas parler beaucoup, car cela n'a que peu de bénéfice pour les gens. Une petite quantité d'enseignement est suffisante si l'intention et l'attention sont présentes. Sinon, il n'y a pas de bénéfice.
Maintenant, je veux rassembler ce qu'Allah voudra des significations que j'ai attachées pour que ceux qui partagent mon amour spirituel puissent en bénéficier durant ma vie et après ma mort. J'ai aussi été poussé à les rassembler, car il y a de la baraka et de la faveur à les joindre à d'autres et parce que la réunion est source de baraka et de faveur.
Notre tarîqa est manifeste et célèbre pour ceux qui nous aiment. Le but est de nous imiter. Il y a des gens qui se réjouissent quand ils en entendent parler.
Apporter de la joie aux croyants à un mérite immense. Peut-être que les gens de science, qui dénigrent notre voie, y trouveront un bijou précieux de savoir. Si cela arrive entre leurs mains, ils quitteront l'état de rejet pour l'état de confirmation, et reviendront de l'état de l'oubli à l'état de souvenir « dhikr ». Alors nous aurons été à l'origine de la compassion dans leur cœur, et Allah est miséricordieux pour les compatissants. Si Allah le veut, il ne manque pas de joyaux de savoir par la baraka des gens de la tarîqa.
J'ai fait un rêve lorsque j'étais à Fès, en 1210. Un roi m'avait donné un papier. Je l'ai ouvert et y ai trouvé beaucoup de joyaux. Le roi que j'ai vu était le maître des habitants de l'Occident (Maghreb) et celui d'autres gens, Mawlana Idris Ibn Mawlana Idris Ibn Mawlana 'Abdallah al-Kamil Ibn Mawlana al-Hasan al-Muthanna Ibn al-Hasan as-Sibt, fils du plus grand Imam, Mawlana 'Ali Ibn Abi Talib. J'ai compris, quand je l'ai interprété, que le roi était Allah, le Puissant, le Majestueux, et que les joyaux étaient ceux de la connaissance.
Cet enseignement est abondant. Je ne l'ai pas destiné à l'un de ceux qui partagent mon amour spirituel en particulier. Quelquefois, je l'ai dispensé à l'un d'entre eux, d'autres fois à plusieurs et parfois à tous. Je l'ai rassemblé seulement parce que son excellence, son secret, son bien et son mérite me sont apparus. L'homme de raison doit écrire uniquement ce que la raison des gens peut accepter. Autrement il ne doit rien écrire, car le Messager d'Allah a dit : "Parlez aux gens selon leur degré de compréhension". Il devrait aussi écrire seulement ce que son ego ne va pas lui disputer afin que ses opposants parmi les gens ne le lui disputent pas. Ce que son ego accepte, sera accepté par ses congénères. Ce qu'il n'accepte pas, ils ne l'accepteront pas. Il est évident que les paroles des grands, comme al-Junayd, al-Ghazali, ash-Shadhili, Ibn al-Arabi et leurs semblables, furent rejetées et réfutées par ceux qui n'avaient pas atteint leur station ; elles furent comprises seulement par ceux qui l'avaient obtenue. Seul accepte leurs paroles celui qui est dans leur domaine et qui est l'un des leurs. Quant aux autres ils ne peuvent qu'argumenter juridiquement et les accuser de mensonge, d'ignorance, de déviation, de stupidité, d'hérésie et de mécréance. Nous cherchons refuge auprès d'Allah pour ne pas nous trouver dans une telle situation, car cela n'arrive qu'à celui dont la lumière intérieure est éteinte et dont le for intérieur est sombre....", (fin de citation).
Pas plus que ses prédécesseurs, Moulay al-Arabi ad-Darqawi ne se posait en novateur. Sa seule ambition était de restaurer le Shadhilisme dans sa pureté ancienne, de rappeler à ses disciples que toute vie mystique commence par le respect de la loi religieuse « Shari’a » et de ses prescriptions et par la lutte contre les passions et les habitudes de l’âme, et de les exhorter à la pratique constante du Dhikr et de toutes les convenances et politesses (Adâb) qui favorisent la réalisation de l’état de pauvreté spirituellement parlant (al-Faqr) et le rapprochement avec Dieu.
Avec l’aide de son Moqadem et bras droit Muhammad Ibn Ahmad al-Bûzîdî al-Hanafi as-Samlali al-Ghumari mort en 1814 / 1229 H (et qu’il ne faut par confondre avec sidi Mohamed Ben al-Habib al-Bûzîdî de Mostaganem mort en 1909 / 1327 H), Moulay al-Arabi ad-Darqawi forma une pléiade de maîtres dont les plus connus sont Ahmed Ibn Ajiba mort en 1262 de l’hégire qui correspond à 1804, Mohamed al-Harraq mort en 1844 / 1261 H à à Tétouan, Ahmad al-Badawi al-Fassi mort en 1858 / 1275, Abu Abdullah Abu Ya'za (Abu 'Azza) at-Tilimsani Al-Mahâji mort le vendredi 14 Septembre 1860 / 28 Safar 1277 H, Tayeb al-Majouti et Ahmad Ibn Abdul-Moumin.
Moulay al-Arabi Ibn Ahmad ad-Darqawi mourut en 1823 / 1239 H, qu'Allah Soit satisfait de lui.
Parmi ses sagesses:
L’un de nos frères me dit : – Je ne suis rien. Je lui répondis : – Ne dis pas : je ne suis rien. Et ne dis pas non plus : je suis quelque chose. Ne dis pas : il me faut telle chose, et ne dis pas non plus : il ne me faut aucune chose. Mais dis : Allah ! Et tu verras merveille.
Un autre frUn autre frère me demanda : "Comment guérir l'âme (an-nafs)"? ; Je lui répondis : "oublie-la et n'y pense guère; car ne se souvient pas de Dieu qui n'oublie pas son âme (ou qui ne s'oublie pas lui-même). Vous ne pouvez pas concevoir que ce n'est pas l'existence du monde qui nous fait oublier notre Seigneur : ce qui nous fait L'oublier c'est l'existence de nous-mêmes, de notre égo. Rien d'autre ne nous Le voile que le fait de nous occuper, non de l'existence comme telle, mais de nos désirs. Si nous pouvions oublier notre propre existence, nous trouverions Celui qui est l'origine de toute existence, et nous verrions en même temps que nous n'existons pas du tout. Comme pouvez vous concevoir que l'homme puisse perdre la conscience du monde sans perdre celle de son égo? Cela ne se produira jamais.
Ne nourris pas tout ce qui naît dans ton cœur, mais rejette-le loin de toi et ne te soucie pas de l’élever en oubliant ton Seigneur comme le font la plupart des gens, de sorte qu’ils divaguent et errent et se perdent dans un mirage. S’ils comprenaient, ils diraient : quelle chose étrange que le cœur ! En un instant il enfante des fils innombrables, les uns légitimes, les autres illégitimes et d’autres encore dont on ne sait comment ils sont.
Comment donc quelqu’un qui s’occupe a nourrir tous ces fils pourrait-il être disponible pour son Seigneur ? Quelle pitié que ce fils d’Adam ! Il efface le cosmos jusqu’à ce qu’il n’en reste plus de trace. Le Cosmos l’effacera à son tour jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace, sinon un peu d’odeur s’évanouissant en un bref laps de temps.
S’abstenir des choses, c’est surestimer leur puissance et cela vient du voile qui vous cache Dieu; car si vous Le contempliez dans les choses, ou avant, ou après les choses, elles ne vous Le cacheraient pas. Si vous pouviez voir leur existence comme émanant de Lui, leur existence ne vous Le cacherait pas. La seule chose qui s’interpose entre vous et Celui que vous adorez, c’est la joie pour ce que vous possédez et le regret pour ce que vous ne possédez pas.
Occupez-vous donc (que Dieu vous soit miséricordieux) de ce qui tue votre égo et vivifie votre cœur.
La racine de toutes les vertus en tant que vertu c'est que le cœur soit vide de tout amour du monde, de même que la racine de tous vices en tant que vice est l'amour du monde remplissant le cœur.
Quiconque se contente en échange de qui ou de quoi que ce soit d'autre que Toi, périt.
Quiconque tend vers ce qui est loin de Toi se perd.
Toute chose que tu quittes peut être remplacée
Mais il n'y a pas pour Dieu, si tu Le quittes, de remplaçant.
Je dis également à un certain frère : ne frappe ni juif, ni chrétien, ni musulman, mais frappe ta propre âme (nafs) et ne cesse pas de la frapper jusqu'à ce qu'elle meure...et ne mentionnez les gens qu'en bien car "n'a pas de gratitude envers Dieu qui n'a pas de gratitude envers les hommes" comme dit le Prophète.
