mardi 28 juin 2011

Le Voyage nocturne et l’Ascension... Leçons et enseignements

Le Voyage nocturne et l’Ascension... Leçons et enseignements

Quels sont les principaux enseignements que le Musulman doit tirer de l’épisode du Voyage nocturne et de l’Ascension (al-isrâ’ wal-mi`râj) ?

Réponse de Sheikh Yûsuf `Abd Allâh Al-Qaradâwî


Le Voyage nocturne que Dieu offrit à Son Messager — paix et bénédiction sur lui — est le voyage terrestre de La Mecque vers Jérusalem, de la Mosquée Sacrée vers la Mosquée Al-Aqsâ. Il s’agit d’un voyage terrestre qui eut lieu de nuit. L’Ascension, quant à elle, est un voyage de la Terre vers le Ciel, de Jérusalem vers les cieux les plus élevés, vers un point auquel nul homme n’avait auparavant jamais accédé, vers le Jujubier de la Limite (sidrat al-muntahâ), vers un endroit que Seul Dieu connaît. Ces deux voyages furent une étape importante de la vie du Prophète — paix et bénédiction sur lui — et du parcours suivi à la Mecque par sa nouvelle religion. Ces voyages intervinrent après que le Prophète eut goûté de la part de Quraysh toutes les formes de persécutions et de souffrances.

Dieu, le Très-Haut, offrit ce voyage à Son Messager, le Voyage nocturne et l’Ascension, en tant que soulagement et réconfort pour tout ce qu’il avait souffert, et en tant que compensation pour tout ce qu’il avait enduré. Dieu — Exalté soit-Il — lui fit ainsi savoir que si les habitants de la Terre se sont détournés de toi, alors les habitants du Ciel sont venus à toi, et si ces hommes t’ont rejeté, alors Dieu t’a accueilli et les Prophètes t’ont suivi, en te désignant comme leur Imam. Il s’agissait ainsi d’une compensation et d’un honneur faits au Messager — paix et bénédiction sur lui — de la part de Dieu — Exalté soit-Il. Il s’agissait également pour le Prophète d’une préparation à l’étape suivante de sa mission. En effet, il devrait, quelque temps plus tard (trois années selon certains et dix-huit mois selon d’autres), endurer de grandes épreuves... Ce qui est sûr, c’est que cet épisode eut lieu avant l’Hégire. Le Voyage nocturne et l’Ascension étaient une préparation à l’ère post-hégirienne, à cette ère de lutte armée au cours de laquelle le Prophète — paix et bénédiction sur lui — allait entrer en confrontation avec tous les Arabes. Tous les Arabes allaient se réunir tels un seul homme pour diriger leurs flèches contre le Prophète. De nombreux fronts allaient s’ouvrir et s’opposer à sa mission universelle.

A l’occasion de l’anniversaire du Voyage nocturne et de l’Ascension, les choses les plus importantes sur lesquelles il faut insister sont au nombre de deux. La première est la Mosquée Al-Aqsâ. Il est nécessaire de comprendre la manière dont Dieu — Exalté soit-Il — établit un lien entre la Mosquée Sacrée et la Mosquée Al-Aqsâ et la manière dont Il nous informa que le choix de la Mosquée Al-Aqsâ était intentionnel. En effet, le Prophète — paix et bénédiction sur lui — aurait très bien pu monter au Jujubier de la Limite depuis La Mecque.

Nous devons donc méditer les raisons pour lesquelles ce Voyage nocturne eut lieu de la Mosquée Sacrée à la Mosquée Al-Aqsâ ainsi que les raisons pour lesquelles le Messager de Dieu — paix et bénédiction sur lui — ne monta pas directement de la Mosquée Sacrée aux cieux les plus élevés. Ceci nous indique en effet que le passage par cette sainte étape, par Jérusalem, par cette terre que Dieu bénit pour les mondes, par la Mosquée Al-Aqsâ, était intentionnel. Par ailleurs, le fait que le Messager de Dieu — paix et bénédiction sur lui — dirigeât la prière des Prophètes à Jérusalem comporte une profonde signification. Ainsi, le commandement revenait désormais à une nouvelle communauté et à un nouveau message, à un message universel. Contrairement aux messages antérieurs pour lesquels chaque prophète fut envoyé à son peuple, celui-ci se voulait être un message général et éternel destiné à toute l’humanité.

Ce lien entre les deux Mosquées, la Mosquée Sacrée et la Mosquée Al-Aqsâ, fut établi afin que le Musulman ressente que chacune d’elles a sa sainteté propre. Ainsi, l’une fut le point de départ du Voyage nocturne, l’autre en fut le point d’arrivée. Ceci indique donc que celui qui abandonne la Mosquée Al-Aqsâ est à deux doigts d’abandonner la Mosquée Sacrée, celui qui abandonne le point d’arrivée du Voyage nocturne peut parfaitement abandonner son point de départ. Dieu — Exalté soit-Il — voulut donc établir un lien entre les deux Mosquées, la Mosquée qui fut le point de départ du Voyage nocturne et la Mosquée qui en fut le point d’arrivée, la Mosquée Sacrée et la Mosquée Al-Aqsâ. Dieu — Exalté soit-Il — voulut que ces deux Mosquées, la Mosquée Sacrée et la Mosquée Al-Aqsâ, fussent reliées entre elles dans l’âme de chaque Musulman. Dieu insista sur la Mosquée Al-Aqsâ « dont Nous avons béni l’alentour » [1]. Il fit attribut de la bénédiction pour décrire cette Mosquée, et ce, avant même la construction de la Mosquée du Messager de Dieu — paix et bénédiction sur lui. En effet, la Mosquée du Prophète ne fut édifiée qu’après l’Hégire, à Médine. Dieu voulut donc consolider cette idée et la raffermir dans les consciences et les cœurs des Musulmans, afin qu’ils n’abandonnent aucune des deux Mosquées. Car celui qui abandonne la Mosquée Al-Aqsâ est à un pas d’abandonner la Mosquée Sacrée. Cette Mosquée fut intimement reliée à l’épisode du Voyage nocturne et de l’Ascension ; c’est vers elle que, pendant une longue période, les Musulmans se tournèrent pour leur prière, après que cette dernière eut été prescrite. Les Musulmans priaient vers Jérusalem : Jérusalem fut leur direction de prière (qiblah) pendant trois ans à la Mecque et pendant seize mois à Médine. Ils prièrent vers cette Mosquée de Jérusalem qui était alors la première direction des Musulmans. Cette Mosquée est donc la première direction de prière des Musulmans, la terre du Voyage nocturne et de l’Ascension, et la Mosquée vers laquelle les Musulmans voyagent exclusivement, conjointement avec la Mosquée Sacrée et la Mosquée du Prophète. Jérusalem devient ainsi la troisième ville sainte de l’Islam, après La Mecque et Médine.

C’est de cette manière que les Musulmans doivent saisir l’importance de Jérusalem dans leur histoire et l’importance de la Mosquée Al-Aqsâ dans leur religion, dans leur foi et dans leur vie. C’est pour cette raison que les Musulmans, tout au long de l’histoire, ont toujours œuvré pour que cette Mosquée reste entre leurs mains.

Dieu — Exalté soit-Il — voulut établir un lien entre cette Mosquée et l’anniversaire du Voyage nocturne et de l’Ascension, et ce, afin que chaque année, à l’approche de cet anniversaire à la fin du mois de Rajab [2], lorsque les Musulmans, où qu’ils soient, célèbrent cet épisode, ils se rappellent cette grave question, cette cause sacrée... Nous ne pouvons pas, chers frères, l’abandonner. Si les Juifs ont rêvé d’établir un État et qu’ils sont parvenus à réaliser leur rêve, nous devons, nous aussi, rêver qu’il nous est impossible d’abandonner notre Mosquée. Même si la réalité amère qui nous fait face se rend dans toute l’ampleur de sa reddition et est vaincue dans toute l’ampleur de sa défaite, nous ne devons pas nous y soumettre et accepter ainsi la déroute.