Notre maître (que Dieu soit satisfait de lui) disait : Quand ton cœur se vide des êtres, il se remplit de l'Etre et, dès lors, l'amour naît entre toi et les autres. Si tu agis purement avec ton Créateur, toutes les créatures te manifesteront leur bienveillance.
Il n'y a pas de réalité (Mawjûd) hors Dieu, Exalté soit-Il :
- Toute chose est périssable sauf Sa face (Coran 28, 88)
- Tout ce qui est sur terre est évanescent; seule subsiste la face de ton Seigneur, essence de majesté et de générosité (Coran 55, 26-27)
- Tel est Dieu, votre Seigneur, et que reste-t-il après la vérité sinon l'erreur ? (Coran 10, 32)
- Il en est ainsi parce que Dieu est la Vérité et ce qu'ils invoquent en dehors de Lui est vanité (Coran 22, 62)
- Dis : la Vérité est venue et la vanité a disparu, certes la vanité est vouée à disparaître (Coran 17, 81)
- Dis : Allah, puis laisse-les s'amuser à leur vain bavardage (Coran 6, 91).
Un jour que j'Un jour que j'étais plongé dans une extrême ivresse spirituelle, et en même temps dans une extrême sobriété... j'entendis soudain cette parole jaillir du tréfonds de mon essence : "Incite-les au souvenir, car le souvenir profite aux croyants !"
Un de nos frères se plaignit chez nous d'un oppresseur qui le persécutait. Nous lui répondîmes : " Si tu désires tuer celui qui t'opprime, alors tue ton ego (nafs), car en le tuant, tu tueras tous les oppresseurs.
L'invocation ne consiste pas à dire toujours Allah, Allah, à prier et à jeûner et au moment où un malheur frappe que l'homme cherche à droite et à gauche des remèdes et qu'il désespère de ne pas en trouver. Chez ceux qui ont réalisé la Vérité, l'invocation exige que l'invoquant se conforme rigoureusement aux lois prescrites dont la plus importante est l'abandon de ce qui ne le concerne pas.
Source: http://al.alawi.1934.free.fr/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=14
jeudi 10 février 2011
Une hikam de sidi Ibn Ata'Allah al Iskandari (ra)
Une hikam de sidi Ibn Ata'Allah al Iskandari (ra)" Que le délai mis à t’accorder ce que tu as demandé par des prières insistantes ne cause pas ton désespoir : l’exaucement de tes prières t’es garanti pour les choses qu’Il a choisi de t’accorder, et non pas pour celles que tu as choisies pour toi même; et elles te seront accordées au moment où Il le veut, et non pas au moment que tu souhaites. "
jeudi 3 février 2011
Prions pour nos frères et soeurs en Egypte et ailleurs
Les images hier soir des évènements sur la place Tahrir sont vraiment choquantes; pour nombre d'entre-nous l'Egypte est une pays qui nous est cher, certains le connaissent bien et y ont même des amis.
C'est une ville qui compte tant de saints et de saintes y compris des membres prestigieux de la famille du Prophete . La ville où se trouve Al Azhar, autorité sunnite du monde musulman; la liste serait trop longue à citer .
Wa salam
C'est une ville qui compte tant de saints et de saintes y compris des membres prestigieux de la famille du Prophete . La ville où se trouve Al Azhar, autorité sunnite du monde musulman; la liste serait trop longue à citer .
Wa salam
mardi 1 février 2011
Sur l'excellence de « lâ ilâha illâ Allàh » par Shaykh Ibn Atà Allàh (ra)
Sur l'excellence de « lâ ilâha illâ Allàh »
par Shaykh Ibn Atà Allàh
Il a été rapporté que le Prophète (s.a.s.) a dit : « La meilleure mention (dìkr) est lâ ilâha illâ Allàh et la meilleure supplique est al-hamdu li-Llâh » .
Selon Ibn ‘Umar -que Dieu soit satisfait d'eux ! - il dit : « Pour les gens du lâ ilâha illâ Allàh il n'y a aucune solitude, que ce soit à la mort ou à la Résurrection. C'est comme si je regardais les gens du lâ ilâha illâ Allàh au moment du grand Cri secouer la terre de leurs cheveux en disant : « Gloire à Dieu qui a éloigné de nous l'affliction ! » .
Lorsqu'al-Ma-mûn quitta Merv en direction de l'Iraq, il passa par Nîsapûr. A son avant-garde il y avait cAlî Ibn Mûsâ ar-Ridâ. Un groupe de Saykh allèrent vers lui et di¬rent : « Nous te demandons, de par ta relation au Messager de Dieu (s.a.s.), de nous enseigner un hadìt qui nous sera bé¬néfique ». Il leur rapporta alors par l'autorité de son père et de ses ancêtres que le Prophète dit : « Dieu le très-Haut a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ma forteresse et celui qui en¬tre dans ma forteresse est protégé de mon châtiment ».
Ibn ‘Abbâs rapporte que le Prophète (|s.a.s.) dit : « Dieu ouvre les portes du Paradis et un héraut en dessous du Trône crie : « Ô Paradis et toutes les félicités que tu contiens : à qui appartenez-vous ? » Le Paradis et tout ce qu'il contient répond : « Nous appartenons aux gens du lâ ilâha illâ Allàh. Personne ne prend possession de nous si ce ne sont les gens du lâ ilâha illâ Allàh et nous sommes interdits à quiconque ne dit pas lâ ilâha illâ Allàh et qui ne croit pas à lâ ilâha illâ Allàh. Sur ce, le feu de l'enfer et tout le châtiment qui y est contenu dit : « Personne n'entre en moi sauf celui qui désavoue lâ ilâha illâ Allàh ; je re¬cherche seulement ceux qui nient lâ ilâha illâ Allàh. Je suis interdit à celui qui dit : lâ ilâha illâ Allàh. Je ne m'emplis que de ceux qui rejettent lâ ilâha illâ Allàh et mon courroux va seulement vers ceux qui désavouent lâ ilâha illâ Allàh ».
Le Prophète poursuivit :
La pitié et la miséricorde de Dieu viennent et ils disent : « Nous appartenons en vérité aux gens du lâ ilâha illâ Allàh ; nous venons en aide à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; nous aimons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; et nous honorons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Dieu dit : « J'ai autorisé le Paradis à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; J'ai interdit le Feu à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; Je pardonne tout péché à ceux qui disent lâ ilâha illà Allàh; Je ne dissimule ni ma pitié ni ma miséricorde de ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh.
Je n'ai crée le Paradis seulement pour ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Ainsi, ne mêlez aux gens du lâ ilâha illâ Allàh rien d'autre que ce qui en en conformité avec lâ ilâha illâ Allàh.
Le Prophète (s.a.s.) dit : « Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils attestent qu'il n'y a pas de dieu si ce n'est Dieu et que Muhammad est l'Envoyé de Dieu (...) » .
Section -
Les gnostiques, en commentant lâ ilâha illâ Allàh, ont abordé plusieurs aspects. L'un d'entre eux, Ibn ‘Abbâs, a dit : « lâ ilâha illâ Allàh signifie qu'il n'y a aucune source de bienfait, de souffrance, d'exaltation, d'avilissement, de don et de prévention sinon en Dieu ».
Un autre a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ce par quoi la grâce est escomptée, le châtiment est redouté, l'oppression reste hors de portée, la nourriture spirituelle est consommée, le commandement divin est révélé, le pardon est demandé - et quelle faveur n'est prohibée, si ce n'est celle de Dieu ? »
L'expression lâ ilâha illâ Allàh est signe de connais¬sance et affirmation de l'Unité avec la langue de la louange, attestant du Roi - Exalté soit-Il ! -. Lorsque le serviteur dit « lâ ilâha illâ Allàh », il affirme qu'il n'y a point de divinité octroyant les faveurs, possédant la grâce,le pouvoir, la permanence, la majesté, la splendeur, la force, le déplaisir et le contentement sinon Dieu, Seigneur des mondes, Créateur des premiers et des derniers et Juge au Jour du Jugement.
L'expression veut aussi dire : il n'y a aucun dieu du dé¬sir et aucun dieu de la crainte si ce n'est Dieu, Celui qui efface toute souffrance.
Similairement, l'expression lâ ilâha illâ Allàh contient douze lettres ; on peut donc y voir douze obliga¬tions religieuses, six ésotériques et six exotériques. Pour ce qui est des obligations exotériques, ce sont : la pureté rituelle, la prière, l'aumône, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque et la guerre sainte. Concernant les obligations ésotériques, elles incluent : la confiance en Dieu, s'en re¬mettre à Lui, la patience, le contentement, le détachement et le repentir.
Certains ont dit : « La sagesse de l'interrogation des deux Anges est le discrédit de celles-ci aux descendants d'Adam par ces mots : « Vas-Tu y désigner un qui mettra le désordre et répandre le sang (...)? Il répondit : En véri¬té, je sais ce que vous ne savez pas ! » .
A la mort du croyant, Dieu envoie deux Anges jusqu'à sa tombe qui lui demandent : « Qui est ton Seigneur et quelle est ta croyance ? Il répond : Mon Seigneur est Dieu et ma croyance est l'Islam ». Là-dessus, Dieu le très-Haut dit aux Anges : « Soyez témoin de ce que vous avez en¬tendu, car le plus petit nombre de témoins est de deux » .
Puis Dieu le très-Haut dit aux Anges :
« Voyez mon serviteur a qui j'ai pris esprit, biens et femme. D'autres ont pris ses biens, ont pris sa femme sous leur protection et je l'ai fait périr par les mains d'un autre. Puis les Anges l'interrogent dans les entrailles de la terre et il ne se souvient de rien à l'exception de Mon Unicité et de Ma Transcendance et ce, car « en vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! » .
De plus, dans cette optique, Dieu le très-Haut dit au tout début . « (...) Ne suis-je pas votre Seigneur ? Ils ré¬pondirent : « Mais si, nous en témoignons (...) » Dieu témoigne pour eux, car avant de venir en ce monde ils té¬moignèrent de Son Unité et les prophètes et les croyants furent témoins de cela. Lorsque quelqu'un meurt et qu'il est porté au tombeau, les deux Anges le questionnent au sujet de cette attestation de foi. Il témoigne alors à nou¬veau de cette Unicité et les Anges l'entendent. Lorsque ar¬rive le Jour de Jugement, Iblis vient et veut le prendre en disant : « Voici un de mes hommes : il me suivait jadis dans la désobéissance à Dieu ». Mais Dieu dit :
« Tu n'as aucun droit sur lui, car j'ai entendu sa décla¬ration de l'Unicité au commencement et à la fin, les Mes¬sagers l'ont entendu entre temps et les Anges l'ont enten¬du de lui à la fin. Comment donc peut-il donc être de tes hommes et comment peux-tu imaginer avoir un droit sur lui ? Qu'on l'emmène au Paradis ! »
Source:
(cfr :Ibn Atà Allàh- La clef de la réalisation spirituelle et l’illumination des àmes- ; Deuxième partie: sur l’explication des invocations, Section : sur l’excellence de là ilàha illà Allàh pag.174-179. Traduction par Riordan Macnamara, Ed.Albouraq)
On peut commander le livre ci-dessous:
http://www.amazon.fr/réalisation-spirituelle-lillumination-al-falâh-al-arwâh/dp/2841611809/ref=pd_bxgy_b_img_b
par Shaykh Ibn Atà Allàh
Il a été rapporté que le Prophète (s.a.s.) a dit : « La meilleure mention (dìkr) est lâ ilâha illâ Allàh et la meilleure supplique est al-hamdu li-Llâh » .Selon Ibn ‘Umar -que Dieu soit satisfait d'eux ! - il dit : « Pour les gens du lâ ilâha illâ Allàh il n'y a aucune solitude, que ce soit à la mort ou à la Résurrection. C'est comme si je regardais les gens du lâ ilâha illâ Allàh au moment du grand Cri secouer la terre de leurs cheveux en disant : « Gloire à Dieu qui a éloigné de nous l'affliction ! » .
Lorsqu'al-Ma-mûn quitta Merv en direction de l'Iraq, il passa par Nîsapûr. A son avant-garde il y avait cAlî Ibn Mûsâ ar-Ridâ. Un groupe de Saykh allèrent vers lui et di¬rent : « Nous te demandons, de par ta relation au Messager de Dieu (s.a.s.), de nous enseigner un hadìt qui nous sera bé¬néfique ». Il leur rapporta alors par l'autorité de son père et de ses ancêtres que le Prophète dit : « Dieu le très-Haut a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ma forteresse et celui qui en¬tre dans ma forteresse est protégé de mon châtiment ».
Ibn ‘Abbâs rapporte que le Prophète (|s.a.s.) dit : « Dieu ouvre les portes du Paradis et un héraut en dessous du Trône crie : « Ô Paradis et toutes les félicités que tu contiens : à qui appartenez-vous ? » Le Paradis et tout ce qu'il contient répond : « Nous appartenons aux gens du lâ ilâha illâ Allàh. Personne ne prend possession de nous si ce ne sont les gens du lâ ilâha illâ Allàh et nous sommes interdits à quiconque ne dit pas lâ ilâha illâ Allàh et qui ne croit pas à lâ ilâha illâ Allàh. Sur ce, le feu de l'enfer et tout le châtiment qui y est contenu dit : « Personne n'entre en moi sauf celui qui désavoue lâ ilâha illâ Allàh ; je re¬cherche seulement ceux qui nient lâ ilâha illâ Allàh. Je suis interdit à celui qui dit : lâ ilâha illâ Allàh. Je ne m'emplis que de ceux qui rejettent lâ ilâha illâ Allàh et mon courroux va seulement vers ceux qui désavouent lâ ilâha illâ Allàh ».
Le Prophète poursuivit :
La pitié et la miséricorde de Dieu viennent et ils disent : « Nous appartenons en vérité aux gens du lâ ilâha illâ Allàh ; nous venons en aide à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; nous aimons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; et nous honorons ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Dieu dit : « J'ai autorisé le Paradis à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; J'ai interdit le Feu à ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh ; Je pardonne tout péché à ceux qui disent lâ ilâha illà Allàh; Je ne dissimule ni ma pitié ni ma miséricorde de ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh.
Je n'ai crée le Paradis seulement pour ceux qui disent lâ ilâha illâ Allàh. Ainsi, ne mêlez aux gens du lâ ilâha illâ Allàh rien d'autre que ce qui en en conformité avec lâ ilâha illâ Allàh.
Le Prophète (s.a.s.) dit : « Il m'a été ordonné de combattre les hommes jusqu'à ce qu'ils attestent qu'il n'y a pas de dieu si ce n'est Dieu et que Muhammad est l'Envoyé de Dieu (...) » .
Section -
Les gnostiques, en commentant lâ ilâha illâ Allàh, ont abordé plusieurs aspects. L'un d'entre eux, Ibn ‘Abbâs, a dit : « lâ ilâha illâ Allàh signifie qu'il n'y a aucune source de bienfait, de souffrance, d'exaltation, d'avilissement, de don et de prévention sinon en Dieu ».
Un autre a dit : « lâ ilâha illâ Allàh est ce par quoi la grâce est escomptée, le châtiment est redouté, l'oppression reste hors de portée, la nourriture spirituelle est consommée, le commandement divin est révélé, le pardon est demandé - et quelle faveur n'est prohibée, si ce n'est celle de Dieu ? »
L'expression lâ ilâha illâ Allàh est signe de connais¬sance et affirmation de l'Unité avec la langue de la louange, attestant du Roi - Exalté soit-Il ! -. Lorsque le serviteur dit « lâ ilâha illâ Allàh », il affirme qu'il n'y a point de divinité octroyant les faveurs, possédant la grâce,le pouvoir, la permanence, la majesté, la splendeur, la force, le déplaisir et le contentement sinon Dieu, Seigneur des mondes, Créateur des premiers et des derniers et Juge au Jour du Jugement.
L'expression veut aussi dire : il n'y a aucun dieu du dé¬sir et aucun dieu de la crainte si ce n'est Dieu, Celui qui efface toute souffrance.
Similairement, l'expression lâ ilâha illâ Allàh contient douze lettres ; on peut donc y voir douze obliga¬tions religieuses, six ésotériques et six exotériques. Pour ce qui est des obligations exotériques, ce sont : la pureté rituelle, la prière, l'aumône, le jeûne, le pèlerinage à la Mecque et la guerre sainte. Concernant les obligations ésotériques, elles incluent : la confiance en Dieu, s'en re¬mettre à Lui, la patience, le contentement, le détachement et le repentir.
Certains ont dit : « La sagesse de l'interrogation des deux Anges est le discrédit de celles-ci aux descendants d'Adam par ces mots : « Vas-Tu y désigner un qui mettra le désordre et répandre le sang (...)? Il répondit : En véri¬té, je sais ce que vous ne savez pas ! » .
A la mort du croyant, Dieu envoie deux Anges jusqu'à sa tombe qui lui demandent : « Qui est ton Seigneur et quelle est ta croyance ? Il répond : Mon Seigneur est Dieu et ma croyance est l'Islam ». Là-dessus, Dieu le très-Haut dit aux Anges : « Soyez témoin de ce que vous avez en¬tendu, car le plus petit nombre de témoins est de deux » .