Nous devons avoir la foi que Dieu — Exalté soit-Il — est avec nous, qu’Il est notre Secours, qu’Il fera triompher Sa religion sur toutes les autres religions et qu’Il est le Secoureur de la Communauté croyante, ainsi que l’a rapporté l’Imam Ahmad et At-Tabarânî, d’après Abû Umâmah Al-Bâhilî — que Dieu l’agrée, selon qui, le Prophète — paix et bénédiction sur lui — a dit : « Il restera un groupe de ma Communauté, établissant la justice et vainquant leurs ennemis, auxquels nul, parmi ceux qui leur tiendront front, ne pourra causer du tort — sauf à être trahis — jusqu’à ce que le Commandement de Dieu (le Jour du Jugement dernier) arrive alors que leur attitude demeurera inébranlable. » On demanda : « Ô Messager de Dieu, et où sont-ils ? » Il répondit : « A Jérusalem et dans les alentours de Jérusalem. »

Tel est le premier enseignement à tirer de l’épisode du Voyage nocturne et de l’Ascension.

Le second enseignement est celui qui concerne la prière. On sait que la prière fut prescrite lors de cette nuit grandiose. Nous savons à notre époque que lorsqu’un pays souhaite une chose importante, il en fait part à son ambassadeur. En outre, il ne lui suffit pas d’envoyer à cet ambassadeur un message dans la valise diplomatique. Bien au contraire, il le convoque pour qu’il se présente en personne. Or, le Prophète — paix et bénédiction sur lui — est l’Ambassadeur de Dieu vers Sa création — à Dieu appartient cependant le meilleur exemple [3]. Ainsi, Dieu convoqua Son Ambassadeur, le fit voyager de nuit, puis le fit monter jusqu’au Jujubier de la Limite. Et c’est là que furent prescrites les cinq prières quotidiennes.

Tous les cultes furent prescrits sur Terre, excepté la prière qui fut prescrite au Ciel. Ceci constitue une preuve de l’importance capitale de ce culte, de ce devoir et de ce pilier de l’Islam. La prière est ainsi le vestige qui nous reste de ce Voyage, le seul vestige matériel qui nous reste. En effet, la prière constitue l’ascension propre de chaque Musulman, l’ascension spirituelle qui lui permet de s’élever jusqu’à Dieu — Exalté soit-Il. C’est comme si le Messager nous était revenu avec un présent de son Voyage grandiose [4]. Ce présent consiste précisément en cette prière que le Musulman doit accomplir en signe d’adoration de Dieu — Exalté soit-Il.

C’est pour cette raison que nous devons rappeler l’importance de cette prière, en particulier dans la mesure où elle est liée à la Mosquée Al-Aqsâ. En effet, lorsque la prière fut prescrite, et jusqu’à l’ère post-hégirienne, cette Mosquée fut la première direction de prière des Musulmans. Si, d’après l’hypothèse la plus probable, le Voyage nocturne eut lieu en l’an dix de la mission [5], alors les Musulmans prièrent pendant trois ans avant l’Hégire, puis encore seize mois après, tournés vers Jérusalem. Jérusalem fut la première direction de prière des Musulmans, après quoi Dieu leur ordonna de se tourner désormais vers la Mosquée Sacrée : « Où que vous soyez, tournez-y vos visages. » [6].

Les Juifs provoquèrent alors à Médine un tollé général au sujet de cette affaire. « Les faibles d’esprit parmi les gens vont dire : ‹Qui les a détournés de la direction (qiblah) vers laquelle ils s’orientaient auparavant ?› » [7] Ils répandirent la rumeur que la prière des Musulmans, avant le changement de direction, était nulle et que sa récompense était perdue. Dieu leur répondit par le verset précédent, ajoutant : « Et Nous n’avions établi la direction (qiblah) vers laquelle tu te tournais que pour savoir qui allait suivre le Messager et qui allait s’en retourner sur ses talons. C’était un changement difficile, mais pas pour ceux que Dieu a guidés. Et ce n’est pas Dieu qui vous fera perdre la récompense de votre foi, car Dieu, certes, est Compatissant et Miséricordieux pour les hommes » [8]. Ici, le mot « foi » désigne la prière : Dieu exprime la prière en parlant de foi car la prière est précisément une expression de la foi de l’individu.

La prière est ainsi donc l’ascension propre de chaque Musulman. Si le Prophète — paix et bénédiction sur lui — monta vers les cieux les plus élevés, sache que tu as à ta disposition, cher frère Musulman, une ascension spirituelle par laquelle tu peux monter indéfiniment vers Dieu — Exalté soit-Il -, et ce, grâce à la prière, au sujet de laquelle, le Très Haut dit dans un hadith sacré : « J’ai partagé la prière en deux parts, l’une pour Moi, l’autre pour Mon Serviteur, et à Mon Serviteur ce qu’il demande. Si Mon Serviteur dit : « Louanges à Dieu, Seigneur des Mondes. » [9], Je dis : Mon Serviteur M’a loué. S’il dit : « Le Clément, le Miséricordieux. » [9], Je dis : Mon Serviteur M’a rendu les hommages. S’il dit : « Le Maître du Jour de la Rétribution. » [9], Je dis : Mon Serviteur M’a glorifié. S’il dit : « C’est Toi que nous adorons et c’est Toi que nous implorons. » [9], Je dis : Cela Nous concerne Moi et Mon Serviteur, et à Mon Serviteur ce qu’il demande. S’il dit : « Guide-nous vers le droit chemin. Le chemin de ceux que Tu as comblés par Tes bienfaits, non le chemin de ceux qui ont encouru Ta colère ni de ceux qui se sont égarés. » [9], Je dis : Cela est pour Mon Serviteur, et à Mon Serviteur ce qu’il demande. »

Notes 
[1] Sourate 17 intitulée le Voyage nocturne, Al-Isrâ’, verset 1.

[2] Rajab est le septième mois du calendrier musulman.

[3] Expression prononcée par les Musulmans lorsqu’ils comparent le divin à des exemples matériels, pour mieux faire comprendre leurs propos. Cette expression est une sorte d’excuse signifiant que Dieu est certes incomparable, mais qu’on peut utiliser tel ou tel exemple pour mieux faire ressortir telle ou telle idée.

[4] Nous recommandons la lecture de ces lignes de l’Imâm-exégète Muhammad Mitwallî Ash-Sha`râwî : "Le cadeau de la Proximité pour la proximité".

[5] L’an -3 du calendrier musulman.

[6] Sourate 2 intitulée la Vache, Al-Baqarah, verset 144.

[7] Sourate 2 intitulée la Vache, Al-Baqarah, verset 142.

[8] Sourate 2 intitulée la Vache, Al-Baqarah, verset 143.

[9] Il s’agit des versets de la sourate 1 intitulée le Prologue, Al-Fâtihah, que le Musulman doit réciter à chaque cycle de prière (rak`ah).

Source: http://www.islamophile.org/spip/Le-Voyage-nocturne-et-l-Ascension.html

mardi 21 juin 2011

La civilisation : les causes de son apparition et de sa décadence d’après le Coran

Salam alaikoum,
 
l'article suivant, n'est pas à propement parlé, basé seuleument sur des sources sunnites mais il est enrichissant.

La civilisation : les causes de son apparition et de sa décadence d’après le Coran
 
Zeinab Moshtaghi
 
 
 
De nombreuses théories ont été formulées à propos des causes de l’origine et de la décadence des civilisations, certaines insistant avant tout sur les raisons spirituelles, et d’autres sur les raisons matérielles d’un tel phénomène. Cependant, pour connaître la civilisation, il faut d’abord connaître l’homme et, selon le Coran, connaître l’homme indépendamment de son Créateur et de ce pour quoi il a été créé est impossible.

Deux théories principales ont donc été formulées pour expliquer l’apparition des civilisations : une première dans laquelle l’homme est l’axe (ensân mehvâr), et qui considère la civilisation comme un groupement d’hommes qui entretiennent entre eux des relations en vue d’atteindre certains buts matériels et spirituels, et d’arriver ainsi à ce qu’il considère être la meilleure vie possible pour chacun de ses membres en tant qu’individus. Une seconde théorie est basée sur le pouvoir et la puissance sous ses différentes formes, et considère la civilisation comme l’actualisation de l’ensemble des capacités humaines et l’emploi de différentes formes de puissance en vue d’atteindre le maximum de puissance et de plaisir dans cette vie terrestre. Ici, la civilisation est axée sur le groupe et parfois la race, et donc sur une forme particulière d’égoïsme. En d’autres termes, la civilisation est ici définie comme l’acquisition pure de puissance sans se préoccuper du bien être de chaque individu, et répond à une logique de fin qui justifie les moyens.