Puis Dieu le très-Haut dit aux Anges :
« Voyez mon serviteur a qui j'ai pris esprit, biens et femme. D'autres ont pris ses biens, ont pris sa femme sous leur protection et je l'ai fait périr par les mains d'un autre. Puis les Anges l'interrogent dans les entrailles de la terre et il ne se souvient de rien à l'exception de Mon Unicité et de Ma Transcendance et ce, car « en vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! » .
De plus, dans cette optique, Dieu le très-Haut dit au tout début . « (...) Ne suis-je pas votre Seigneur ? Ils ré¬pondirent : « Mais si, nous en témoignons (...) » Dieu témoigne pour eux, car avant de venir en ce monde ils té¬moignèrent de Son Unité et les prophètes et les croyants furent témoins de cela. Lorsque quelqu'un meurt et qu'il est porté au tombeau, les deux Anges le questionnent au sujet de cette attestation de foi. Il témoigne alors à nou¬veau de cette Unicité et les Anges l'entendent. Lorsque ar¬rive le Jour de Jugement, Iblis vient et veut le prendre en disant : « Voici un de mes hommes : il me suivait jadis dans la désobéissance à Dieu ». Mais Dieu dit :
« Tu n'as aucun droit sur lui, car j'ai entendu sa décla¬ration de l'Unicité au commencement et à la fin, les Mes¬sagers l'ont entendu entre temps et les Anges l'ont enten¬du de lui à la fin. Comment donc peut-il donc être de tes hommes et comment peux-tu imaginer avoir un droit sur lui ? Qu'on l'emmène au Paradis ! »
Source:
(cfr :Ibn Atà Allàh- La clef de la réalisation spirituelle et l’illumination des àmes- ; Deuxième partie: sur l’explication des invocations, Section : sur l’excellence de là ilàha illà Allàh pag.174-179. Traduction par Riordan Macnamara, Ed.Albouraq)
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lundi 31 janvier 2011
L’œuvre d’art est le résultat d’un processus complexe dont les composantes principales sont recherche, réaction au milieu, sensibilité, choix de matériaux et de thèmes. La combinaison de ces composantes donnerait à la création artistique une signification particulière. Il est évident que l’analyse et l’évaluation esthétique de l’œuvre d’art ne peuvent pas rester indifférentes à l’influence et au mode de combinaison de ces éléments.
Calligraphie de Esrâfil Shirtchi
L’évaluation rationnelle de l’œuvre d’art est une discipline dont les origines remontent au siècle des Lumières. C’était une réaction à l’ambiguïté tant détestée par les philosophes de cette époque. La critique rationnelle de l’œuvre d’art est donc un phénomène né dans le monde occidental. Il est vrai pourtant que les philosophes classiques de la Grèce antique, notamment Platon et Aristote, avaient eux aussi étudié les valeurs rationnelles de l’œuvre d’art ; mais chez eux, les analyses esthétiques des arts – surtout les arts plastiques – n’avaient jamais été aussi méthodiques que chez les critiques des Temps modernes.
Dans les cultures orientales, l’analyse rationnelle de l’œuvre d’art n’a jamais pris la forme d’une science. Autrement dit, quelle qu’en soit la raison, la science esthétique n’est jamais apparue dans l’esprit oriental. En absence d’une science esthétique locale (surtout en Iran et dans le domaine des arts traditionnels), les critiques d’art n’ont eu d’autre choix que de s’adapter aux critères de l’esthétique occidentale : la philosophie, la psychologie et la sociologie de l’art, telles qu’elles avaient été perçues en Occident. Dans de très nombreux cas, cette adaptation a entraîné la mauvaise analyse, voire le reniement de certains arts traditionnels et de leurs valeurs esthétiques dans le monde oriental. En effet, l’évaluation esthétique des arts traditionnels islamiques, en s’appuyant sur les références et les critères strictement rationnels, ont conduit souvent les critiques d’art à de mauvais résultats, et ce d’autant plus que leur perception du rationalisme occidental était parfois trop superficielle.
Sans vouloir dédaigner les acquis de l’esthétique occidentale, il nous semble parfois qu’elle n’est souvent qu’une science des formes et des figures dans le cadre de leur perception humaniste. Ceci étant dit, l’esthétique occidentale tend à connaître le fait objectif et rationnellement définissable. Son but est donc de connaître et de faire connaître la réalité matérielle.
Par contre, l’art traditionnel oriental est un phénomène composé de formes et de figures d’une part, de l’intuition et de la métaphysique de l’autre. Par conséquent, pour évaluer les valeurs esthétiques des arts traditionnels ou pour analyser l’expérience esthétique des artistes traditionnels, il conviendrait d’exploiter les méthodes de l’esthétique occidentale, tout en essayant de le développer et de lui donner une marge de manœuvre pour identifier les aspects inconnus et occultes de l’art traditionnel.
La calligraphie est l’art traditionnel oriental le plus méthodique qui obéit à une géométrie déterminée et strictement définie. En effet, la calligraphie semble nier souvent l’importance de la créativité et de l’individualité de l’artiste, d’où le jugement sévère de certains critiques qui estiment que la calligraphie n’est pas un art, mais une technique rigide et sans âme. Dans le présent article, nous nous interrogerons sur les valeurs esthétiques de la calligraphie islamique, pour y chercher les traces de la créativité artistique qui font consister la valeur de la représentation dans l’intensité de l’expression.
Définition de la calligraphie
Dans les cultures orientales et asiatiques, la calligraphie (du grec : kalligraphia « belle écriture ») [Osborne, p. 185] est une activité noble, « considérée par les musulmans comme une vertu » [Soudâvar, p. 20]. Cette valeur n’est pas produite uniquement par la création de belles formes pour les lettres de l’alphabet et de belles compositions visuelles pour les mots d’un texte, car la calligraphie est un effort pour créer des liens sémantiques entre la forme visuelle du texte et son contenu, à travers l’esprit de l’artiste calligraphe. En réalité, l’apparition de l’art calligraphique est due au fait que certains textes n’étaient pas considérés comme un ensemble de mots véhiculant un message ordinaire, mais un contenu céleste. Ainsi pour pouvons définir la calligraphie comme un effort visant à révéler et à manifester les liens entre l’apparence et la substance d’un texte.
Dans les cultures musulmanes, la calligraphie est avant tout un instrument esthétique pour l’écriture du texte coranique, de sorte que la forme visuelle de l’écriture soit à la hauteur de la parole céleste. Les musulmans se sont peut-être demandé : « Ne pourrions-nous pas inventer un spectacle pour les yeux aussi agréable que le chant coranique pour les oreilles ? » [Ferrier, p. 29]. Cela a conduit les calligraphes musulmans à perfectionner la cohérence entre la forme et le contenu. Mais pouvons-nous limiter la définition de la calligraphie dans le cadre du texte calligraphié ? « La vraie calligraphie est composée de plusieurs facteurs : la compréhension sociale de l’écriture, l’importance du texte sur le plan sociologique, les lois de la calligraphie fondées souvent sur une vision mathématique, le rapport entre le texte et la mise en page, les matériaux utilisés par le calligraphe, et enfin l’habilité et l’expérience [du calligraphe] » [Gaver, p. 207].
Calligraphie de Mohammad Heydari La communauté musulmane avait donc saisi la nécessité d’une compréhension de l’écriture, d’où l’obligation d’écrire et de lire correctement. Cela a conduit les musulmans à inventer des lois et des règles claires et transparentes pour l’écriture. D’après les documents historiques, cela s’est avéré être une nécessité vitale, car l’écriture n’avait pas de racines très profondes dans la société arabe d’avant l’islam. [Ayati, p. 10] La compréhension de l’écriture, l’importance du texte coranique aux yeux des musulmans, et enfin l’importance que les cultures voisines (perse et byzantine) donnaient à la géométrie et aux mathématiques, ont préparé le terrain à la naissance de la calligraphie islamique.
Etant donné que la modification de la forme des lettres de l’alphabet semblait difficile, voire impossible, les copistes et les calligraphes musulmans ont essayé progressivement d’épurer et d’affiner l’écriture en s’inspirant des règles géométriques et mathématiques. Ils ont donc créé une « géométrie spirituelle » [Khatibi & Sijelmassi, p. 6] pour souffler de l’âme dans le corps des lettres et des mots. Dans les civilisations perse et byzantine, les mathématiques et la géométrie étaient considérées comme les sciences permettant de découvrir, à un certain niveau, les vérités spirituelles et métaphysiques. Ils estimaient que « les mathématiques et la science des nombres et des chiffres étaient des instruments entre les mains des divinités pour qu’elles se manifestent dans le monde matériel, en donnant de la transparence à la matière et de la translucidité à la masse informe. » [Khatibi & Sijelmassi, p. 6]
Les formes géométriques prennent ainsi une grande importance dans les arts islamiques. Quant à la calligraphie, le premier pas à franchir consistait à acquérir une compréhension géométrique des éléments de base de l’écriture arabe : a) point standard, b) ‘Alef’ standard (première lettre de l’alphabet arabe :ا ,الف), c) cercle standard. [Gaver, p. 209]
Les liens profonds entre l’écriture et les croyances religieuses des musulmans, au travers du Coran qui, dans la vision islamique, est le fait céleste par excellence, ont donné à la calligraphie le prestige d’être l’art le plus noble et le plus vertueux. Le calligraphe était donc un artiste religieux pour qui le fait céleste (le Coran) était la source d’inspiration la plus importante. Pour lui, l’expérience artistique est un périple de l’univers de la matière vers l’univers des essences. Dans l’analyse esthétique de la calligraphie islamique, il faut donc être sensible à ces aspects métaphysiques attribués à l’art de la belle écriture, et ne pas s’enfermer dans la rationalité des perceptions humaines.
Les instruments et les matières utilisées pour l’écriture n’ont pas joué de rôle fondamental dans l’apparition de l’art calligraphique, mais il est certain qu’ils ont eu un rôle important à jouer dans la détermination des « types » de la calligraphie. De ce point de vue, l’usage du calame (roseau taillé dont les Anciens se servaient pour écrire) et de l’encre de Chine est une caractéristique importante de la calligraphie islamique et joue un rôle déterminant dans certaines valeurs esthétiques de cet art. Dans la calligraphie de l’Extrême-Orient, ce rôle est joué par le pinceau. Il est évident que dans les deux arts calligraphiques islamique et chinois, le calame et le pinceau ne peuvent se substituer, car chaque instrument fait partie de la géométrie qui est propre à chacun de ces deux arts calligraphiques.
Calligraphie de Alirezâ Barezkâr Particularités esthétiques de l’art calligraphique
Expressivité de l’art sacré
Dans le jargon de l’esthétique moderne, on utilise souvent des qualificatifs comme dynamique, brillant, médiocre, efficace, etc. [Henfling, p. 97]. Dans la culture traditionnelle, on utilisait d’autres termes pour qualifier une œuvre calligraphique : solide, doux, correct, simple, sincère, majestueux… Mais au-delà de ces qualificatifs modernes ou anciens, « l’expressivité » est un élément important qui permet d’évaluer les caractéristiques esthétiques d’une œuvre d’art. Selon ce principe d’expressivité, l’œuvre d’art doit véhiculer un sens. En d’autres termes, elle doit exprimer une idée, une sensation ou une intuition. La calligraphie est-elle un art « expressif » ? Si nous supprimons la rhétorique, la signification des mots et des phrases, quel autre message pourrait être véhiculé par la calligraphie ? Dans le domaine des arts religieux, si la calligraphie n’avait pas été mise au service de l’écriture du texte coranique, comment aurait-elle été considérée comme art religieux ? Est-ce uniquement le thème (le Coran) qui fait de l’art calligraphique, un art religieux ?
Pour répondre à ces questions, il faut préciser que si la calligraphie n’avait pas été exploitée en tant que moyen d’expression des notions métaphysiques, elle n’aurait pas dépassé les limites de « technique » et ne serait jamais devenue un art. Il est donc exclu de croire que la calligraphie aurait pu ne pas être utilisée pour l’écriture du texte coranique. Comme nous l’avons déjà évoqué, la présence du livre sacré est à l’origine de l’apparition et du développement de la calligraphie islamique. Il est à noter ici que dans les civilisations où il n’existait pas de liens avec un texte sacré, comparable aux liens existant dans les civilisations orientales, la nécessité du développement de l’art calligraphique n’a jamais été ressentie.
En tout état de cause, dans le monde musulman et dans les civilisations de l’Extrême-Orient, certains textes étaient considérés comme particulièrement sacrés. « Ce caractère sacré signifiait que ces textes étaient porteurs d’une essence pure, invisible et surnaturelle » [Sattâri, p. 71]. Dans ce sens, nous pouvons dire que le premier verset de la sourate LXVIII du Coran (« Le Calame ») est une indication qui pourrait inspirer les humains pour qu’ils réfléchissent aux caractéristiques inconnues de l’écriture et des propriétés occultes des lettres de l’alphabet : « Noun. Par le calame et ce qu’ils écrivent. » Cela a amené les artistes calligraphes musulmans à s’efforcer constamment de créer de nouvelles formes d’écriture. [Ferrier, p. 306]
La réalité du monde spirituel et son lien avec l’expression
Dans la vision traditionnelle du monde, l’existence du monde spirituel est considérée comme une réalité indéniable. « Le sacré est assimilé d’abord au pouvoir ensuite à la vérité. Le sacré est plein d’existence, tandis que le pouvoir sacré signifie la pure vérité, de la continuité et de l’utilité » [Eliade, p. 13]. Dans cette vision des choses, l’artiste calligraphe a des liens avec la vérité du sacré et le monde spirituel. Mais de quel aspect de ce monde sacré la calligraphie se fait-elle l’expression ? Le monde spirituel n’est pas celui des émotions et des sentiments humains. C’est le monde des vérités pures et de la perfection. Dans la vision traditionnelle du monde, le monde spirituel est l’univers des idées où chaque phénomène est représenté dans sa forme la plus parfaite (donc la plus belle). Par conséquent, la vérité serait la beauté absolue. L’artiste qui se tourne vers ce monde spirituel se détache de l’expression des différents aspects de ce bas monde, et se met au service de l’expression de la vérité céleste. Voilà la particularité la plus remarquable de l’art religieux. « L’art traditionnel s’occupe des vérités qui ont des liens profonds avec les traditions dont l’art doit être l’expression esthétique. » [Nasr, p. 495]
Les arts traditionnels sont des arts appliqués et expressifs
Etant donné le statut des traditions en tant que vérités indéniables, les arts traditionnels apparaissent comme des instruments qui répondent aux besoins réels et effectifs de l’humanité. L’art traditionnel est donc dans sa définition un art appliqué. Il est intéressant de savoir que les détracteurs des arts traditionnels s’attaquent exactement à leur vocation utilitaire. En ce qui concerne la calligraphie, ils disent que l’artiste calligraphe se sert des formes statiques et très peu évolutives de l’alphabet pour véhiculer certaines pensées humaine ou ses idées et croyances hiératiques. Ces critiques proposent ensuite l’hypothèse de la suppression des significations sémantiques de l’écriture pour en déduire que dans ce cas, la calligraphie (libérée des conventions sémantiques de l’écriture) révélerait sa juste valeur esthétique fondée sur des formes qui ne signifieraient pratiquement rien. Ils concluent finalement que la calligraphie n’est qu’un instrument à vocation utilitaire pour enregistrer et exprimer les pensées humaines.
Or, dans la vision traditionnelle, l’aspect utilitaire de l’art est sa valeur principale, car il met l’art au service de l’expression de la beauté absolue, c’est-à-dire la vérité absolue. « L’art traditionnel est un art utilitaire dans le sens exact du terme. Mais cette utilité n’est pas au service de l’homme en tant qu’être mortel, mais au service de l’homme dans le sens que l’humain est le lieu-tenant (khalifa) de Dieu sur la terre. La beauté est une nécessité de la vie pour l’homme traditionnel qui en a besoin, il a besoin d’une maison pour s’abriter contre la chaleur et le froid. » [Nasr, p. 496]
La compréhensibilité de la beauté est un moyen pour l’homme qui vit dans une civilisation traditionnelle de sortir de la matérialité de son existence, et de se rapprocher de la divinité. L’homme mortel se tourne ainsi vers la spiritualité en tant que moyen lui assurant son éternité. Le lien qu’il établit avec le monde occulte est un rapprochement de la perfection infinie. Chaque beauté et chaque expérience esthétique permettent à l’homme traditionnel de se rapprocher davantage de la source de l’émanation divine.