En outre, les écoles qui pensent que l’univers et le monde sont des réalités exclusivement matérielles, et qu’ils ont été créés à un moment déterminé puis seront voués à la destruction, ont une définition particulière du progrès et de la décadence. Face à cela, les écoles pour qui l’homme ne se limite pas à sa dimension matérielle mais a une âme qui constitue sa vérité profonde et qui survit à la mort physique ont également une définition propre du progrès et de la décadence.
Définition de la civilisation

La civilisation puise ses sources dans un système des valeurs et de pensée mais aussi dans la puissance, la richesse culturelle, ainsi que dans les capacités d’analyse et la puissance créatrice de chaque groupement humain. Se civiliser signifie une révolution dans la pensée ainsi que la conception du monde et de la société qui a, à son tour, de profondes implications dans les comportements individuels, sociaux et politiques de l’homme. Selon le Coran, les prophètes sont à l’origine de ces transformations. La civilisation au sens vrai est conçue comme étant avant tout centrée sur l’homme, et se devant de répondre à ses buts matériels qui eux-mêmes servent des objectifs spirituels. D’après la sourate "Al-Jumu’ah (Le vendredi), verset 2, le but de la révélation prophétique et de la mission divine est d’une part d’enseigner aux hommes, d’autre part de les purifier : "C’est Lui qui a envoyé au milieu des hommes sans Livre [les Arabes] un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident". De même, dans le Nahj al-Balâgha, l’Imâm Ali évoque le fait que le Prophète ait fait deux choses importantes : il a d’abord donné le savoir au peuple et lui a enseigné le vrai et le faux, ainsi que le licite et l’illicite, puis il l’a ainsi sauvé de l’égarement. On peut donc ici conclure que l’égarement et l’ignorance sont deux causes importantes de décadence, et c’est la raison pour laquelle l’islam accorde une importance centrale à l’enseignement et à l’apprentissage. Certains hadiths du prophète Mohammad invitent ainsi "à se mettre en quête de la science, même si elle est en Chine (destination lointaine)". Selon cette logique, la religion sauve de l’égarement et la science sauve de l’ignorance. Selon le Coran, le rôle des prophètes dans le processus de civilisation des peuples dans le sens premier, c’est-à-dire servant les hauts buts spirituels de l’homme, est donc essentiel. Ainsi, le prophète Mohammad introduit chez un peuple idolâtre, décadent et désuni, une foi et une connaissance qui le transforme peu à peu en la plus grande civilisation humaine et spirituelle de l’humanité, en faisant de la piété, de la réalisation de la justice, et de la quête des hautes sciences divines les buts de leur communauté. La culture, les sciences, la littérature, l’art… qui sont des phénomènes propres à toute civilisation sont dès lors mis au service non pas d’objectifs de puissance égoïstes, mais de dépassement de soi et de la réalisation de l’ensemble des potentialités spirituelles de l’homme. Ainsi, une vraie civilisation se réalise au travers d’un peuple ayant bénéficié de l’enseignement des prophètes, et qui s’efforce de l’actualiser dans tous les domaines de la vie individuelle et sociale.

Comme l’histoire l’atteste, le Coran dit clairement qu’aucune civilisation n’est éternelle : "Pour chaque communauté, il y a un terme. Quand leur terme est arrivé, ils ne peuvent le retarder d’une heure et ils ne peuvent le hâter non plus." (sourate "Al-A’raf", verset 34). Ainsi, d’après le Coran, tout comme chaque être humain, chaque communauté a une fin. Selon de nombreux versets du Coran, l’oppression est la cause de la fin des civilisations : "Que de cités Nous avons détruites ! Or, Notre rigueur les atteignit au cours du repos nocturne ou durant leur sieste. Leur invocation, lorsque leur survint notre rigueur, se limita à ces paroles : “Certes nous étions injustes”" (sourate "Al-A’râf", versets 4-5) ; "Ton Seigneur ne fait pas périr des cités avant d’avoir envoyé dans leur métropole un Messager pour leur réciter Nos versets. Et Nous ne faisons périr les cités que lorsque leurs habitants sont injustes" (sourate "Al-Qasas" (L’histoire), verset 59) ; "Nous avons fait périr les générations d’avant vous lorsqu’elles eurent été injustes alors que leurs messagers leur avaient apporté des preuves. Cependant, elles n’étaient pas disposées à croire. C’est ainsi que Nous rétribuons les gens criminels" (sourate "Yunous" (Jonas), verset 13) ; ou encore : "Que de cités, donc, avons-Nous fait périr, parce qu’elles commettaient des tyrannies. Elles sont réduites à des toits écroulés : Que de puits désertés ! Que de palais édifiés (et désertés aussi) !" (sourate "Al-Hajj" (Le pèlerinage), verset 45) Le verset 165 de la sourate "Al-An’âm" (Les bestiaux) dit aussi qu’à chaque période, Dieu fait venir un peuple héritier qui remplace les anciennes civilisations : "C’est Lui qui a fait de vous les successeurs sur terre et qui vous a élevés, en rangs, les uns au-dessus des autres, afin de vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. (Vraiment) ton Seigneur est prompt en punition, Il est aussi Pardonneur et Miséricordieux". Dieu a ainsi envoyé les prophètes aux peuples afin de leur faire rappeler Son serment [1], qui a un rôle essentiel dans la vie des peuples et civilisations car jusqu’au moment où le peuple élu le respecte et n’outrepasse pas les lois divines, son autorité demeurera. Ainsi, dans les versets 116-117 de la sourate "Houd", il est dit que dès lors que les habitants d’une cité sont vertueux, ils ne périront pas : "Si seulement il existait, dans les générations d’avant vous, des gens vertueux qui interdisent la corruption sur terre ! (Hélas) il n’y en avait qu’un petit nombre que Nous sauvâmes, alors que les injustes persistaient dans le luxe (exagéré) dans lequel ils vivaient, et ils étaient des criminels. Et ton Seigneur n’est point tel à détruire injustement des cités dont les habitants sont des réformateurs".
 
 
Ainsi, à chaque période, Dieu donne l’autorité sur terre à un peuple afin de l’éprouver. C’est pourquoi, si Dieu choisit la décadence pour un peuple, Il l’éloigne de la voie directe, lui fait rejeter les ordres divins et met ses pas dans la voie de Satan. Dans les versets 94-102 de la sourate "Al-A’râf", Dieu dit : "Nous n’avons envoyé aucun prophète dans une cité, sans que Nous n’ayons pris ses habitants ensuite par l’adversité et la détresse afin qu’ils implorent (le pardon). Puis Nous avons changé leur mauvaise condition en y substituant le bien, au point qu’ayant grandi en nombre et en richesse, ils dirent : “La détresse et l’aisance ont touché nos ancêtres aussi.” Eh bien, Nous les avons saisis soudain, sans qu’ils s’en rendent compte. Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont démenti et Nous les avons donc saisis, pour ce qu’ils avaient acquis.

Les gens des cités sont-ils sûrs que Notre châtiment rigoureux ne les atteindra pas la nuit, pendant qu’ils sont endormis ? Les gens des cités sont-ils sûrs que Notre châtiment rigoureux ne les atteindra pas le jour, pendant qu’ils s’amusent ? Sont-ils à l’abri du stratagème de Dieu ? Seuls les gens perdus se sentent à l’abri du stratagème de Dieu. N’est-il pas prouvé à ceux qui reçoivent la terre en héritage des peuples précédents que, si Nous voulions, Nous les frapperions pour leurs péchés et scellerions leurs cœurs, et ils n’entendraient plus rien ? Voilà les cités dont Nous te racontons certaines de leurs nouvelles. [A ceux-là,] en vérité, leurs messagers leur avaient apporté les preuves, mais ils n’étaient pas prêts à accepter ce qu’auparavant ils avaient traité de mensonge. C’est ainsi que Dieu scelle les cœurs des mécréants. Et Nous n’avons trouvé chez la plupart d’entre eux aucun respect de l’engagement ; mais Nous avons trouvé la plupart d’entre eux pervers".

Selon ces versets, l’un des facteurs importants de décadence des civilisations est l’orgueil et la négligence des signes divins. Ainsi, après être arrivé à la puissance, un peuple qui s’enorgueillit, devient oppresseur et commet des péchés sera atteint par le châtiment divin. De plus, selon les versets 27-28 de la sourate "Al-Baqara" (La vache), le péché et la perversion sont les conséquences de l’absence de respect du serment prééternel conclu avec Dieu : "[les pervers] qui rompent le pacte qu’ils avaient fermement conclu avec Dieu, coupent ce que Dieu a ordonné d’unir, et sèment la corruption sur la terre. Ceux-là sont les vrais perdants. Comment pouvez-vous renier Dieu alors qu’Il vous a donné la vie, quand vous en étiez privés ? Puis Il vous fera mourir ; puis Il vous fera revivre et enfin c’est à Lui que vous retournerez."