L’expression de la beauté est la finalité de l’art calligraphique
L’artiste calligraphe s’efforce de comprendre la beauté. Cette recherche de la beauté prend tout son sens dans une sphère culturelle où la calligraphie est considérée comme un phénomène provenant de la spiritualité. L’artiste se met en quête de la perfection, et pour reproduire les formes calligraphiques, il s’inspire du monde spirituel. En d’autres termes, l’imagination de l’artiste est fortement influencée par l’idée de la reproduction de la beauté absolue : la vérité. Le philosophe et théologien Ghazzâli (1058-1111) écrit que l’imagination ne prend pas les formes et figures du monde des apparences et des sensations, mais s’inspire directement de la source principale des formes et figures du monde céleste. Ghazzâli ajoute que l’expression de la beauté absolue est donc celle de la pure vérité. De ce point de vue traditionnel, « la calligraphie est l’expression de la spiritualité » [Ferrier, p. 306]. Le calligraphe cherche donc la meilleure équation entre les composantes de l’écriture et les formes géométriques. Les particularités esthétiques de son travail font ressortir somptuosité, énergie, mobilité et désir d’émancipation.
La calligraphie créative
Pour montrer que la calligraphie peut être une activité artistique créative et inventive, il faut évoquer plusieurs caractéristiques de son esthétisme.
Innovation
L’art calligraphique est souvent accusé de répéter à l’infini des formes statiques. Certes, ces formes ont évolué pour arriver à une perfection relative, et les artistes n’ont plus la possibilité d’y intervenir pour innover ou inventer [Castera, p. 20]. Il faut admettre que l’art calligraphique est sous l’emprise de la géométrie et des mathématiques. Mais au sein de cette géométrie stable, l’artiste calligraphe dispose d’une marge de manoeuvres qui lui donne la liberté de varier et d’inventer des styles différents. La diversité des écritures islamiques témoigne de la liberté d’action du calligraphe pour exhaler son imagination, sa créativité et son individualité. Mais la nature géométrique de la calligraphie confine ces innovations, et les force à rester dans l’espace défini par les règles mathématiques. Il ne s’agit donc pas d’innovation dans le sens occidental du terme, car dans l’art occidental, l’artiste est autorisé à considérer les choses d’une manière subjective en donnant la primauté à ses états de conscience. Le travail du calligraphe oriental semble plus difficile, car il devra encadrer sa subjectivité par les règles. La créativité et l’individualité sont exprimées à posteriori, lorsque l’artiste calligraphe réussit à montrer sa « sincérité » et sa « dignité ».
Sincérité et dignité
Au-delà des règles techniques, la calligraphie islamique est fondée sur une série de caractéristiques qualificatives. Le calligraphe apprend d’abord les principes techniques de son art. Ensuite, les qualités visuelles de son travail ressortent progressivement de ses œuvres. Il peut arriver à l’étape de la « sincérité » [Mayel Heravi, p. 151], une qualité plus ou moins mystique qui permet à l’artiste de manifester un peu sa subjectivité. Cependant, les signes extérieurs de l’innovation et de l’individualité ne sont pas encore visibles.
L’artiste calligraphe doit ensuite atteindre l’étape suivante, celle de la « dignité ». En s’appuyant à ce qu’il a appris techniquement, le calligraphe a le droit de montrer ses perceptions et idées, en respectant les principes et les caractéristiques des formes stables. L’artiste qui arrive à cette étape n’imite plus son maître. Son œuvre est témoin d’une nouvelle personnalité artistique. L’artiste devra alors « se libérer » de tout ce qui est pompeux et emphatique.
Calligraphie de Alirezâ BarezkârLiberté
Un style libéré de tout élément emphatique permet à l’artiste calligraphe d’exprimer son imagination, dans le respect des règles. C’est en atteignant ce stade que l’artiste crée des œuvres originales et inimitables. Le calligraphe n’obéit plus qu’à sa foi. Les mouvements du calame ne répètent plus ce que l’artiste avait déjà appris et longtemps répété, mais une forme perfectionnée et évoluée des formes qui lui semblaient autrefois statiques et éternelles. Plus l’artiste se libère, plus les lignes droites disparaissent dans son œuvre pour céder la place aux courbes. En effet, dans la calligraphie iranienne, l’évolution historique de l’art calligraphique est caractérisée par un mouvement général conduisant les artistes de la ligne droite vers la courbe. C’est une évolution cosmique, car le cercle est le symbole du cosmos (du grec « kosmos », bon ordre), c’est-à-dire l’univers considéré comme un système bien ordonné. Dans la vision traditionnelle, l’homme est un microcosme, un petit univers et une image réduite du monde auquel il correspond, partie à partie. Il a donc la capacité de créer. Les formes calligraphiques évoluées et innovées symbolisent le processus de la création à l’intérieur de l’homme. La technique artistique de l’art abstrait, si cher aux yeux des artistes occidentaux, est alors manifestée dans la calligraphie islamique sous forme d’une abstraction géométrique. Cette expression ne devient possible que lorsque l’artiste arrive à l’étape de la « liberté ». Dans cette vision propre à l’art traditionnel, la créativité, l’innovation et l’individualité ne sont pas perçues à la lumière de la rupture ou la négation, mais dans le sens de la continuité et de la perfection.
Conclusion
L’évaluation des valeurs esthétiques des arts traditionnels en général, et de la calligraphie en particulier, ne serait possible que grâce à la connaissance de la nature et de l’essence de ces activités artistiques. Il est certain que cette connaissance ne peut être comprise selon des références et des critères étrangers à la vision du monde de l’art traditionnel. « La compréhension de l’art calligraphique est rendue possible uniquement grâce à la connaissance des origines culturelles, littéraires, religieuses et historiques de la civilisation au sein de laquelle la calligraphie a évolué. » [Safwat, p. 9] L’objectif de l’historien des arts n’est pas de prouver que les arts traditionnels correspondent ou non aux valeurs et aux critères occidentaux. La comparaison avec ces critères ne serait donc légitime que pour rendre justice à la calligraphie et reconnaître que ses valeurs vont au-delà de son cadre local.
Calligraphie de Esrâfil Shirtchi
L’évaluation rationnelle de l’œuvre d’art est une discipline dont les origines remontent au siècle des Lumières. C’était une réaction à l’ambiguïté tant détestée par les philosophes de cette époque. La critique rationnelle de l’œuvre d’art est donc un phénomène né dans le monde occidental. Il est vrai pourtant que les philosophes classiques de la Grèce antique, notamment Platon et Aristote, avaient eux aussi étudié les valeurs rationnelles de l’œuvre d’art ; mais chez eux, les analyses esthétiques des arts – surtout les arts plastiques – n’avaient jamais été aussi méthodiques que chez les critiques des Temps modernes.
Dans les cultures orientales, l’analyse rationnelle de l’œuvre d’art n’a jamais pris la forme d’une science. Autrement dit, quelle qu’en soit la raison, la science esthétique n’est jamais apparue dans l’esprit oriental. En absence d’une science esthétique locale (surtout en Iran et dans le domaine des arts traditionnels), les critiques d’art n’ont eu d’autre choix que de s’adapter aux critères de l’esthétique occidentale : la philosophie, la psychologie et la sociologie de l’art, telles qu’elles avaient été perçues en Occident. Dans de très nombreux cas, cette adaptation a entraîné la mauvaise analyse, voire le reniement de certains arts traditionnels et de leurs valeurs esthétiques dans le monde oriental. En effet, l’évaluation esthétique des arts traditionnels islamiques, en s’appuyant sur les références et les critères strictement rationnels, ont conduit souvent les critiques d’art à de mauvais résultats, et ce d’autant plus que leur perception du rationalisme occidental était parfois trop superficielle.
Sans vouloir dédaigner les acquis de l’esthétique occidentale, il nous semble parfois qu’elle n’est souvent qu’une science des formes et des figures dans le cadre de leur perception humaniste. Ceci étant dit, l’esthétique occidentale tend à connaître le fait objectif et rationnellement définissable. Son but est donc de connaître et de faire connaître la réalité matérielle.
Par contre, l’art traditionnel oriental est un phénomène composé de formes et de figures d’une part, de l’intuition et de la métaphysique de l’autre. Par conséquent, pour évaluer les valeurs esthétiques des arts traditionnels ou pour analyser l’expérience esthétique des artistes traditionnels, il conviendrait d’exploiter les méthodes de l’esthétique occidentale, tout en essayant de le développer et de lui donner une marge de manœuvre pour identifier les aspects inconnus et occultes de l’art traditionnel.
La calligraphie est l’art traditionnel oriental le plus méthodique qui obéit à une géométrie déterminée et strictement définie. En effet, la calligraphie semble nier souvent l’importance de la créativité et de l’individualité de l’artiste, d’où le jugement sévère de certains critiques qui estiment que la calligraphie n’est pas un art, mais une technique rigide et sans âme. Dans le présent article, nous nous interrogerons sur les valeurs esthétiques de la calligraphie islamique, pour y chercher les traces de la créativité artistique qui font consister la valeur de la représentation dans l’intensité de l’expression.
Définition de la calligraphie
Dans les cultures orientales et asiatiques, la calligraphie (du grec : kalligraphia « belle écriture ») [Osborne, p. 185] est une activité noble, « considérée par les musulmans comme une vertu » [Soudâvar, p. 20]. Cette valeur n’est pas produite uniquement par la création de belles formes pour les lettres de l’alphabet et de belles compositions visuelles pour les mots d’un texte, car la calligraphie est un effort pour créer des liens sémantiques entre la forme visuelle du texte et son contenu, à travers l’esprit de l’artiste calligraphe. En réalité, l’apparition de l’art calligraphique est due au fait que certains textes n’étaient pas considérés comme un ensemble de mots véhiculant un message ordinaire, mais un contenu céleste. Ainsi pour pouvons définir la calligraphie comme un effort visant à révéler et à manifester les liens entre l’apparence et la substance d’un texte.
Dans les cultures musulmanes, la calligraphie est avant tout un instrument esthétique pour l’écriture du texte coranique, de sorte que la forme visuelle de l’écriture soit à la hauteur de la parole céleste. Les musulmans se sont peut-être demandé : « Ne pourrions-nous pas inventer un spectacle pour les yeux aussi agréable que le chant coranique pour les oreilles ? » [Ferrier, p. 29]. Cela a conduit les calligraphes musulmans à perfectionner la cohérence entre la forme et le contenu. Mais pouvons-nous limiter la définition de la calligraphie dans le cadre du texte calligraphié ? « La vraie calligraphie est composée de plusieurs facteurs : la compréhension sociale de l’écriture, l’importance du texte sur le plan sociologique, les lois de la calligraphie fondées souvent sur une vision mathématique, le rapport entre le texte et la mise en page, les matériaux utilisés par le calligraphe, et enfin l’habilité et l’expérience [du calligraphe] » [Gaver, p. 207].
Calligraphie de Mohammad Heydari La communauté musulmane avait donc saisi la nécessité d’une compréhension de l’écriture, d’où l’obligation d’écrire et de lire correctement. Cela a conduit les musulmans à inventer des lois et des règles claires et transparentes pour l’écriture. D’après les documents historiques, cela s’est avéré être une nécessité vitale, car l’écriture n’avait pas de racines très profondes dans la société arabe d’avant l’islam. [Ayati, p. 10] La compréhension de l’écriture, l’importance du texte coranique aux yeux des musulmans, et enfin l’importance que les cultures voisines (perse et byzantine) donnaient à la géométrie et aux mathématiques, ont préparé le terrain à la naissance de la calligraphie islamique.
Etant donné que la modification de la forme des lettres de l’alphabet semblait difficile, voire impossible, les copistes et les calligraphes musulmans ont essayé progressivement d’épurer et d’affiner l’écriture en s’inspirant des règles géométriques et mathématiques. Ils ont donc créé une « géométrie spirituelle » [Khatibi & Sijelmassi, p. 6] pour souffler de l’âme dans le corps des lettres et des mots. Dans les civilisations perse et byzantine, les mathématiques et la géométrie étaient considérées comme les sciences permettant de découvrir, à un certain niveau, les vérités spirituelles et métaphysiques. Ils estimaient que « les mathématiques et la science des nombres et des chiffres étaient des instruments entre les mains des divinités pour qu’elles se manifestent dans le monde matériel, en donnant de la transparence à la matière et de la translucidité à la masse informe. » [Khatibi & Sijelmassi, p. 6]
Les formes géométriques prennent ainsi une grande importance dans les arts islamiques. Quant à la calligraphie, le premier pas à franchir consistait à acquérir une compréhension géométrique des éléments de base de l’écriture arabe : a) point standard, b) ‘Alef’ standard (première lettre de l’alphabet arabe :ا ,الف), c) cercle standard. [Gaver, p. 209]
Les liens profonds entre l’écriture et les croyances religieuses des musulmans, au travers du Coran qui, dans la vision islamique, est le fait céleste par excellence, ont donné à la calligraphie le prestige d’être l’art le plus noble et le plus vertueux. Le calligraphe était donc un artiste religieux pour qui le fait céleste (le Coran) était la source d’inspiration la plus importante. Pour lui, l’expérience artistique est un périple de l’univers de la matière vers l’univers des essences. Dans l’analyse esthétique de la calligraphie islamique, il faut donc être sensible à ces aspects métaphysiques attribués à l’art de la belle écriture, et ne pas s’enfermer dans la rationalité des perceptions humaines.
Les instruments et les matières utilisées pour l’écriture n’ont pas joué de rôle fondamental dans l’apparition de l’art calligraphique, mais il est certain qu’ils ont eu un rôle important à jouer dans la détermination des « types » de la calligraphie. De ce point de vue, l’usage du calame (roseau taillé dont les Anciens se servaient pour écrire) et de l’encre de Chine est une caractéristique importante de la calligraphie islamique et joue un rôle déterminant dans certaines valeurs esthétiques de cet art. Dans la calligraphie de l’Extrême-Orient, ce rôle est joué par le pinceau. Il est évident que dans les deux arts calligraphiques islamique et chinois, le calame et le pinceau ne peuvent se substituer, car chaque instrument fait partie de la géométrie qui est propre à chacun de ces deux arts calligraphiques.
Calligraphie de Alirezâ Barezkâr Particularités esthétiques de l’art calligraphique
Expressivité de l’art sacré
Dans le jargon de l’esthétique moderne, on utilise souvent des qualificatifs comme dynamique, brillant, médiocre, efficace, etc. [Henfling, p. 97]. Dans la culture traditionnelle, on utilisait d’autres termes pour qualifier une œuvre calligraphique : solide, doux, correct, simple, sincère, majestueux… Mais au-delà de ces qualificatifs modernes ou anciens, « l’expressivité » est un élément important qui permet d’évaluer les caractéristiques esthétiques d’une œuvre d’art. Selon ce principe d’expressivité, l’œuvre d’art doit véhiculer un sens. En d’autres termes, elle doit exprimer une idée, une sensation ou une intuition. La calligraphie est-elle un art « expressif » ? Si nous supprimons la rhétorique, la signification des mots et des phrases, quel autre message pourrait être véhiculé par la calligraphie ? Dans le domaine des arts religieux, si la calligraphie n’avait pas été mise au service de l’écriture du texte coranique, comment aurait-elle été considérée comme art religieux ? Est-ce uniquement le thème (le Coran) qui fait de l’art calligraphique, un art religieux ?
Pour répondre à ces questions, il faut préciser que si la calligraphie n’avait pas été exploitée en tant que moyen d’expression des notions métaphysiques, elle n’aurait pas dépassé les limites de « technique » et ne serait jamais devenue un art. Il est donc exclu de croire que la calligraphie aurait pu ne pas être utilisée pour l’écriture du texte coranique. Comme nous l’avons déjà évoqué, la présence du livre sacré est à l’origine de l’apparition et du développement de la calligraphie islamique. Il est à noter ici que dans les civilisations où il n’existait pas de liens avec un texte sacré, comparable aux liens existant dans les civilisations orientales, la nécessité du développement de l’art calligraphique n’a jamais été ressentie.
En tout état de cause, dans le monde musulman et dans les civilisations de l’Extrême-Orient, certains textes étaient considérés comme particulièrement sacrés. « Ce caractère sacré signifiait que ces textes étaient porteurs d’une essence pure, invisible et surnaturelle » [Sattâri, p. 71]. Dans ce sens, nous pouvons dire que le premier verset de la sourate LXVIII du Coran (« Le Calame ») est une indication qui pourrait inspirer les humains pour qu’ils réfléchissent aux caractéristiques inconnues de l’écriture et des propriétés occultes des lettres de l’alphabet : « Noun. Par le calame et ce qu’ils écrivent. » Cela a amené les artistes calligraphes musulmans à s’efforcer constamment de créer de nouvelles formes d’écriture. [Ferrier, p. 306]
La réalité du monde spirituel et son lien avec l’expression
Dans la vision traditionnelle du monde, l’existence du monde spirituel est considérée comme une réalité indéniable. « Le sacré est assimilé d’abord au pouvoir ensuite à la vérité. Le sacré est plein d’existence, tandis que le pouvoir sacré signifie la pure vérité, de la continuité et de l’utilité » [Eliade, p. 13]. Dans cette vision des choses, l’artiste calligraphe a des liens avec la vérité du sacré et le monde spirituel. Mais de quel aspect de ce monde sacré la calligraphie se fait-elle l’expression ? Le monde spirituel n’est pas celui des émotions et des sentiments humains. C’est le monde des vérités pures et de la perfection. Dans la vision traditionnelle du monde, le monde spirituel est l’univers des idées où chaque phénomène est représenté dans sa forme la plus parfaite (donc la plus belle). Par conséquent, la vérité serait la beauté absolue. L’artiste qui se tourne vers ce monde spirituel se détache de l’expression des différents aspects de ce bas monde, et se met au service de l’expression de la vérité céleste. Voilà la particularité la plus remarquable de l’art religieux. « L’art traditionnel s’occupe des vérités qui ont des liens profonds avec les traditions dont l’art doit être l’expression esthétique. » [Nasr, p. 495]
Les arts traditionnels sont des arts appliqués et expressifs
Etant donné le statut des traditions en tant que vérités indéniables, les arts traditionnels apparaissent comme des instruments qui répondent aux besoins réels et effectifs de l’humanité. L’art traditionnel est donc dans sa définition un art appliqué. Il est intéressant de savoir que les détracteurs des arts traditionnels s’attaquent exactement à leur vocation utilitaire. En ce qui concerne la calligraphie, ils disent que l’artiste calligraphe se sert des formes statiques et très peu évolutives de l’alphabet pour véhiculer certaines pensées humaine ou ses idées et croyances hiératiques. Ces critiques proposent ensuite l’hypothèse de la suppression des significations sémantiques de l’écriture pour en déduire que dans ce cas, la calligraphie (libérée des conventions sémantiques de l’écriture) révélerait sa juste valeur esthétique fondée sur des formes qui ne signifieraient pratiquement rien. Ils concluent finalement que la calligraphie n’est qu’un instrument à vocation utilitaire pour enregistrer et exprimer les pensées humaines.