D’après le verset 132 de la sourate "Al-A’raf", quand un peuple ne respecte pas son serment envers Dieu, Dieu fait hériter de leur vaste et fécond pays un peuple faible, mais croyant et clairvoyant : "Et les gens qui étaient opprimés, Nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que Nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour prix de leur endurance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient."

Nous voyons ainsi que selon le Coran, le simple fait d’habiter au sein d’une ville n’est pas une preuve de civilisation. Il faut qu’une société soit dénuée de tout polythéisme, soit guidée par la foi, la raison et une morale juste et appliquée afin qu’elle soit qualifiée de "civilisée". De même, la personne qui combat le polythéisme, les passions, les diverses formes de corruptions et le fanatisme qui sont des signes d’ignorance, est civilisée. L’homme civilisé est donc celui qui agit selon la vérité, c’est le disciple d’Abraham : "Qui donc aura en aversion la religion d’Abraham, sinon celui qui sème son âme dans la sottise ?" (sourate "Al-Baqara" (La vache), verset 130). Le verset 17 de la sourate "Al-Isrâ’" (Le voyage nocturne) fait également référence à cette réalité : "Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous ordonnons à ses gens opulents [d’obéir à Nos prescriptions], mais (au contraire) ils se livrent à la perversité. Alors la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons entièrement."

Ainsi, le critère de la civilisation selon le Coran consiste à reconnaître que Dieu seul gouverne l’homme et l’univers, et à suivre Ses commandements insistant sur le développement de la réflexion et la purification de l’âme de chacun, qui sont indissociables du bonheur même de la société. Une société pourra atteindre sa perfection si elle possède la foi, et si ses membres sont vertueux dans leurs pensées et actes. Face à cela, le Coran évoque qu’il a existé des communautés exclusivement tournées vers les jouissances terrestres, et qui pensaient qu’une société heureuse et développée était celle dont les membres jouissaient le plus des ressources matérielles de ce monde. Ces communautés, comme celle de Pharaon, sont selon le Coran vouées à la destruction. Le verset 45 de la sourate "Sabâ’" fait allusion à cette réalité : "Ceux d’avant eux avaient [aussi] démenti (leurs messagers). [Les Mecquois] n’ont pas atteint le dixième de ce que Nous leur avons donné [en force et en richesse]. Ils traitaient Mes Messagers de menteurs. Et quelle réprobation fut la mienne !"

Nous pouvons également citer l’exemple de Kâroun (Coré), un homme très riche du peuple de Moïse. Dieu lui donna de nombreux trésors, et il pensait que sa richesse était le résultat de son propre savoir et non une faveur de Dieu. Il fut donc englouti par la terre avec ses trésors. Les versets 76-81 de la sourate "Al-Qasas" (L’histoire) évoquent son destin funeste : "En vérité, Kâroun [Coré] était du peuple de Moïse mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné des trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit : […]“Sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Dieu n’aime point les corrupteurs”. Il dit : “C’est par une science que je possède que ceci m’est venu”. Ne savait-il pas qu’avant lui Dieu avait fait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés” ! Il sortit à son peuple dans tout son apparat. […]Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors de Dieu ne fut là pour le secourir, et il ne pût se secourir lui-même."
 
 
Le Coran cite l’exemple de nombreux peuple dont celui de Houd, qui vivait à Ahqâf. Ses membres étaient de grandes statures et forts, et leurs cités étaient très peuplées, fécondes, avec beaucoup de jardins. Les versets 6-9 de la sourate "Al-Fajr" (L’aurore) disent cependant : "N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les ’Ad, [avec] Iram, [la cité] à la colonne remarquable, dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes ? et avec les Thamud qui taillaient le rocher dans la vallée ?" Le peuple de Houd, les ’Ad, possédait des bâtiments qui n’avaient d’exemple dans aucun pays, mais il devint idolâtre et construisit une idole dans chaque quartier. Pour le guider, Dieu lui envoya Houd, mais ses habitants n’acceptèrent pas ses conseils et le renièrent : "Les ’Ad ont traité de menteur (leur Messager). Comment furent Mon châtiment et Mes avertissements ? Nous avons envoyé contre eux un vent violent et glacial, en un jour néfaste et interminable ; il arrachait les gens comme des souches de palmiers déracinés. Comment furent Mon châtiment et Mes avertissements ?" (sourate "Al-Qamar" (La lune), versets 18-21). Les Thamoud, le peuple de Sâleh, étaient quant à eux des Arabes vivant dans une vallée entre Médine et la Syrie. Ils étaient également développés, et creusèrent le roc de la vallée pour y édifier des palais et maisons. Cependant, il y avait parmi eux des personnes corrompues qui adoraient les idoles. Et quand le prophète Sâleh les invita à la foi en Dieu, ils lui répondirent qu’ils ne faisaient que suivre les traditions de leurs pères. Ils lui demandèrent aussi un miracle : Sâleh leur apporta une chamelle comme miracle ; mais ils le tuèrent, et Dieu les châtia.

L’un des aspects centraux du développement et de la civilisation est la culture : elle est non seulement l’une des causes à la base de l’émergence des civilisations, mais aussi celle de leur décadence, parce que la corruption de la culture entraîne la destruction des bases de la foi, de la morale et du savoir. D’après l’Ayatollah Khomeiny, la réforme d’une nation et l’évolution des mentalités implique la réforme de la culture. Mais comme le souligne le Coran, c’est avant tout la foi qui peut faire renaître un peuple, et permet la manifestation des plus hautes qualités humaines qui permettent un développement harmonieux de la société tant sur le plan matériel que spirituel. L’Imâm Ali a également évoqué que les Etats et les sociétés humaines deviennent décadentes lorsque les principes des valeurs sont détruits, lorsque la ruse devient une valeur et qu’au lieu des hommes de savoir, les personnes viles occupent les postes de pouvoir.
Conclusion

En guise de conclusion, nous citons plusieurs versets du Coran venant résumer les aspects essentiels de notre propos : "Si seulement il existait, dans les générations d’avant vous, des gens vertueux qui interdisent la corruption sur terre ! (Hélas) Il n’y en avait qu’un petit nombre que Nous sauvâmes, alors que les injustes persistaient dans le luxe (exagéré) dans lequel ils vivaient, et ils étaient des criminels." (sourate "Houd", verset 116) ; "En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Et lorsque Dieu veut [infliger] un mal à un peuple, nul ne peut le repousser : ils n’ont en dehors de lui aucun protecteur." (sourate "Ar-Ra’d" (Le tonnerre), verset 11) : ainsi, tant qu’un peuple a la foi et fait de œuvres bonnes, Dieu ne le détruit pas ; tant qu’un peuple ne change pas ses valeurs, Dieu ne change pas son destin. En d’autres termes, tant qu’un peuple reste fidèle au serment et aux commandements divins, il perdurera. En outre, d’après les nombreux versets coraniques à propos de l’apparition et de la décadence des civilisations antérieures, il apparaît qu’au cours de l’histoire, de nombreuses civilisations prospères ont peu à peu oublié leur foi et leur serment divin, en conséquence, le châtiment divin s’est abattu sur elles. "Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont démenti et Nous les avons donc saisis, pour ce qu’ils avaient acquis" (sourate "Al-A’râf", verset 96). La civilisation signifie donc un perfectionnement de l’homme, et fournit à son tour les conditions de la manifestation de sa vérité profonde. Cependant, cette révolution doit être aidée et accompagnée d’une révélation prophétique, l’exemple le plus éclatant étant la civilisation née de l’islam. Le Coran souligne aussi que seul Dieu connaît parfaitement l’homme et l’univers, et c’est donc Lui seul qui peut lui montrer la voie de son bonheur sur terre et dans l’Au-delà en lui donnant les clés d’une vie religieuse, individuelle et sociale équilibrée et en accord avec sa nature divine originelle.