Or, dans la vision traditionnelle, l’aspect utilitaire de l’art est sa valeur principale, car il met l’art au service de l’expression de la beauté absolue, c’est-à-dire la vérité absolue. « L’art traditionnel est un art utilitaire dans le sens exact du terme. Mais cette utilité n’est pas au service de l’homme en tant qu’être mortel, mais au service de l’homme dans le sens que l’humain est le lieu-tenant (khalifa) de Dieu sur la terre. La beauté est une nécessité de la vie pour l’homme traditionnel qui en a besoin, il a besoin d’une maison pour s’abriter contre la chaleur et le froid. » [Nasr, p. 496]
La compréhensibilité de la beauté est un moyen pour l’homme qui vit dans une civilisation traditionnelle de sortir de la matérialité de son existence, et de se rapprocher de la divinité. L’homme mortel se tourne ainsi vers la spiritualité en tant que moyen lui assurant son éternité. Le lien qu’il établit avec le monde occulte est un rapprochement de la perfection infinie. Chaque beauté et chaque expérience esthétique permettent à l’homme traditionnel de se rapprocher davantage de la source de l’émanation divine.
L’expression de la beauté est la finalité de l’art calligraphique
L’artiste calligraphe s’efforce de comprendre la beauté. Cette recherche de la beauté prend tout son sens dans une sphère culturelle où la calligraphie est considérée comme un phénomène provenant de la spiritualité. L’artiste se met en quête de la perfection, et pour reproduire les formes calligraphiques, il s’inspire du monde spirituel. En d’autres termes, l’imagination de l’artiste est fortement influencée par l’idée de la reproduction de la beauté absolue : la vérité. Le philosophe et théologien Ghazzâli (1058-1111) écrit que l’imagination ne prend pas les formes et figures du monde des apparences et des sensations, mais s’inspire directement de la source principale des formes et figures du monde céleste. Ghazzâli ajoute que l’expression de la beauté absolue est donc celle de la pure vérité. De ce point de vue traditionnel, « la calligraphie est l’expression de la spiritualité » [Ferrier, p. 306]. Le calligraphe cherche donc la meilleure équation entre les composantes de l’écriture et les formes géométriques. Les particularités esthétiques de son travail font ressortir somptuosité, énergie, mobilité et désir d’émancipation.
La calligraphie créative
Pour montrer que la calligraphie peut être une activité artistique créative et inventive, il faut évoquer plusieurs caractéristiques de son esthétisme.
Innovation
L’art calligraphique est souvent accusé de répéter à l’infini des formes statiques. Certes, ces formes ont évolué pour arriver à une perfection relative, et les artistes n’ont plus la possibilité d’y intervenir pour innover ou inventer [Castera, p. 20]. Il faut admettre que l’art calligraphique est sous l’emprise de la géométrie et des mathématiques. Mais au sein de cette géométrie stable, l’artiste calligraphe dispose d’une marge de manoeuvres qui lui donne la liberté de varier et d’inventer des styles différents. La diversité des écritures islamiques témoigne de la liberté d’action du calligraphe pour exhaler son imagination, sa créativité et son individualité. Mais la nature géométrique de la calligraphie confine ces innovations, et les force à rester dans l’espace défini par les règles mathématiques. Il ne s’agit donc pas d’innovation dans le sens occidental du terme, car dans l’art occidental, l’artiste est autorisé à considérer les choses d’une manière subjective en donnant la primauté à ses états de conscience. Le travail du calligraphe oriental semble plus difficile, car il devra encadrer sa subjectivité par les règles. La créativité et l’individualité sont exprimées à posteriori, lorsque l’artiste calligraphe réussit à montrer sa « sincérité » et sa « dignité ».
Sincérité et dignité
Au-delà des règles techniques, la calligraphie islamique est fondée sur une série de caractéristiques qualificatives. Le calligraphe apprend d’abord les principes techniques de son art. Ensuite, les qualités visuelles de son travail ressortent progressivement de ses œuvres. Il peut arriver à l’étape de la « sincérité » [Mayel Heravi, p. 151], une qualité plus ou moins mystique qui permet à l’artiste de manifester un peu sa subjectivité. Cependant, les signes extérieurs de l’innovation et de l’individualité ne sont pas encore visibles.
L’artiste calligraphe doit ensuite atteindre l’étape suivante, celle de la « dignité ». En s’appuyant à ce qu’il a appris techniquement, le calligraphe a le droit de montrer ses perceptions et idées, en respectant les principes et les caractéristiques des formes stables. L’artiste qui arrive à cette étape n’imite plus son maître. Son œuvre est témoin d’une nouvelle personnalité artistique. L’artiste devra alors « se libérer » de tout ce qui est pompeux et emphatique.
Calligraphie de Alirezâ BarezkârLiberté
Un style libéré de tout élément emphatique permet à l’artiste calligraphe d’exprimer son imagination, dans le respect des règles. C’est en atteignant ce stade que l’artiste crée des œuvres originales et inimitables. Le calligraphe n’obéit plus qu’à sa foi. Les mouvements du calame ne répètent plus ce que l’artiste avait déjà appris et longtemps répété, mais une forme perfectionnée et évoluée des formes qui lui semblaient autrefois statiques et éternelles. Plus l’artiste se libère, plus les lignes droites disparaissent dans son œuvre pour céder la place aux courbes. En effet, dans la calligraphie iranienne, l’évolution historique de l’art calligraphique est caractérisée par un mouvement général conduisant les artistes de la ligne droite vers la courbe. C’est une évolution cosmique, car le cercle est le symbole du cosmos (du grec « kosmos », bon ordre), c’est-à-dire l’univers considéré comme un système bien ordonné. Dans la vision traditionnelle, l’homme est un microcosme, un petit univers et une image réduite du monde auquel il correspond, partie à partie. Il a donc la capacité de créer. Les formes calligraphiques évoluées et innovées symbolisent le processus de la création à l’intérieur de l’homme. La technique artistique de l’art abstrait, si cher aux yeux des artistes occidentaux, est alors manifestée dans la calligraphie islamique sous forme d’une abstraction géométrique. Cette expression ne devient possible que lorsque l’artiste arrive à l’étape de la « liberté ». Dans cette vision propre à l’art traditionnel, la créativité, l’innovation et l’individualité ne sont pas perçues à la lumière de la rupture ou la négation, mais dans le sens de la continuité et de la perfection.
Conclusion
L’évaluation des valeurs esthétiques des arts traditionnels en général, et de la calligraphie en particulier, ne serait possible que grâce à la connaissance de la nature et de l’essence de ces activités artistiques. Il est certain que cette connaissance ne peut être comprise selon des références et des critères étrangers à la vision du monde de l’art traditionnel. « La compréhension de l’art calligraphique est rendue possible uniquement grâce à la connaissance des origines culturelles, littéraires, religieuses et historiques de la civilisation au sein de laquelle la calligraphie a évolué. » [Safwat, p. 9] L’objectif de l’historien des arts n’est pas de prouver que les arts traditionnels correspondent ou non aux valeurs et aux critères occidentaux. La comparaison avec ces critères ne serait donc légitime que pour rendre justice à la calligraphie et reconnaître que ses valeurs vont au-delà de son cadre local.
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