 Sources : 
 
Le Coran 
Ibn Khaldoun, Moqaddima, Traduction persane de Mohammad Parvin Gonâbâdi, Bongâh-e tarjomeh va nashr-e ketâb, Téhéran, 1961.
Tafsir Al-Qor’ân al-’Aziz (Commentaire du Coran Al-’Aziz), Edition du Caire, 1976, Vol. 1.
Ja’fari, Mohammad Taghi, Tarjomeh va tafsir-e Nahj Al-Balâgha (Traduction et commentaire de Nahj al-Balâgha), Vol. 5, Daftar-e nashr-e Farhangu-e Eslâmi, Téhéran, 1981.
Sharia’ti, ’Ali, Majmou’eh-te Athar (Œuvres complètes), Hosseynieh Ershâd, Téhéran, 1979.
Sahifeh-ye Nour (Livre de la lumière), Vol. 1 et 15.
Tabâtabâ’i, Seyyed Mohammad Hossein, Tafsir al-Mizân (Commentaire du Coran Al-Mizân), traduction persane de Seyyed Mohammad Bâgher Moussavi Hamedâni, Vol. 10, Daftar-e Enteshârât-e Eslâmi.
’Ezzati, Mortezâ, Faslnâmeh Mofid, No. 10.
Feyz-ol-Eslâm, Sayyed ’Ali Naghi, Tarjomeh va sharh-e Nahj al-Balâgha (Traduction et commentaire de Nahj al-Balâgha), Aftâb, Téhéran.
Mahmoudi Bakhtiâri, ’Aligholi, Zamineh-ye farhang va tamaddon-e Irân, Negâhi be ’Asr-e asâtir (Terreau de la culture et de la civilisation iranienne, regard sur l’époque des légendes), Vol. 1, Enteshârât-e Pâjang, 4e éd, Téhéran, 1989.
 
Source: http://www.teheran.ir/spip.php?article1380
 

lundi 30 mai 2011

De l'interdiction d'insulter le vent!

De l'interdiction d'insulter le vent

Abû al-Mundhir b. Ubayy b. Ka'b rapporte ces propos de
  l'Envoyé de Dieu (saws):
"N'insultez pas le vent. Et si vous
voyez quelque chose qui vous déplaît, dites : "Mon Dieu,
nous Te demandons les bienfaits de ce vent, de ce qu'il
véhicule et les bienfaits résultant de ce qui lui a été
ordonné. Et nous nous réfugions auprès de Toi contre les
méfaits de ce vent, de ce qu'il véhicule et contre les méfaits
résultant de ce qui lui a été ordonné." (al-Tirmidhî) (hasan sahîh)

 

Abû Hurayra a entendu ces paroles de l'Envoyé de Dieu (saws):
"Le vent provient de la Miséricorde de Dieu. Il est source de
clémence et de châtiment. Aussi si vous le voyez souffler, ne
l'insulter pas et demandez à Dieu qu'Il vous accorde ses
bienfaits et vous préserve de ses méfaits." (Abû Dâwûd)
(hasan)


'A'isha rapporte que le Prophète (saws) faisait cette invocation
quand le vent soufflait avec force :
"Mon Dieu, je Te demande
de m'accorder les bienfaits du vent, de ce qu'il véhicule et de
ce pourquoi il a été envoyé. Et je me refugie auprès de Toi
(afin que Tu me préserves) de ses méfaits, des méfaits de ce
qu'il véhicule et de ce pourquoi il a été envoyé." (Muslim)
 

mercredi 25 mai 2011

Lettres sur le Prophete et autres lettres sur la voie spirituelle

Un livre que je ne peux que recommander comme tout ce que fait Tayeb Chouiref.

 Lettres sur le Prophete et autres lettres sur la voie spirituelle

Cheikh al-'Arabî al-Darqâwî

Traduites et présentées par Tayeb Chouiref 

Par son exemple vivant et son enseignement, le Cheikh Darqâwî revivifia la spiritualité dans le Maroc du début du 19ème siècle. Après sa mort, son enseignement – consigné dans un recueil de lettres – rayonna bien au-delà des frontières du royaume chérifien.
D’après un célèbre hadith, un rénovateur (mujaddid) apparaît au début de chaque siècle afin de revivifier l’islam. Le Cheikh Darqâwî avait clairement conscience d’assumer une telle fonction. Cette revivification de l’islam n’est autre qu’un retour à la pureté des enseignements originels du Prophète. Mais contrairement aux courants littéralistes, qui affirment eux aussi faire retour aux enseignements originels, le Cheikh Darqâwî ne prône pas une imitation extérieure et aveugle. Il s’agit, pour lui, de suivre les pas du Prophète dans son cheminement vers Dieu, par la purification de l’âme et le rayonnement des vertus en elle.
Afin de mettre en lumière cet aspect des choses, le présent ouvrage rassemble les lettres du Cheikh qui évoquent la spiritualité du Prophète : nous entrons, par là même, au cœur des enseignements du grand maître spirituel que fut Darqâwî.
Pour leur majorité, les lettres présentées au lecteur sont traduites en français pour la première fois.
 

On peut le comander entre-autre chez Amazon:

http://www.amazon.fr/Lettres-Prophète-autres-lettres-spirituelle/dp/2953220070/ref=sr_1_4/278-8453187-2064215?ie=UTF8&qid=1306353571&sr=1-4

Editions Tasnim: http://www.tasnim.fr/

lundi 23 mai 2011

Les musulmans d’Ossétie du Nord

Les musulmans d’Ossétie du Nord

Par Mikhail Rochtchine*
Traduit en français par S.Tournon


Alors que la majeure partie de la population du Nord Caucase, en Russie, est musulmane, la République d’Ossétie du Nord-Alanie constitue une exception, car les musulmans y sont une minorité, petite mais visible. Cette république de 7 987 km² compte, selon le recensement de 2010, 700 858 habitants, dont 445 300 sont des Ossètes (60,7%), 164 7000 des Russes (23,2%) et 25.400 des Ingouches (5%). Les musulmans d’Ossétie du Nord sont mal connus, alors qu’ils formeraient, selon les spécialistes, près de 15% de la population. Cet article entend présenter un portrait de cette population au travers des personnes et institutions qui s’en font les porte-parole.

L’islamisation des Nord Ossètes s’est pour partie déroulée aux XVIII-XIXe siècles. Actuellement, l’immense majorité des musulmans ossètes sont sunnites, de rite hanafite. Détail intéressant, la mosquée centrale de Vladikavkaz, la capitale, monument unique dans tout le Nord Caucase, fut construite au début du XXe siècle suivant un modèle architecturale égyptien, grâce aux subventions du magnat azerbaïdjanais du pétrole Mourtaza-aga Moukhtarov, dont l’épouse, Elizaveta Touganova, était Ossète.

Renaissance de l’islam en Ossétie du Nord

A l’époque soviétique, la lutte contre les religions obligea la fermeture de toutes les mosquées d’Ossétie du Nord. Au moment de la perestroïka, et à plus forte raison à la suite de l’écroulement de l’URSS, le religieux refit surface, et les musulmans d’Ossétie du Nord purent s’exprimer de nouveau. La vieille génération, traditionnaliste, s’est réorganisée autour de la personnalité la plus connue d’alors, Dzankhot Khekilaev, décédé en 2004. En parallèle, des milliers de jeunes nord Ossètes se mirent à suivre un islam plus proche du salafisme. Cette situation aboutit à la constitution de deux structures musulmanes dans la république. En 1990, les traditionnalistes fondirent la Direction spirituelle des musulmans d’Ossétie du Nord (DSMOS) dirigée par D. Khekilaev, et les jeunes musulmans créèrent leur propre organisation, nommée de manière informelle Djamaat, officiellement inscrite en tant que Centre culturel islamique en 1996 [1]. Ces jeunes musulmans élurent pour président - ou émir - Ermak Tegaev, un homme d’une quarantaine d’années au passé criminel, incarcéré 12 ans à l’époque soviétique.

Souleyman Mamiev, chirurgien, émir adjoint et imam de la mosquée centrale de Vladikavkaz, nous a confié lors de divers entretiens tenus dans les années 2000-2004 que ce courant incluait aussi les communautés musulmanes des villes de Beslan et de Elkhotovo. Le «Djamaat» d’Ossétie du Nord collaborait étroitement avec celui de Kabardino-Balkarie dirigé par l’imam Moussa Moukojev, personnalité populaire parmi les jeunes musulmans locaux, qui passa à l’automne 2005 dans la clandestinité, devenant ainsi l’un des dirigeants de l’islam armé clandestin de Kabardino-Balkarie. Il fut tué lors d’une opération spéciale le 10 mai 2009. Souleyman Mamiev nous apprit aussi qu’au début des années 2000, la communauté musulmane de Vladikavkaz comptait près de 500 fidèles, dont la majorité était des Ossètes. Beaucoup d’étudiants tchétchènes et ingouches s’y trouvaient avant la tragédie de Beslan. Après le drame qui se déroula les 1er-3 septembre 2004 [2], ces derniers quittèrent la ville et s’installèrent dans d’autres régions de Russie, ou émigrèrent.

Vladimir Khodov, l’un des combattants qui participa à la prise de l’école de Beslan, était originaire du village ossète d’Elkhotovo. De nationalité russe, une fois ses études en madrasa terminées, il se rapprocha des «wahhabites», comme il est convenu d’appeler les partisans du fondamentalisme musulman au Nord Caucase, puis il travailla en tant que cuisinier dans l’unité du commandant tchétchène Rouslan Guelaev [3]. Dans la seconde moitié des années 2000, le «Kataïb al-haoul» (bataillon de l’horreur, en arabe), branche armée du djamaat clandestin, fut reconnu responsable de plusieurs actes terroristes en Ossétie du Nord.

Le 2 février 2005, les agents du FSB d’Ossétie du Nord, en liaison avec la Direction de la lutte contre le crime organisé du ministère de l’Intérieur, firent irruption au domicile d’Ermak Tegaev, président du Centre culturel islamique, alors âgé de 48 ans. Des témoins affirment que des explosifs ont été placés chez lui intentionnellement afin de servir de base d’accusation. Caucasus Times, qui s’est référé aux données fournies par les organes juridiques de la république, affirma que lors de l’arrestation de E. Tegaev, 270 grammes de plastic, 3 détonateurs électriques et de la littérature religieuse, des manuels, des vidéos et cassettes audio à caractère extrémiste furent saisis [4]. Plus tard, en août 2005, le tribunal régional soviétique de Vladikavkaz condamna E. Tegaev à 2 ans et demi d’enfermement en colonie. Un an plus tard, l’imam de Vladikavkaz Souleyman Mamiev partit pour la Turquie avec sa mère. Une fois libéré, Ermak Tegaev revint à Vladikavkaz et tenta de faire renaître le «djamaat» ossète, mais il disparut soudainement, dans des circonstances inexpliquées. Certains supposent qu’il a été tué par les forces spéciales.

A l’été 2004, le premier mufti de la DSMOS Dzankhot Khekilaev décéda. Un an plus tard, la DSMOS fut dirigée par Rouslan Valgassov, ancien collaborateur de la police routière. En Avril 2005, Mourat-khadji Tavkazakhov devint à son tour directeur de la DSMOS. De nombreux musulmans de la république le soupçonnaient de corruption et de détournement des diverses subventions musulmanes destinées au soutien de l’islam en Ossétie.

Ali-hadji Evteev, mufti d’Ossétie du Nord

En février 2008, Ali-hadji Evteev fut élu mufti de la DSMOS. Né à Moscou en 1974, d’un père russe et d’une mère ossète (du nom de Komaeva), il venait d’une famille musulmane qui déménagea tôt à Beslan, où il passa son enfance. A 22 ans, il se convertit à l’islam et à la fin des années 1990, il participa activement à la fondation de la «djamaat» ossète, et soutint Ermak Tegaev au poste d’émir. Plus tard, en 2000, déçu par Tegaev et par la «djamaat», Ali-khadji Evteev se rendit avec des Koumyks d’Ossétie du Nord au Caire, où il étudia 4 ans à l’université musulmane d’Al-Azar.

En 2004, il fit son petit pèlerinage en Arabie Saoudite, puis entra à l’université internationale islamique de Médine. Il garda toutefois des liens avec l’Ossétie du Nord ; il revenait d’ailleurs chez lui chaque année. En 2004, il devint l’adjoint du mufti de la république. Elu mufti alors qu’il étudiait à Médine, il prit son congé et rentra en Russie. Une fois sur place, il s’aperçut rapidement que les caisses de la DSMOS étaient vides ; tout était à refaire. Il se donna pour mission principale la réunification des musulmans d’Ossétie: des jeunes liés à la «djamaat» et des croyants plus âgés, partisans d’un islam traditionnel. Ali-khadji Evteev s’opposa à la lutte armée des musulmans au Nord Caucase, car elle ne respectait pas la charia qu’il se refusait d’aborder de manière littérale. De plus, le retour aux sources et la perception du monde musulman sur la base du Coran et de la Sunna devaient, selon lui, aider les musulmans d’Ossétie du Nord à s’insérer dans le monde actuel. En avril 2009, le Congrès des musulmans d’Ossétie du Nord confirma Ali-khadji Evteev à son poste de mufti de la république. C’était la première fois que des musulmans d’Ossétie du Sud, ceux-là mêmes qui actuellement cherchent à fonder une communauté musulmane dans leur région, participaient à ce congrès [5].

Le plus grand succès d’Ali Evteev fut certainement d’avoir pu éviter le schisme entre les générations d’Ossètes musulmans et d’avoir rapproché les communautés musulmanes d’Ossétie du Nord sous l’égide de la DSMOS. En outre, alors qu’il était mufti, les musulmans radicaux rebelles, dont le Kataib al-haoul, cessèrent leurs activités dans la république. Actuellement, les seuls groupes terroristes de la république d’Ossétie du Nord sont ingouches et viennent du vilayet ingouche de l’Emirat du Caucase.

Le 20 mai 2010, A. Evteev démissionna, suite à un scandale lié à une interview donnée le 31 mars 2010. A cette date, la journaliste Yana Amelina s’est entretenue avec A. Evteev, et publia leur entretien sur Internet [6]. Cette publication indigna une partie des musulmans d’Ossétie du Nord et tout le Nord Caucase. Accusé d’extrémisme, il lui fut reproché d’avoir étudié en Kabardino-Balkarie auprès de musulmans qui avaient par la suite choisi la voie de la clandestinité et de l’islam radical armé, d’avoir critiqué durement l’Eglise orthodoxe et justifié la polygamie [7]. Le 24 octobre 2010, la veille de son départ pour l’Arabie Saoudite, A. Evteev nous confia, à Vladikavkaz, qu’il ignorait que l’entretien tenu en mars était en fait une interview.

Le 14 juin suivant, le Conseil de la DSMOS élit à sa place Hadjimourat Gatsalov, ancien adjoint d’Evteev. Le 25 octobre, lors d’une rencontre à Vladikavkaz, M. Gatsalov nous apprit que la république comptait 24 communautés musulmanes. La majorité des musulmans était ossètes, soit environ 67.000 personnes. En outre, près de 25.000 Ingouches et 11.000 Koumyks vivent dans la république, et quelques milliers de Turcs Meskhètes se trouvent dans la région de Mozdok. Depuis peu, environ 2.000 Tchétchènes y résident également.

En dépit des troubles de ces dernières années, essentiellement liés au conflit non réglé entre Ossètes et Ingouches, la communauté musulmane d’Ossétie du Nord continue de croître, et la part des Nord Ossètes y est prépondérante.

*Directeur de recherches à l'Institut d'études orientales (Académie des sciences de la Russie) à Moscou.

(Texte traduit par Sophie Tournon)
 
Notes : 

 
[1] En arabe, djamaat signifie «communauté (musulmane)». Au Nord Caucase, ce terme s’utilise souvent pour désigner les groupes musulmans radicaux. Ces dernières années, plusieurs djamaat sont entrés en clandestinité, dans la lutte armée contre les forces fédérales et républicaines.
[2] Le 1er septembre 2004, l’école de Beslan n°1 fut prise par un groupe de combattants. 1.128 enfants et adultes furent pris en otages. Le 3 septembre, 334 personnes, dont 186 enfants, périrent lors de la libération de l’école.
[3] Voir «Histoire du village d’Elkhotovo. Les habitants ont décidé de chasser la mère d’un terroriste», GlobalRus.ru, 4 octobre 2004 (en russe), http://www.globalrus.ru/comments/138416.
Rouslan Gelaev (1964-2004), chef de guerre lors des conflits tchétchènes, occupa des postes importants dans les forces combattantes de la République tchétchène d’Itchkérie, où il fut général de division.
[4] «Da’oua», Vladikavkaz, février 2005. Lire aussi A. Politkovskaïa, Douloureuse Russie, journal d’une femme en colère, Buchet-Chastel, 2006.
[5] L’islam fait son apparition en Ossétie du Sud après le conflit d’août 2008. Il s’agit essentiellement de professionnels du bâtiment venus des républiques du Nord Caucase: Daghestan, Tchétchénie, Kabardino-Balkarie et Karatchaévo-Tcherkessie.
[6] http://files.mail.ru/58S8MV [7] Le 24 mai 2010, les spécialistes du Centre d’expertise du Sud, à Volgograd, ont préparé «un bilan d’enquêtes croisées psychologiques, politiques, religieuses et linguistiques (d’après les contrôles pour l’instruction n°113)» dans lequel il a été souligné que «les sources étudiées (l’interview d’Evteev par Yana Amelina), ne contenaient pas d’appel à la haine envers les autres nations, confessions, etc. Le texte de l’interview affirme l’idée de l’unité entre les religions, de l’ouverture des religions et n’appelle pas à la haine entre les religions.» (archives personnelles).
 

Source: http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=613&PHPSESSID=b5510398707d121a4cc3aca698f8eb81 

dimanche 24 avril 2011

La place de Jésus dans l’Islam

La place de Jésus dans l’Islam
 
par Cheikh Khaled Bentounès 


Pour comprendre la place de Jésus (sur lui le salut et la paix) dans l’Islam il faut aller à la source, revenir au Coran : message divin révélé au Prophète Mohammed (sur lui le salut et la paix).

A l’avènement de l’Islam, il y avait de nombreux sujets de division entre les différentes communautés chrétiennes (les monophystes, nestoriens, priscilliens, ariens…) se réclamant du message de Jésus. Est-il fils de Dieu ? Dieu lui-même ? Quelle place accorder à Jésus ? Dans ce contexte le Prophète Mohammed, à travers la révélation coranique, va honorer et réhabiliter Marie et préciser la mission de Jésus.

Dans l’Arabie pré-islamique, deux événements majeurs, en relation avec les chrétiens marquent le destin du Prophète : le premier, lors d’un voyage avec son oncle Abu Talib en Syrie à l’âge de 7 ans Mohammed est reconnu, à certains signes, par le moine chrétien nestorien Bahira. Le second a lieu lors de la première révélation du Coran au Mont Hira qui troubla le Prophète et c’est un chrétien dénommé Warraka, parent de sa femme Khadija, qui lui confirmera sa mission prophétique .

On peut aussi ajouter qu’au cours de la période mecquoise où les musulmans étaient oppressés le Prophète Mohammed recommande à ses compagnons d’émigrer vers l’Abyssinie chrétienne avec qui il entretenait une relation cordiale et amicale. En effet, le Négus, roi d’Abyssinie, avait entendu parler du Prophète et lu les premiers récits coraniques parlant de Jésus et Marie. Ayant été touché par la vénération et le respect avec lequel le Coran parlait de Jésus et de sa mère, il accorda sa protection aux premiers émigrés de l’Islam malgré la réprobation répétée des mécquois avec lesquels pourtant il entretenait un fructueux commerce.

A sa mort, le Prophète Mohammed réunit ses compagnons et il fit avec eux une prière dans la mosquée de Médine pour le repos de son âme. Un autre événement qui donne réfléchir sur les relations qui existaient entre les deux communautés. Lorsque la délégation du Najrân (région se situant actuellement au Yémen) arriva à Médine avec soixante personnes et à sa tête un évêque pour voir le Prophète et passer avec lui un pacte d’alliance. Voulant prier il demandèrent un lieu pour célébrer l’office. Le Prophète leur suggéra que le meilleur lieu pour prier était sa mosquée : la maison dédiée à l’adoration de Dieu. Et pour la première fois la messe sera célébrée dans l’un des lieux les plus saint de l’Islam

On le voit, la reconnaissance et le respect de Jésus et de sa communauté existent dès le début de la mission du Prophète. Ainsi les rapports entre l’Islam et la chrétienté se trouvent dès le départ invités au dialogue et au respect mutuel.

Comme les textes le prouvent, il existait un rapport fécond, d’une grande richesse d’échanges tant du point de vue intellectuel, artistique, commercial et spirituel, malgré les affrontements d’intérêts politiques, économiques, qui jalonnent l’histoire, chacun utilisant ses références religieuses et dogmatiques pour justifier sa domination. Ce bref aperçu évoqué, quel regard porte le musulman ouvert et sincère sur Jésus (Sidna Aissa) très souvent associé à Marie (Myriam) ?

Il est considéré comme un être spirituel exceptionnel. Exception confirmée par le Prophète quand il annonce le retour de Jésus pour les temps messianiques où la paix, la justice, l’égalité triompheront enfin sur terre.

Donc dans la conscience musulmane le retour de Jésus est une espérance. C’est la fin d’un cycle apocalyptique au cœur duquel se trouvent les germes du renouveau. Dès lors les hommes s’uniront pour oeuvrer au bien de l’humanité et terrasser le mal.

Ce que je viens d’évoquer, concerne l’aspect extérieur, l’aspect temporel celui lié au sens de l’histoire. Il existe un autre aspect peu connu c’est celui de la place accordée à Jésus par l’ésotérisme musulman. C’est celui relatif au verbe incarné de Dieu comme le dit le Coran sourate 4, verset 171 :

Cela signifie qu’il est intemporel. II ne peut être ni cerné, ni connu, ni localisé. Le message spirituel de Jésus ne peut pas se révéler à celui qui ne va pas à la source même d’où émane cette réalité divine. Dans l’ésotérisme musulman (Tacawwuf - soufisme), il y a des stations (degrés spirituels) pour chaque prophète évoqué dans la Bible, et dans le Coran. La station de Jésus est particulière et parmi les plus élevées. Son enseignement délivre une spiritualité pure sans lien déterminé dans le temps et dans l’espace.

Cette réalité se révèle à celui qui fait l’effort soutenu d’arriver à cette station, à ce maqqam de Sidna Aïssa (Jésus). Celui-ci, délivre un message extraordinaire : la force de l’amour à puissance sur tout. Par sa naissance Jésus nous apprend que les lois physiques, et temporelles qui gèrent la création peuvent être bouleversées voire inversées par le divin, telle la résurrection des morts. Notre conception du divin se référant uniquement aux lois qui gèrent le monde manifesté est si limitée, qu’elle nous empêche de comprendre la mission de Jésus et sa station. De ce fait, son message demeure inconnu pour le plus grand nombre.

Pour les soufis, Jésus est l’émanation ou la démonstration physique que l’être par une voie initiatique peut retrouver l’essence universelle qui donne équilibre et harmonie au monde manifesté, mystère de la création. L’avènement du message mohammadien vient confirmer et révéler dans sa profondeur le contenu du message christique. Comme le dit le prophète Mohammed « Nul n’est plus en droit de se réclamer de Jésus et Marie que moi-même, car entre lui et moi il n’y a aucun prophète ». Ainsi le message rnohammadien devient le miroir révélateur de Jésus car entre les deux prophètes il n’y a aucune altération, aucune rupture. C’est donc dans l’équilibre entre ses deux pôles que le mystère de la vérité se dévoile à l’homme.

Ce qu’on peut encore retenir du message de Jésus c’est que les valeurs matérielles du monde ne sont que l’ombre trompeuse des illusions qui nous égarent et exacerbent nos passions. A l’exemple de son entrée dans le temple pour le purifier, Il nous invite à se situer à la verticalité du Divin, symbole du soleil au zénith ou nulle ombre est perçue ou nulle illusion est permise. Par-là, l’homme est habité par l’esprit divin. Quant à Mohammed, il apporte lui l’équilibre de l’horizontalité, symbole du serviteur qui accepte totalement son appartenance au divin. Il se confie à Lui, et assume cette responsabilité d’en être le témoin dans le monde. Ainsi l’homme habité par le divin, réalise et manifeste l’état parfait de l’homme universel.

Selon l’ésotérisme musulman si Jésus de par sa naissance échappait aux lois physiques de la vie, sa mort devrait aussi échapper à celle de tout un chacun. Car il existe une réciprocité. Pour les musulmans en général et les soufis en particulier Jésus a été élevé à Dieu, n’étant d’ailleurs pas le seul puisque d’autres prophètes sont dans le même cas : Elie, Idris, Enoch, ... Cette élévation est une occultation mais aussi une présence, une permanence.

Il était, n’est plus mais personne ne peut dire où il se trouve, ou qu’il n’existe plus. On ne peut le situer dans l’espace ou dans le temps, sans nier sa présence. Si on lui assigne une place, un rôle, une fonction même la plus sacrée, elle demeure en dessous de la vérité qu’il incarne car le message spirituel de Jésus est élevé et intemporel. Mais chacun par une démarche intérieure de purification, d’humilité, de pardon, d’amour peut retrouver l’essence de ce message, son parfum et sa béatitude.

J’ajoute qu’on pourrait aussi qualifier le message de Jésus de radical. Il ébranle la forteresse des croyances, des dogmes, des certitudes... notre conception limitée des choses de ce monde, qui n’ont de réelles valeurs qu’en étant rattachées à l’essence, à Dieu. Sans ce rattachement, les pouvoirs, les savoirs, les connaissances ne sont qu’illusoires. Le message de Jésus ne se comprend et ne se vit que dans l’amour absolu intransigeant et décapant.

Cette vertu, cet état d’être sont très difficiles à concevoir et à réaliser. Il suffit de voir comment nous vivons. Le constat est affligeant ! Quelles sont les valeurs qui déterminent notre époque ? Jésus est le verbe divin et les valeurs qu’il enseigne ne sont pas celles sur lesquelles reposent notre monde. Nous ne comprendrons son message et réaliserons cette transformation alchimique que par la quête de ces valeurs spirituelles et chevaleresques qu’il est venu pour nous enseigner.

Un message prophétique où l’homme est prêt à se sacrifier pour le bien être d’autrui afin que la Vérité demeure parmi nous. Ainsi il triomphe de l’absurdité de son égocentrisme , il renaît et il vit dans le monde parfait de l’Essentiel.

Qui laisse croire qu’il n’existe aucune réalité, hormis celle que l’homme s’impose dans ce conflit permanent avec lui-même et avec son prochain ? Incapable de pardonner car incapable de se pardonner. Aujourd’hui nous sommes dans les situations où le message de Jésus semble d’une urgence capitale, voire vitale. Notre monde est gravement malade, seule une médecine radicale peut le soigner.

Pourquoi tant de misère et de haine, de conflits et de corruption ? Au nom de qui ? Pour servir quels intérêts ?Au nom de Dieu ? Au nom d’Allah ?... Quel est le sens d’un monde en démence où personne n’ose dire la vérité par peur d’être incapable de la vivre et d’en assumer la responsabilité et les conséquences. La vérité est exigeante comme l’est le message de Jésus. Dans l’atmosphère dramatique de notre époque qui peut concevoir que pour trouver Dieu il faut tout donner. Quel est le pays, la communauté, l’être capable de tout donner pour tout recevoir ?

Dans le monde actuel ne pas tricher avec soi-même soulève mépris, ironie et sarcasme. Pourtant nous allons vers un monde qui nous impose d’ être et non de paraître. Humain se conjugue au verbe être et non au verbe avoir. C’est à ce prix que nous pourrons résister au chaos qui nous attend.

Que Dieu accorde sa grande miséricorde à tous les innocents qui périssent par la faute de l’incompréhension et de la bêtise humaine.
 

Source: http://oumma.com/La-place-de-Jesus-dans-l-Islam 

dimanche 17 avril 2011

Les oiseaux noirs et les oiseaux blancs

Les oiseaux noirs et les oiseaux blancs


Ce jour-là, Tierno avait commenté ce verset : « Celui qui a fait le poids d’un atome de bien le verra ; celui qui a fait le poids d’un atome de mal, le verra » (Coran XC, 7 et 8).»

Comme nous le questionnions sur les bonnes actions, il nous dit :

- La bonne action la plus profitable est celle qui consiste à prier pour ses ennemis.
- Comment ! m’étonnai-je. Généralement, les gens ont tendance à maudire leurs ennemis plutôt qu’à les bénir. Est-ce que cela ne nous ferait pas paraître un peu stupide que de prier pour nos ennemis ?
- Peut-être, répondit Tierno, mais seulement aux yeux de ceux qui n’ont pas compris. Les hommes ont, certes, le droit de maudire leurs ennemis, mais ils se font beaucoup plus de tort à eux-mêmes en les maudissant qu’en les bénissant.
- Je ne comprends pas, repris-je. Si un homme maudit son ennemi et si sa malédiction porte, elle peut détruire son ennemi. Cela ne devrait-il pas plutôt le mettre à l’aise ?
- En apparence, peut-être, répondit Tierno, mais ce n’est alors qu’une satisfaction de l’âme égoïste, donc une satisfaction d’un niveau inférieur, matériel.
Du point de vue occulte, c’est le fait de bénir son ennemi qui est le plus profitable. Même si l’on passe pour un imbécile aux yeux des ignorants, on montre par là, en réalité, sa maturité spirituelle et le degré de sa sagesse.»
- Pourquoi ? lui demandai-je. C’est alors que Tierno, pour m’aider à comprendre, parla des oiseaux blancs et des oiseaux noirs.
- Les hommes, dit-il, sont les uns par rapport aux autres, comparables à des murs situés face à face.
Chaque mur est percé d’une multitude de petits trous où nichent des oiseaux blancs et des oiseaux noirs. Les oiseaux noirs, ce sont les mauvaises pensées et les mauvaises paroles.
Les oiseaux blancs, ce sont les bonnes pensées et les bonnes paroles. Les oiseaux blancs, en raison de leur forme, ne peuvent entrer que dans des trous d’oiseaux blancs et il en va de même pour les oiseaux noirs qui ne peuvent nicher que dans des trous d’oiseaux noirs.

Maintenant, imaginons deux hommes qui se croient ennemis l’un de l’autre. Appelons-les Youssouf et Ali.
Un jour, Youssouf, persuadé que Ali lui veut du mal, se sent empli de colère à son égard et lui envoie une très mauvaise pensée. Ce faisant, il lâche un oiseau noir et, du même coup, libère un trou correspondant. Son oiseau noir s’envole vers Ali et cherche, pour y nicher, un trou vide adapté à sa forme.

Si, de son côté, Ali n’a pas envoyé d’oiseau noir vers Youssouf, c’est-à-dire s’il n’a émis aucune mauvaise pensée, aucun de ses trous noirs ne sera vide. Ne trouvant pas où se loger, l’oiseau noir de Youssouf sera obligé de revenir vers son nid d’origine, ramenant avec lui le mal dont il était chargé, mal qui finira par ronger et par détruire Youssouf lui-même.

Mais imaginons qu’Ali a, lui aussi, émis une mauvaise pensée. Ce faisant, il a libéré un trou où l’oiseau noir de Youssouf pourra entrer afin d’y déposer une partie de son mal et y accomplir sa mission de destruction. Pendant ce temps, l’oiseau noir d’Ali volera vers Youssouf et viendra loger dans le trou libéré par l’oiseau noir de ce dernier. Ainsi les deux oiseaux noirs auront atteint leur but et travailleront à détruire l’homme auquel ils étaient destinés. Mais une fois leur tâche accomplie, ils reviendront chacun a son nid d’origine car, est-il dit: « Toute chose retourne à sa source. » Le mal dont ils étaient chargés n’étant pas épuisé, ce mal se retournera contre leurs auteurs et achèvera de les détruire.

L’auteur d’une mauvaise pensée, d’un mauvais souhait ou d’une malédiction est donc atteint à la fois pas l’oiseau noir de son ennemi et par son propre oiseau noir lorsque celui-ci revient vers lui.

La même chose se produit avec les oiseaux blancs. Si nous n’émettons que de bonnes pensées envers notre ennemi alors que celui-ci ne nous adresse que de mauvaises pensées, ses oiseaux noirs ne retrouveront pas de place où loger chez nous et retourneront à leur expéditeur. Quant aux oiseaux blancs porteurs de bonnes
pensées que nous lui aurons envoyés, s’ils ne trouvent aucune place libre chez notre ennemi, ils nous reviendront chargés de toute l’énergie bénéfique dont ils étaient porteurs.

Ainsi, si nous n’émettons que de bonnes pensées, aucun mal, aucune malédiction ne pourront jamais nous atteindre dans notre être. C’est pourquoi il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seulement la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission d’apaisement, mais encore elle revient vers nous, un jour ou l’autre, avec tout le bien dont elle était chargée.

Source: extrait de « Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Biandagara » que l'on peut se procurer ci-dessous:

 http://www.amazon.fr/Vie-Enseignement-Tierno-Bokar-Bandiagara/dp/2020056577/ref=sr_1_fkmr1_1?ie=UTF8&qid=1303066226&sr=8-1-fkmr1